Les dirigeants de Microsoft, de Google, de Meta, de Nvidia, d’OpenAI et de l’ensemble des grands acteurs de l’IA vantent sans relâche les promesses de la technologie. À Davos, Marc Benioff fait figure d’exception en appelant à une régulation plus ferme, et alerte sur des dérives déjà bien réelles.
Marc Benioff, le patron de Salesforce, fait partie des grands promoteurs de l’intelligence artificielle générative. Le géant américain des logiciels en ligne s’est jeté à corps perdu dans l’IA, avant de prendre un tout petit peu de recul ces dernières semaines. C’est pourquoi le discours du dirigeant, à l’occasion du forum économique de Davos, a quelque chose de rafraîchissant car il tranche avec le discours dominant : il appelle en effet à une plus grande régulation de cette technologie.
Pour un encadrement plus strict
« Cette année, on a vraiment vu apparaître quelque chose d’assez horribles : ces modèles d’IA sont devenus des “coachs de suicide” », s’alarme-t-il auprès de CNBC. Une déclaration qui renvoie à des drames récents impliquant des chatbots incapables de gérer des situations de détresse psychologique, et qui ont tenu des propos jugés extrêmement problématiques, allant jusqu’à encourager le passage à l’acte.
En 2018, Marc Benioff demandait déjà de réguler les réseaux sociaux, qui selon lui devaient être traités comme un enjeu de santé publique à la manière des cigarettes. « [Les réseaux sociaux] sont addictifs, ils ne sont pas bons pour vous », affirmait-il à l’époque. « Aujourd’hui, on voit un peu la même chose se reproduire avec l’intelligence artificielle », poursuit le CEO.
Cette position va à l’encontre du laissez-faire actuel voulu par les entreprises de l’IA et que l’administration Trump encourage au nom de l’innovation. « C’est assez drôle : les entreprises technologiques détestent la régulation », souligne Benioff. « Elles la détestent… à une exception près. Elles adorent la section 230, qui dit en substance qu’elles ne sont pas responsables. »
Cette fameuse section 230, qui fait l’objet de critiques de tous les bords politiques, est bien pratique puisqu’elle absous les entreprises d’une grande partie de leurs responsabilités vis à vis des contenus mis en ligne par les utilisateurs. « Beaucoup de familles ont malheureusement souffert cette année, et je ne pense pas que cela était inévitable », ajoute le patron de Salesforce.
Dans leur grande majorité, les homologues de Marc Benioff ne sont pas sur la même longueur d’ondes. Cette divergence de ton ne signifie pas pour autant que les autres dirigeants ignorent totalement les enjeux sociétaux de l’IA, mais leurs priorités et leur vocabulaire diffèrent nettement. Jensen Huang, le CEO de Nvidia, aimerait bien que cessent les critiques virulentes contre l’IA, tandis que Satya Nadella, de Microsoft, appelle surtout à dépasser le débat autour de « l’IA slop », cette « bouillie IA » aux résultats médiocres, pour se concentrer sur des usages plus structurés et productifs.
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Source :
CNBC