La Poste va-t-elle arrêter de distribuer le courrier comme au Danemark ?

La Poste va-t-elle arrêter de distribuer le courrier comme au Danemark ?


Le Danemark a franchi une étape radicale le 1er janvier en supprimant son service public de distribution de courrier. Une décision qui interroge sur l’avenir de La Poste en France, alors que les volumes de lettres s’effondrent. Si la loi protège encore le service hexagonal, la pression économique pourrait forcer l’opérateur à s’adapter.

Les boîtes aux lettres rouges ont disparu des trottoirs danois. Depuis le début de l’année, l’opérateur historique PostNord ne distribue plus aucune lettre, concentrant désormais son activité exclusivement sur les colis. L’entreprise a livré son dernier pli le 31 décembre 2025 avant de démonter ses 1 500 points de collecte.

Les citoyens danois doivent à présent se tourner vers le secteur privé, comme l’entreprise Dao, pour leurs envois postaux. Cette rupture brutale découle d’une numérisation quasi totale de la société : 95 % des habitants utilisent le service Digital Post pour leurs échanges administratifs, provoquant une chute vertigineuse de 90 % du volume de courrier en vingt ans.

La France face à l’effondrement des volumes

L’Hexagone n’échappe pas à cette érosion, même si la transition s’opère plus en douceur. Les chiffres restent éloquents : les facteurs français ont distribué environ 5,6 milliards de plis en 2025, en baisse de plus de 60 % par rapport aux 18 milliards de 2009. Le groupe La Poste reconnaît lui-même qu’il devrait n’en distribuer « que » 3 milliards par an d’ici 2030. Les messageries électroniques ont largement supplanté le papier dans les usages quotidiens.

Les 1 500 boîtes aux lettres rouges de la poste danoise ont été démantelées et mises aux enchères. © Flickr / Tiberiu Ana

Une différence culturelle majeure distingue toutefois la France de ses voisins scandinaves. Stéphane Travert, président de l’Observatoire national de la présence postale, assure que le pays n’est pas prêt de copier le modèle danois. L’attachement au facteur demeure viscéral en France, ce dernier assurant un lien social vital, notamment via de nouvelles missions comme le portage de repas à domicile.

Le verrou du Service Public

La législation constitue un garde-fou solide contre une telle mesure. À l’inverse du Danemark qui a supprimé l’obligation de service universel, La Poste française doit honorer quatre missions fixées par la loi depuis 1991 : le service universel postal, la distribution de la presse, l’aménagement du territoire et l’accessibilité bancaire.

Renoncer à ce dogme paraît politiquement impossible pour l’instant. Déléguer cette mission au privé reste inenvisageable, d’autant que l’impact social serait explosif avec les dizaines de milliers de postiers dédiés à la distribution (sur 170 000 salariés au total). La transition danoise a d’ailleurs entraîné le licenciement de 1 500 employés, soit un tiers des effectifs de l’opérateur.

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Vers la fin de la tournée quotidienne ?

La suppression totale du service n’étant pas d’actualité, des ajustements budgétaires semblent inéluctables. La Cour des comptes a pointé, dans une note de février 2025, la dégradation financière de l’entreprise et un réseau jugé surdimensionné. La France fait figure d’exception européenne en maintenant une distribution six jours sur sept.

Une rationalisation s’opère déjà discrètement. Le nombre de bureaux de poste de plein exercice à Paris a fondu, passant de 190 en 2014 à 132 en 2025. Un changement radical de la fréquence de distribution n’est toutefois pas pour demain. La Poste a été reconduite dans sa mission de service universel pour dix ans à partir du 1er janvier 2026. Sauf révision législative majeure, le passage quotidien du facteur est garanti au moins jusqu’en 2036.

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Source :

RMC



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