L’ambassadrice de la France pour l’intelligence artificielle, Clara Chappaz, ne décolère pas. Rendre payante la génération d’images sur Grok après le scandale des deepfakes est une réponse « cynique » qui permet à X de monétiser les abus.
La réponse de X (ex-Twitter) face à la déferlante d’images sexuelles générées par son IA Grok ne passe pas. Alors que le réseau social a décidé de restreindre la création d’images aux seuls abonnés payants pour endiguer le flot de deepfakes, la France monte au créneau par la voix de Clara Chappaz.
Pour l’ambassadrice française pour l’intelligence artificielle, interrogée par France 24, cette manœuvre ne règle rien : pire, elle a un effet « complètement hypocrite ».
« C’est cynique » : la charge de Paris contre Musk
Clara Chappaz n’a pas mâché ses mots concernant la nouvelle politique de modération, ou plutôt de monétisation, d’Elon Musk. Après que des utilisateurs ont inondé la plateforme de contenus violents et sexuellement explicites générés par Grok, X a choisi de placer cet outil derrière un mur payant.
Interrogée sur le caractère « cynique » de cette décision, l’ambassadrice confirme : « C’est cynique, hypocrite, c’est vrai que l’on est face à un phénomène qui est absolument scandaleux ». Pour elle, cette restriction n’est qu’une façade « puisqu’on monétise finalement ces fonctionnalités dégradantes, humiliantes, illicites ».
En résumé, au lieu de réparer ses failles de sécurité, la plateforme transforme un vice de conception en opportunité commerciale, tirant profit de contenus illégaux.
Un cache-misère déjà pointé du doigt
Cette réaction fait écho aux constats techniques récents. Comme nous le rapportions, la génération d’images de Grok est maintenant payante, mais cela s’apparente à un cache-misère.
Si le volume de posts illicites a pu fluctuer, le problème de fond persiste : les garde-fous de l’IA sont défaillants. Il faut rappeler que l’incident est grave : Grok a généré des images pédopornographiques, admettant après coup des failles. Pour une IA qui se voulait « anti-woke » et sans biais, la liberté s’est transformée en illégalité totale.
La menace judiciaire : 3 ans de prison
Au-delà de l’indignation morale, Clara Chappaz rappelle la réalité juridique en France. Elle incite explicitement les victimes à saisir la justice : « Il faut absolument que les gens portent plainte pour qu’on puisse les identifier et qu’on puisse sévir ».
La loi française est claire et sévère. La création de deepfakes sexuels non consensuels est un délit passible de trois ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende.
Si la France n’a pas encore emboîté le pas à la Malaisie ou à l’Indonésie, qui ont suspendu l’accès à Grok, elle privilégie pour l’instant le respect des procédures européennes. Clara Chappaz rappelle que « des enquêtes sont en cours au niveau de la Commission européenne » dans le cadre du DSA (Règlement sur les services numériques), tout en assurant que pour protéger les victimes, « toutes les pistes sont étudiées ».
Paris travaille également sur une réponse internationale et multilatérale pour imposer des règles du jeu communes. En attendant, l’étau se resserre d’ailleurs partout en Occident. Comme nous l’expliquions récemment, Bruxelles et Londres se penchent sérieusement sur le cas Grok.
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