pourquoi parle-t-on d’entrée en Bourse du siècle ?

pourquoi parle-t-on d'entrée en Bourse du siècle ?



Pourquoi SpaceX, le fabricant de fusées réutilisables, affole-t-elle les compteurs de Wall Street ? Pourquoi dit-on que la société d’Elon Musk va réaliser une entrée en Bourse de tous les records, aux États-Unis ? Décryptage.

« Du jamais-vu », « une méga-introduction », l’opération boursière « la plus importante de tous les temps »… Depuis la fin de l’année 2025, les Unes annonçant une future et prochaine entrée en Bourse de SpaceX, la pépite spatiale d’Elon Musk, n’en finissent pas de tomber. Et les chiffres avancés sont vertigineux.

Le fabricant de fusées réutilisables envisagerait une introduction à Wall Street, à la mi-juin. La propriétaire de la constellation de satellites Starlink compterait lever jusqu’à 50 milliards de dollars pour une valorisation d’environ 1 500 milliards de dollars, écrivait le Financial Times en janvier dernier. 

Ces chiffres peuvent donner le tournis, quand on sait que la dernière entreprise à avoir atteint de tels sommets était Saudi Aramco. En 2019, le géant du pétrole saoudien avait réussi à lever 29 milliards de dollars pour atteindre les 1 700 milliards de dollars de valorisation lors de son entrée en Bourse. SpaceX pulvériserait donc ce record, selon les estimations des économistes. En comparaison, le groupe français LVMH, qui occupe la première place du CAC 40, est valorisé à hauteur de 273 milliards d’euros (322 milliards de dollars), soit 4,6 fois moins.

Comment expliquer ces chiffres vertigineux ?

Plusieurs éléments peuvent expliquer ces estimations. Rappelons d’abord que la Bourse ne reflète pas la valeur réelle d’une entreprise à un instant T, mais celle qu’elle pourrait avoir dans le futur, selon les investisseurs. Si ces derniers pensent pouvoir faire une plus-value à moyen ou long terme, la valeur de l’entreprise concernée s’envolera. Mais si, au contraire, l’espoir de gagner un pécule se réduit, ces derniers chercheront à vendre leurs actifs, et la valorisation de la société chutera. Pour John Rekenthaler, chroniqueur au Morningstar, un média canadien, « la valeur des actions ne reflète pas un diagnostic de la santé de l’économie réelle, mais plus une perspective sur l’évolution attendue des profits des entreprises ». 

Et en l’occurrence, SpaceX est aujourd’hui le chouchou des investisseurs. Elle coche de nombreuses cases. D’abord, le domaine du spatial est en plein boom. Et dans ce secteur, l’entreprise est devenue le leader mondial des lancements de fusées réutilisables. Le constructeur américain, qui est en train de développer la fusée géante Starship pour des voyages vers la Lune et Mars, est devenu totalement incontournable pour la NASA, avec ses fusées Falcon 9 et sa capsule Crew Dragon. Il possède en parallèle la plus grande constellation de satellites au monde, Starlink, une activité qui est de loin le premier contributeur aux revenus du groupe, indiquait Elon Musk sur X. Mais ce n’est pas tout.

À lire aussi : Un vol spatial tous les deux jours en 2025 : SpaceX bat son propre record de lancements

Au début du mois, Elon Musk a annoncé que SpaceX allait absorber xAI, son entreprise d’IA qui comprend son réseau social X (ex-Twitter) et son robot IA Grok. Cette absorption a d’ailleurs fait monter mathématiquement la valeur de SpaceX, xAI étant estimée à 230 milliards de dollars qui s’ajouteraient aux 800 milliards de dollars du fabricant de fusées (avant la fusion).

SpaceX est donc devenue une société combinant spatial, IA et satellites, détenue en plus par l’homme le plus riche du monde. Ajoutez à cela le précédent de Tesla, le fabricant de voitures électriques d’Elon Musk a atteint une valorisation boursière bien supérieure à celle des constructeurs automobiles historiques, malgré des ventes bien moins importantes.

Pourquoi maintenant ?

La firme, créée en 2002, appartient aujourd’hui à Elon Musk (40 %) et à des sociétés comme Alphabet (la maison mère de Google). Et si Elon Musk a toujours été réticent à faire entrer ses sociétés en Bourse, c’était surtout pour avoir les coudées franches dans leur gestion et leur stratégie. Le milliardaire est connu pour adopter des choix stratégiques risqués comme ceux de la voiture électrique dans les années 2000, ou la fusée réutilisable dans les années 2010 – un temps où ces idées étaient loin d’être majoritaires.

Ces choix n’auraient sûrement pas été possibles s’il s’agissait d’une société cotée. Lorsqu’une entreprise entre en Bourse, elle est soumise à davantage d’obligations de transparence financière auxquelles SpaceX n’est aujourd’hui pas assujettie. Elle peut aussi être mise sous pression par ses actionnaires qui demandent une certaine rentabilité à court terme : un court terme qui n’est pas compatible avec le spatial, expliquait en 2013 Elon Musk en personne, cité par Le Monde : « L’exploration de Mars nécessite le développement de technologies complexes sur une période de plus de dix ans, mais le marché se soucie des trois prochains mois ».

Pourtant, la donne a changé avec l’intelligence artificielle. Elon Musk cherche à rattraper son retard avec xAI, et ses derniers projets nécessitent de tels investissements que les fonds levés sur le marché privé ne suffisent plus. Seule une entrée en Bourse lui permettrait de financer son projet titanesque et futuriste : installer dans l’espace des data centers dédiés aux activités d’intelligence artificielle.

Des centres de données seraient alimentés par l’énergie solaire, et permettraient de faire fonctionner ses systèmes d’IA. Avec une entrée en Bourse, Elon Musk disposerait de nouvelles liquidités qui pourraient lui permettre d’atteindre ces objectifs, et surtout d’acheter les puces permettant de faire fonctionner les data centers dans l’espace, précise Bloomberg. Mais il pourrait être arrêté par les actionnaires, à moins que ceux-ci ne le suivent dans ses choix : un pari risqué que semble avoir pris le milliardaire sud-africain dont l’ambition première est de coloniser Mars.

Dernier élément qui peut expliquer le changement de stratégie d’Elon Musk : sa rivalité avec Sam Altman, le PDG d’OpenAI. Or celui-ci se préparerait aussi à une entrée en Bourse cette année. La start-up d’intelligence artificielle (IA) qui a développé ChatGPT, a été évaluée à 500 milliards de dollars en octobre dernier.

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