avec 347 millions d’euros d’investissements, l’Europe peut-elle sortir la tête de l’eau ?

avec 347 millions d’euros d’investissements, l’Europe peut-elle sortir la tête de l’eau ?



Après une série de sabotage notamment en mer Baltique, l’Union européenne a annoncé investir 347 millions d’euros qui seront fléchés vers de nouveaux câbles jugés prioritaires, le renforcement de nos capacités de réparation, et l’achat d’outils de surveillance des fonds marins. Ces mesures, attendues, seront-elles suffisantes face aux « menaces » qui pèsent sur « ces infrastructures critiques, essentielles à notre souveraineté technologique » ?

Comment éviter que de nouveaux câbles sous-marins soient sabotés en mer Baltique, comment éloigner le scénario catastrophe d’une coupure internet qui dure ? Le 5 février dernier, l’Union européenne (UE) a annoncé une série de mesures pour sécuriser son espace numérique. En plus de mettre sur la table 347 millions d’euros, Bruxelles a dévoilé une boîte à outils pour la sécurité de ses câbles sous-marins : l’annonce, qui fait suite à une série de sabotages essuyés en Europe, était attendue : mais suffira-t-elle à faire baisser les « risques croissants pesant sur ces infrastructures critiques » ?

Si ces câbles de communication par fibre optique sont devenus « critiques », c’est parce qu’ils transportent près de 99 % du trafic internet. Ils transfèrent nos e-mails, nos transactions bancaires, mais aussi des informations estampillées secret défense. Or ces dernières années, des tentatives parfois réussies de sabotage de ces précieux tuyaux ont eu lieu. Depuis 2023, ce sont près de dix câbles sous‑marins en mer Baltique qui ont été coupés ou endommagés. La Russie a été accusée, en novembre 2024, d’avoir détérioré deux câbles sous-marins dans cette zone. En janvier dernier, rebelote : ce sont trois câbles qui ont été sectionnés, toujours en mer Baltique. Deux navires ont été identifiés comme étant potentiellement à l’origine des incidents, dont un cargo chargé d’acier russe.

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Pour protéger ces tubes essentiels à nos communications intercontinentales, et pour mieux « lutter contre la montée des dommages intentionnels et du sabotage », Bruxelles a donc lancé un plan d’action : un investissement de 347 millions d’euros fléché vers la mise en place de nouveaux câbles jugés prioritaires, ainsi que vers des « modules de réparation ». Ces derniers permettront d’agir rapidement, une fois une tentative de sabotage repérée. Un premier projet pilote est d’ailleurs prévu en mer Baltique, mer où ont lieu la majorité des coupures de câbles. 

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« L’UE est capable de réagir rapidement aux menaces croissantes dans un environnement géopolitique instable »

Dans le détail, 60 millions d’euros seront destinés, en 2026, à la réparation. 20 autres millions d’euros vont permettre de financer cette année des outils de surveillance des fonds marins. « Il s’agit de capteurs et de composants de surveillance intégrés dans l’infrastructure de télécommunications sous-marines pour recueillir des données océaniques et sismiques en temps réel », détaille la Commission européenne, dans un communiqué. En 2026 et 2027, 267 millions d’euros supplémentaires permettront de financer des câbles jugés prioritaires.

À côté de ces investissements, la Commission européenne a publié sa boîte à outils élaborée avec les 27 pays de l’UE, au sein d’un groupe d’experts. Dans cette liste de préconisations, on trouve notamment le fait de déployer de nouveaux câbles sur les tuyaux existants, un moyen d’éviter toute coupure qui reviendrait à une interruption des communications.

L’Europe ne pouvait-elle pas faire plus, vu le nombre de sabotages et le coût d’un seul câble, qui se chiffre à plusieurs centaines de millions d’euros ?

Pour Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission européenne, ces mesures démontrent que « l’UE est capable de réagir rapidement aux menaces croissantes dans un environnement géopolitique instable (…). Nous continuerons à travailler avec les États membres et les autres parties prenantes pour contrer les menaces et investir dans ces infrastructures critiques, qui sont essentielles à notre souveraineté technologique et à la résilience de nos sociétés connectées ».

Si le montant annoncé (347 millions) et la nature des mesures (une boîte à outils et non des règles contraignantes) peuvent paraître insuffisants, l’Europe ne pouvait-elle pas faire plus, vu le nombre de sabotages essuyés depuis 2022, et vu le coût d’un seul câble, qui se chiffre à plusieurs centaines de millions d’euros ? Difficile de répondre par la positive, quand on comprend que le secteur, qui nécessite des investissements monstres, n’est pas du ressort exclusif de l’État ou de l’Union européenne.

Car si, jusqu’aux années 2010, les principaux acteurs dans la fabrication et la pose de ces tuyaux géants étaient des consortiums publics-privés qui associaient opérateurs télécoms et États, à l’image d’Orange Marine pour la France, une bonne partie des câbles sous-marins appartient désormais aux géants américains comme Alphabet (Google, YouTube) et Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp). Ces acteurs sont devenus hyperactifs et incontournables sur le marché, avec une Europe de plus en plus dépendante.

Résultat, Bruxelles ne peut que financer à la marge et inciter au développement de certains câbles, en pointant du doigt des projets ou des actions jugées stratégiques ou indispensables, à l’image des capacités de réparation rapide à renforcer. Mais cela suffira-t-il ?

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