L’administration Trump, pour contrer « la censure en Europe », serait en train de développer un portail en ligne agissant comme un VPN. L’objectif : permettre aux citoyens du Vieux continent et à d’autres d’accéder aux contenus illicites ou préjudiciables proscrits par la règlementation européenne sur le Numérique, ou d’autres lois locales. L’information n’a pas été confirmée officiellement.
Après avoir fourni des VPN et des terminaux Starlink aux Iraniens pour contrer la censure du régime des Mollahs, Washington travaillerait sur un nouveau portail web destiné aux… Européens. L’objectif serait, là aussi, de contourner ce qui est considéré, par l’administration Trump, comme de la « censure » : les lois européennes sur le Numérique, qui « interdiraient » certains contenus en ligne, sur le Vieux Continent.
Selon l’agence de presse Reuters, mercredi 18 février, le département d’État américain — l’équivalent du ministère des Affaires étrangères aux États-Unis – serait en train de développer une plateforme qui aurait une fonction de VPN, destinée aux Européens et à d’autres citoyens du monde. Ces services de « Virtual Private Network » ou réseau privé virtuel en français permettent aux internautes de modifier leur position et de contourner les blocages géographiques des sites et des plateformes.
Ici, le futur portail en ligne, hébergé sur « freedom.gov », agirait comme si l’internaute était situé aux États-Unis. Ce dernier, qu’il soit en Europe ou ailleurs dans le monde, pourrait accéder à tous les contenus interdits par les règles locales, comme les discours présumés de haine et de la propagande terroriste, listent les trois sources de Reuters. L’annonce du projet, qui devait être faite pendant la conférence sur la sécurité à Munich la semaine dernière, a été repoussée pour des raisons inconnues. Le portail aurait suscité des inquiétudes, voire des réserves, chez certains membres du département d’État, détaille Reuters.
« La liberté numérique est une priorité pour le Département d’État »
Si on n’en sait pas plus sur ce portail, il pourrait permettre aux Européens de contourner les lois européennes : de quoi exacerber les tensions, déjà tendues, entre l’Europe et les États-Unis. Interrogé à ce sujet par Reuters, le Département d’État américain a indiqué que l’administration Trump n’avait pas de programme visant spécifiquement à contourner « la censure » en Europe. Mais il a ajouté que « la liberté numérique est une priorité pour le Département d’État, ce qui inclut la diffusion de technologies de protection de la vie privée et de contournement de la censure, telles que les VPN ».
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, le gouvernement américain n’hésite pas à attaquer l’Europe sur sa conception de la liberté d’expression. En février 2025, le vice-président américain JD Vance avait, le premier, lancé les hostilités, accusant les Européens de « museler la liberté d’expression » de certains groupes, comme l’AFD, un parti d’extrême droite en Allemagne.
En juillet 2025, rebelote. Le même département de l’État américain a, cette fois, visé directement le « DSA », le règlement européen sur les services numériques, comparé à de la censure « orwellienne ». Sur son compte officiel sur X, le département d’État déclarait que « des milliers de personnes ont été condamnées pour avoir critiqué leur propre gouvernement », sans donner davantage de précisions sur ces condamnations alléguées.
De son côté, Donald Trump a ciblé le même DSA à plusieurs reprises, coupable selon lui de « censurer les voix des Américains » et surtout de faire peser un lourd fardeau financier sur les entreprises américaines. En décembre dernier, X, la plateforme d’Elon Musk, ex-conseiller spécial de Donald Trump, a écopé d’une amende de 120 millions d’euros, pour violation du DSA : une condamnation considérée comme un impôt déguisé inacceptable pour l’administration Trump.
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Europe et États-Unis : deux conceptions de la liberté d’expression
Le DSA contraint les réseaux sociaux et les plateformes du monde entier, dont les Américaines, à davantage lutter contre la haine en ligne et la manipulation de l’information. Pour Bruxelles, la liberté d’expression s’exerce dans ce cadre : en protégeant les citoyens contre les contenus illicites ou préjudiciables, le droit d’expression ne se transforme pas en arme qui se retournerait contre la démocratie elle-même.
Mais pour Washington, la régulation européenne revient à brider des opinions, même extrêmes, au nom d’un politiquement correct jugé oppressif. Le point de vue peut faire sourciller quand on sait qu’aux États-Unis, la censure de certains livres et essais se banalise dans les écoles, les bibliothèques et les librairies. Comme le racontait Le Monde un an plus tôt, les campagnes d’intimidation visant des ouvrages relatifs à la lutte contre les discriminations, à la sexualité, à l’identité de genre se multiplient, encouragées par l’administration Trump.
Vis-à-vis de l’Europe, Washington s’était contentée, jusque-là, d’accusations de censure. Si l’existence de ce portail se confirme, et qu’il est mis en ligne, un pas supplémentaire serait franchi. Il s’agirait de mettre à disposition des citoyens européens des moyens de contourner la règlementation numérique européenne : un pied de nez à Bruxelles qui devrait entraîner sa réaction courroucée… et peut-être plus.
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