Les abus d’IA n’ont pas fini d’empoisonner la vie des libristes et autres acteurs du partage numérique. Depuis près d’un an, la fondation Wikimedia souligne l’encombrement croissant de la bande passante des serveurs de Wikipédia par des bots d’IA génératives (les accords qu’a annoncés la fondation récemment devraient améliorer cette situation). En janvier, c’était le créateur de cURL qui annonçait suspendre son programme de bug bounty pour «préserver notre santé mentale» de la saturation due à des contributions sans intérêt à base d’IA. Il déclarait que «le flux actuel de signalements surcharge l’équipe de sécurité de cURL, et cette mesure vise à réduire le bruit.»
« Demande insatiable des collecteurs de données »
À présent, c’est le trafic insatiable des bots d’IA qui donne des maux de crâne chez Debian, où l’afflux de ces robots logiciels venus récolter les données d’intégration continue (CI, pour Continuous Integration) de la distribution Linux vient d’amener ses responsables à restreindre l’accès public à ces données.
Dans un mail de liste dédiée à la distribution Linux, un de ses développeurs, Paul Gevers, a écrit le 5 février : «Comme la plupart des services web ouverts, l’intégration continue de Debian a peiné depuis un certain temps à satisfaire la demande insatiable des collecteurs de données [scrapers en VO] du monde entier. La résolution de ce problème a nécessité de nombreux essais et erreurs ; le résultat final semble stable et se compose de deux parties.
Tout d’abord, toutes les pages de données de Debian CI, à l’exception des liens directs vers les fichiers de journaux de test (comme ceux fournis par l’équipe de publication pour justifier la migration des tests), requièrent désormais une authentification pour y accéder. Par conséquent, les données de Debian CI ne sont plus accessibles publiquement, ce qui est regrettable. Cependant, nous en sommes là.
De plus, une limitation d’accès au niveau du pare-feu, basée sur fail2ban, est désormais en place pour les clients montrant un comportement abusif. Cette limitation a fait l’objet de plusieurs itérations, dont certaines ont malheureusement bloqué des contributeurs Debian légitimes. La version actuelle semble toutefois trouver un bon équilibre entre le blocage des scrapers et la protection des utilisateurs légitimes.»
Opacité du code généré par l’IA
Selon le site d’infos tech Webpronews, Debian tient à bonne distance les contributions à base d’IA: «Les restrictions visent spécifiquement la génération automatisée de code, la création de cas de test et la documentation produites par des systèmes tels que GitHub Copilot, ChatGPT et autres modèles basés sur des transformateurs.
Les responsables de Debian ont exprimé une inquiétude particulière quant à l’opacité du code généré par l’IA, soulignant que ces contributions manquent souvent de la traçabilité et du contrôle humain qui caractérisent traditionnellement le développement open source. La politique n’interdit pas totalement aux développeurs d’utiliser des outils d’IA dans leurs flux de travail personnels, mais elle interdit explicitement de soumettre du code généré par l’IA aux dépôts officiels sans une relecture et une modification humaines substantielles.»
Webpronews indique que «les développeurs de Debian ont signalé des cas précis où du code généré par l’IA a introduit des erreurs de logique subtiles. Ces erreurs, bien que passées lors des tests initiaux, ont provoqué des défaillances dans des cas limites ou sur des configurations matérielles spécifiques. (…) Le problème est particulièrement aigu dans la programmation système, où les paquets principaux de Debian fonctionnent à des niveaux bas de la pile logicielle, et où les erreurs peuvent se propager en cascade jusqu’à provoquer des pannes système généralisées.»
Debian indique que 1419 personnes et 23 équipes ont contribué au système d’exploitation dans les 12 derniers mois. Née en 1993, Debian «est une organisation composée de bénévoles uniquement. Plus d’un millier de développeurs éparpillés autour du monde travaillent sur Debian pendant leur temps libre. Peu de développeurs se sont en fait rencontrés physiquement. En fait, la communication se fait principalement par courrier électronique (listes de diffusion sur lists.debian.org) et IRC (canal #debian sur irc.debian.org)», explique son site.
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