Dans une publication sur LinkedIn le 22 février 2026, Jean-Baptiste Kempf, l’un des pères du fleuron français VLC media player, a lâché une bombe : il envisage sérieusement de quitter la France. L’ingénieur, habituellement discret, pointe un unique responsable : « C’est intégralement la faute de M. Gérald Darmanin ».
Une déclaration choc qui ne concerne pas directement son travail, mais une situation personnelle et administrative vécue comme une injustice profonde.
Pourquoi une telle décision ?
Au cœur de cette affaire se trouve le parcours de son épouse, Audrey Prévost. Après la naissance de leur second enfant, et forte de sa formation en droit, elle décide de se consacrer au service public en passant le concours de l’École nationale de la Magistrature (ENM). Elle choisit la voie professionnelle, accessible sur dossier et qui requiert une expérience juridique jugée « particulièrement qualifiante ». Contre toute attente, après avoir brillamment réussi les épreuves écrites et orales en se classant 9e, sa candidature est invalidée par le ministère.
Le motif invoqué est sidérant : une « prétendue insuffisance d’activité juridique qualifiante ». L’administration estime que les dix années passées par Audrey Prévost à gérer les complexes affaires juridiques de VideoLAN n’ont pas de valeur, car ce travail était techniquement bénévole. Une décision qui ignore la réalité du travail titanesque fourni pour défendre un projet open source d’envergure mondiale.
L’expérience chez VideoLAN est-elle vraiment « non qualifiante » ?
C’est là que le bât blesse. Jean-Baptiste Kempf décrit une charge de travail juridique colossale, bien plus complexe que dans la plupart des entreprises. Il évoque des « attaques de centaines d’avocats », des litiges sur les brevets, le droit d’auteur, des contrats internationaux avec les géants de la tech, des réquisitions d’Interpol, et même des batailles contre le gouvernement indien ou la CIA. Le champ d’application couvre le droit des contrats, le pénal, le droit des marques et, bien évidemment, le droit du numérique.
Qualifier cette expérience d’insuffisante est une gifle, non seulement pour Audrey Prévost, mais pour tout l’écosystème open source. Le projet VLC, avec ses centaines de millions d’utilisateurs, a dû faire face à des problématiques juridiques d’une rare intensité. Le caractère bénévole de cette implication ne diminue en rien sa complexité ni sa pertinence, bien au contraire.
Quelle est la réponse du Garde des Sceaux ?
Selon Jean-Baptiste Kempf, le blocage est symptomatique d’une vision administrative déconnectée des réalités technologiques. Il rapporte des écrits du ministère affirmant que « le numérique […] et le droit du numérique ne sont pas utiles au magistrat de l’ordre judiciaire ». Une position en contradiction totale avec les discours publics du Garde des Sceaux sur l’intégration de l’IA dans la justice. Kempf dénonce un système corporatiste, favorisant l’entre-soi et hostile aux profils issus du numérique.
Face au bruit médiatique, Gérald Darmanin a répondu directement sur LinkedIn. Il assure ne pas avoir été saisi personnellement du dossier et invite le couple à former un « recours gracieux », précisant avoir déjà donné raison à d’autres dans des cas similaires. Une main tendue qui sonne tardivement, alors que le fondateur de VLC semble avoir perdu confiance dans un État qu’il juge « corrompu ». Le Conseil d’État doit encore se prononcer sur le fond, mais le mal est fait.
Foire Aux Questions (FAQ)
Qui est Jean-Baptiste Kempf ?
Jean-Baptiste Kempf est un ingénieur français, président de l’association VideoLAN et l’un des principaux développeurs et leaders du projet VLC media player, un lecteur multimédia open source connu et utilisé dans le monde entier. Il a notamment reçu l’ordre national du Mérite pour sa contribution technologique.
Pourquoi la candidature de son épouse à l’ENM a-t-elle été rejetée ?
Sa candidature a été rejetée par le ministère de la Justice au motif que son expérience juridique n’était pas « suffisamment qualifiante ». Le principal argument de l’administration est que son travail de gestion des affaires juridiques complexes de VideoLAN pendant dix ans était bénévole, et donc sans valeur professionnelle à leurs yeux.
Quelle est la prochaine étape dans cette affaire ?
Gérald Darmanin a invité le couple à déposer un recours gracieux. Parallèlement, le Conseil d’État doit encore statuer sur le fond du dossier, une procédure qui peut prendre plusieurs mois. En attendant, Jean-Baptiste Kempf maintient sa menace de quitter la France si la situation n’évolue pas favorablement.

