Pour l’Anses, il faut des réseaux sociaux « uniquement conçus et paramétrés pour protéger » les mineurs

Pour l'Anses, il faut des réseaux sociaux « uniquement conçus et paramétrés pour protéger » les mineurs



L’autorité en charge de protéger la santé des Français a publié un rapport analysant l’impact des réseaux sociaux sur la santé mentale des adolescents. Elle préconise de revoir en profondeur le fonctionnement de ces plateformes, et de les contraindre à proposer aux mineurs uniquement des réseaux sociaux respectueux de la santé mentale : autant de principes à appliquer qui pourraient se heurter à la réalité juridique.

Cinq années d’enquête et un rapport volumineux de 562 pages : ce mardi 13 janvier, l’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, a publié son rapport destiné à évaluer les effets de l’usage de TikTok, Snapchat, Instagram et d’autres réseaux sociaux sur la santé des 11-17 ans. En septembre 2019, le gendarme de la santé des Français s’était autosaisi, réunissant des chercheurs, des pédopsychiatres, des psychologues, des épidémiologistes et des biologistes.

Si les impacts des plateformes sur la santé mentale des Jeunes ont déjà fait l’objet de nombreuses publications, l’objectif de ce travail était surtout d’« éclairer les pouvoirs publics sur les effets de l’usage des réseaux sociaux sur la santé des adolescents, pour contribuer à mieux la protéger ». Selon le baromètre des usages du Numérique publié en mars 2025, la moitié des 12-17 ans, soit un jeune sur deux, passe plus de cinq heures par jour sur son smartphone.

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Des réseaux sociaux qui exploitent les vulnérabilités de l’adolescence

Un temps qui s’explique par toutes les stratégies de captation de l’attention des adolescents des réseaux sociaux, destinées à les maintenir le plus longtemps possible sur les plateformes. Les réseaux sociaux « exploitent les vulnérabilités propres à l’adolescence », déplore l’Anses dans son communiqué du jour, les adolescents étant à la recherche « d’interactions et comparaisons sociales, de sensations et prise de risques, ainsi que de (…) reconnaissance de leurs pairs ».

Or, les mineurs « ont moins de capacités de régulation émotionnelle et comportementale que les adultes, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux effets délétères des réseaux sociaux », soulignent les experts cités par l’Anses. L’agence cible notamment « les dispositifs incitatifs puissants » comme les dark patterns (ces interfaces manipulatrices) et les contenus ultra-personnalisés sélectionnés par les algorithmes. Or, ces derniers « peuvent générer un “effet spirale”, enfermant les jeunes dans des contenus de plus en plus ciblés, parfois extrêmes », note l’Anses.

Sommeil, comportements à risque, dépression…

Résultat, la santé mentale des mineurs en est altérée, avec des conséquences sur le sommeil, lorsque les plateformes sont consultées avant le coucher. Les contenus répétés de normes corporelles peuvent aussi altérer l’image de soi. « L’exposition sur les réseaux à des contenus fictifs ou idéalisés peut engendrer une dévalorisation de soi et constitue donc un terrain fertile pour l’émergence de symptômes dépressifs », constate l’Anses. Les algorithmes exposent les mineurs à des contenus portant ou faisant la promotion de comportements à risque (comme les troubles alimentaires ou les défis à risque). L’expositon aux cyberviolences est également ciblée sur des plateformes où règne un sentiment d’« anonymat » et où il est si facile de diffuser des « menaces ».

Un constat partagé par l’entité française d’Amnesty International qui, en octobre dernier, a analysé ce que voyaient les adolescents français sur TikTok. « Nos résultats sont sans appel : l’algorithme de TikTok continue de propulser des contenus dangereux, pouvant impacter la santé mentale des jeunes », déplorait l’association dans son rapport de 43 pages.

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Face à tous ces risques, les filles sont plus exposées que les garçons, note le gendarme de la santé des Français. En fin de rapport, l’Anses publie une liste de recommandations. L’agence préconise que les mineurs n’aient accès qu’à « des réseaux sociaux conçus et paramétrés pour protéger leur santé ». Les plateformes doivent empêcher l’accès aux moins de 13 ans, via « des systèmes fiables de vérification de l’âge et de recueil du consentement parental ». Elle demande aussi aux plateformes de revoir en profondeur leur fonctionnement, donc leurs algorithmes, afin de mieux protéger les mineurs.

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Il faut « un cadre de gouvernance des réseaux sociaux à la hauteur des enjeux de santé publique »

Les réseaux sociaux doivent abandonner leurs « techniques d’interfaces manipulatrices », leur « diffusion de contenus délétères pour la santé (conduites à risques, jeux d’argent, régimes alimentaires extrêmes, contenus violents, pornographiques, haineux, harcèlement, etc.) ». Ils ne doivent plus non plus « amplifier les contenus préjudiciables à la santé ». Pour Olivier Merckel, chef de l’unité de l’évaluation des risques liés aux agents physiques cité dans le communiqué de l’Anses, il faut désormais que les pouvoirs publics adoptent « un cadre de gouvernance des réseaux sociaux à la hauteur des enjeux de santé publique ». Comprenez : que ces constats se transforment en actes, via des nouvelles lois ou des applications des lois existantes.

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Mais la France peut-elle imposer de telles obligations aux géants des réseaux sociaux, avec des règles qui  toucheraient à leurs modèles économiques, et dans un tel contexte géopolitique ? Au sein de l’Union européenne, le DSA ou règlement européen sur les services numériques contraint déjà les plateformes à mieux réguler leurs contenus. En France, plusieurs propositions de lois comptent imposer l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Un projet de loi du gouvernement devrait être discuté au Parlement, pendant qu’une proposition de loi, déposée par la député EPR Laure Miller, est examinée par la Commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale ce mardi 13 janvier. En décembre dernier, l’Australie a interdit l’accès des plateformes aux moins de 16 ans : une mesure suivie de près dans l’Hexagone et ailleurs en Europe.

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