Depuis le règlement du 20 juin 2025, on pouvait penser que l’Europe avait trouvé la parade pour forcer les fabricants de smartphones à assurer cinq ans de mises à jour logicielles. Mais moins d’un an après l’entrée en vigueur du texte, Motorola démontre qu’il est possible de contourner le règlement. Ses nouveaux modèles d’entrée de gamme ne proposeront aucune mise à jour majeure… sans pour autant enfreindre la loi a priori.
Lorsqu’une loi ou une directive impose une règle aux grandes entreprises de la Tech, il n’est pas rare que ces dernières trouvent bien vite une façon de la contourner tout en donnant l’impression de la respecter. Et nous en avons un exemple particulièrement parlant en ce début d’année 2026.
Depuis le 20 juin 2025, l’Europe impose aux vendeurs de smartphones de mettre à jour leurs produits pendant cinq ans. Mais Motorola, appartenant au groupe chinois Lenovo a décidé de commercialiser une série de smartphones d’entrée de gamme dont le système d’exploitation ne sera jamais mis à jour. Et que risque-t-il ? En l’état, sans doute pas grand-chose. Explications.
Une loi mal écrite est facile à contourner
Rentrons un peu dans le détail. Le tout juste annoncé Moto G17, par exemple, n’aura aucune mise à jour dite majeure, et profitera seulement de cinq ans de patchs de sécurité.
Que dit le règlement européen sur ce sujet ? Voici la partie qui nous intéresse :
« À compter de la date de fin de commercialisation et pendant au moins cinq ans après cette date, les fabricants, importateurs ou mandataires doivent, s’ils fournissent des mises à jour de sécurité, des mises à jour correctives ou des mises à jour des fonctionnalités pour un système d’exploitation, les mettre à disposition gratuitement pour toutes les unités d’un modèle de produit équipées du même système d’exploitation. »
Deux points permettent sans doute à Motorola de s’en tirer ici. Premier point : la phrase détaille trois types de mises à jour : les mises à jour de sécurité, correctives et de fonctionnalités. Il est donc possible de la lire ainsi : si dans les cinq ans de commercialisation d’un produit, un constructeur propose au moins un des trois types de mises à jour, il sera considéré dans les clous.
Un deuxième élément peut être considéré comme un peu faible dans le texte : l’utilisation d’un « si » et d’une forme conditionnelle. On lit en effet « s’ils fournissent des mises à jour […] (les constructeurs doivent) les mettre à disposition gratuitement. » On peut donc lire la phrase ainsi : si Motorola propose une mise à jour des fonctionnalités, alors elle doit être disponible gratuitement. Dans le cas où l’entreprise n’en propose pas, la condition n’est pas remplie, elle ne doit donc pas les proposer ni gratuitement, ni pendant cinq ans.
La faute à qui ?
Qui doit être blâmé dans cette histoire ? Motorola sans doute, qui profite ici d’une faille pour s’y engouffrer et commercialiser ainsi des smartphones sans payer le coût très important des mises à jour. Certains de ses concurrents comme Xiaomi avec ses Redmi Note 15 fait l’effort de proposer 4 ans de mises à jour système et 6 ans de patch de sécurité. Le jeu de la concurrence devrait donc les avantager à terme et on pourra dire que Motorola prend un risque.
Les véritables fautifs sont sans doute celles et ceux qui ont rédigé ce règlement et ont laissé passer cette faille. Dès sa lecture en juin 2025, on pouvait voir que la mention de trois types de mises à jour était pour le moins flottante et laissait une grande part d’interprétation. Nul doute que si Motorola n’est pas inquiété après sa manière d’interpréter le texte, d’autres constructeurs suivront. Ce sera donc un problème de cadre mal posé et il sera difficile d’en vouloir à des acteurs économiques qui ne feront alors que respecter la loi.
Contacté, Motorola n’avait à l’heure de publication de cet article pas encore répondu à nos questions. Nous le mettrons à jour en cas de réponse.
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Source :
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