En Espagne, des centaines de commerces permettent désormais aux enfants d’appeler leurs parents gratuitement. Une solution pragmatique pour contrer l’achat précoce du mobile.
C’est un dilemme que connaissent tous les parents. Votre enfant réclame un téléphone, non pas pour les réseaux sociaux (du moins, c’est ce qu’il prétend), mais « pour la sécurité ». L’argument est difficile à contrer : comment le joindre s’il a un problème sur le chemin de l’école ou du sport ? C’est précisément pour briser cette logique que la communauté de Navarre a lancé une initiative particulièrement maligne.
Un retour au « bon sens » de quartier
Au nord de l’Espagne, l’association Adolescencia Libre de Móviles a décidé de prendre le problème à la racine en recréant un réseau de communication sûr, sans passer par la case « achat d’un smartphone ». Le concept, baptisé Puntos « Llama a casa desde aquí » (Points « Appelle à la maison depuis ici » ), repose sur la solidarité locale.
Les commerçants volontaires apposent un autocollant distinctif sur leur vitrine et l’enfant qui a besoin de joindre ses parents n’a qu’à entrer et demander à utiliser le téléphone fixe. Le service est totalement gratuit, immédiat et ne demande aucune contrepartie. À ce jour, plus de 260 établissements, allant de la pharmacie à la boulangerie, affichent ce macaron, principalement dans la ville de Pampelune.
La fin de l’alibi sécuritaire
Beaucoup de familles cèdent à la pression sociale et équipent leurs enfants dès l’entrée au collège, souvent par peur que l’enfant ne puisse pas donner l’alerte en cas de pépin. En tissant ce maillage de lieux sûrs, l’association offre une alternative crédible. Un commerçant connu du quartier devient un relais de confiance, souvent plus fiable qu’un appareil électronique susceptible d’être perdu, volé ou simplement déchargé au mauvais moment.
L’opération ne se limite d’ailleurs pas aux vitrines des magasins. Elle s’appuie sur un véritable mouvement de fond : un « Pacte Familial » a déjà été signé par plus de 2 000 familles en Navarre. Ces parents s’engagent collectivement à ne pas offrir de smartphone avant un âge plus avancé, brisant ainsi l’effet d’isolement de l’enfant qui n’en possède pas.
Une urgence face aux écrans
Derrière cette action de terrain se cachent des enjeux de santé publique majeurs. L’Association Espagnole de Pédiatrie (AEP) recommande de repousser l’achat d’un smartphone jusqu’à 16 ans. Une recommandation qui se heurte violemment à la réalité, puisque selon l’UNICEF, près de 41 % des enfants possèdent leur propre appareil dès l’âge de 10 ans. Dans les pays de l’OCDE, ce sont même 70 % des enfants de 10 ans ont un smartphone dans les pays de l’OCDE.
En France, plusieurs instances recommandent de ne pas acheter de smartphone connecté avant 13 ans, et de privilégier un téléphone sans Internet avant cet âge. Le gouvernement français insiste également sur la nécessité d’accompagner progressivement l’accès aux réseaux sociaux, estimant que les enfants ne devraient pas y avoir accès avant 15 ans.
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En pratique, la moyenne d’âge à l’acquisition d’un premier téléphone se situe autour de 11 ans, et même 9 ans et cinq mois pour l’obtention d’une tablette, nettement en dessous des recommandations de bon sens.
Cette précocité numérique est désormais directement liée à une baisse des résultats scolaires, des troubles du sommeil et une augmentation de l’anxiété chez les plus jeunes. En remettant de l’humain au cœur du quartier, l’initiative espagnole tente de prouver qu’il est possible de protéger nos enfants sans les connecter en permanence.
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Source :
Xataka Móvil