Pourquoi Sora, le « TikTok » 100 % IA d’OpenAI, va disparaître

Pourquoi Sora, le « TikTok » 100 % IA d'OpenAI, va disparaître


Souvenez-vous : l’an dernier, OpenAI a lancé une nouvelle version de son générateur de vidéos, Sora 2. Cette version, encore plus impressionnante que la première, s’accompagnait d’une interface digne de celle d’un réseau social. Après avoir créé une vidéo, il était en effet possible de la partager sur la plateforme et de découvrir les productions des autres utilisateurs. Sora 2 était exclusivement disponible aux États-Unis. Si vous vouliez l’essayer, vous deviez passer par un VPN. Intrigués par l’approche d’OpenAI, nous avions activé notre VPN pour accéder à la plateforme.

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Sora 2, un drôle de « TikTok » basé sur l’IA

Dès notre arrivée sur la plateforme, nous avions eu une impression étrange : celle de regarder une version futuriste et déformée d’un réseau social connu et populaire, comme TikTok ou Instagram. OpenAI misait sur une grille composée de dizaines de vidéos, qui tournaient en continu. C’était vraiment le contenu de la grande majorité des séquences qui participe à donner une ambiance étrange au réseau social. En lieu et place de vidéastes et de visages humains, on apercevait uniquement des fac-similés imparfaits.

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Rien n’avait le moindre sens, tout est trop coloré, trop rapide ou trop vif. C’était réellement déstabilisant, surtout si vous affichez le réseau social sur un écran géant, comme on l’a fait sur notre moniteur de bureau. On s’était vraiment cru dans un vrai film de science-fiction qui dépeint des réalités alternatives. Plusieurs tendances émergeaient déjà sur la plateforme. De nombreux internautes avaient en effet conçu des vidéos qui se faisaient passer pour des séquences filmées par des sonnettes connectées ou des caméras de sécurité. Là encore, ces vidéos paraissaient réalistes, mais elles étaient toutes teintées d’étrangeté. C’est la fameuse « vallée de l’étrange » du roboticien japonais Masahiro Mori. Ce concept désigne le malaise que l’on ressent face à quelque chose qui ressemble presque à un humain… mais pas tout à fait, comme les visages générés par IA.

Comme tout réseau social qui se respecte, Sora 2 permettait aux internautes de commenter les vidéos produites par les autres. Comme sur Facebook, Instagram ou TikTok, vous pouviez aussi mettre un like pour montrer que vous avez apprécié un contenu. Petite spécificité de Sora, OpenAI avait inclus un bouton qui permet de « remixer » une vidéo qui vous a plu. Si vous cliquiez sur ce bouton, vous pouviez partir d’une vidéo existante et la modifier à votre goût. Vous pouvez changer les personnages, le style, la scène ou ajouter des éléments. Avec cet outil, OpenAI encourageait évidemment l’apparition de vidéos virales… ainsi que les inévitables fake news.

Sora Interface
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Nous avions aussi testé la création de vidéos de A à Z. Comme vous le feriez sur ChatGPT ou Gemini, vous pouviez décrire à Sora ce que vous souhaitiez. Une fois votre requête acceptée par OpenAI, votre demande était envoyée dans une liste d’attente. Il fallait donc patienter avant que votre séquence soit produite. C’était déjà le cas avec la première version de Sora. Les vidéos étaient particulièrement réussies. Nous avons produit une dizaine de séquences durant notre test, et chacune était très convaincante. En miroir de Veo 3, le modèle de génération d’images de Google, Sora 2 se distingue par l’aspect ultra-réaliste de ses productions.

Évidemment, les contenus n’étaient pas parfaits. Avec un peu d’entraînement, on arrive à repérer des éléments qui reviennent régulièrement et qui trahissent la génération par IA. Par exemple, on a noté que les vidéos signées Sora étaient souvent anormalement rapides ou précipitées. On perçoit bien que le déroulement de certaines séquences s’enchaine bien trop vite. Vous remarquiez particulièrement ce phénomène sur les vidéos réalistes avec des personnes humaines. Ceux-ci se déplacent à grande vitesse, ce qui trahit la présence d’algorithmes. Par ailleurs, on peut facilement rencontrer des distorsions de l’image, des erreurs ou des sons un peu artificiels. Quand cela arrive, il fallait souvent revoir la requête, parfois à plusieurs reprises.

Sora Vidéo
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Néanmoins, il faut un œil aguerri pour identifier une fausse vidéo. Un utilisateur lambda qui n’est pas au courant des avancées de l’IA, comme vos parents ou vos grands-parents, se fera naturellement avoir. On a comparé les vidéos générées par Sora à celles en provenance de Veo 3, le modèle de génération de Google intégré à Gemini. En matière de qualité des productions, les deux modèles se trouvent dans un mouchoir de poche. Après quelques tests, on a néanmoins préféré les vidéos signées Google aux créations de Sora. L’IA de Google produit des contenus parfois un peu moins créatifs, mais plus cohérents. Il est plus facile de l’amener à faire ce que vous voulez. À côté, Sora était un peu plus imprévisible.

Un réseau social qui coûte trop cher à OpenAI

Après avoir utilisé Sora, on s’est rendu sur des réseaux sociaux classiques, comme TikTok, X ou encore Facebook. On a vite remarqué que les vidéos générées par IA, par Sora notamment, se multiplient à une vitesse folle. De plus en plus d’internautes partagent les vidéos réalisées avec Sora 2 sur leurs comptes TikTok par exemple. Pour faire des vues, voire espérer gagner de l’argent, il n’y a plus besoin de se filmer.

On a fini par se demander si Sora 2 n’était pas un aperçu de l’avenir de tous les réseaux sociaux… jusqu’à ce qu’OpenAI décide de débrancher la prise de sa plateforme. Fin mars 2026, OpenAI a annoncé la disparition de son réseau social reposant sur l’IA générative. La start-up explique que Sora sera

Plusieurs acteurs, dont Théo Pham, le PDG de Rizlum, expert en IA souveraine, estiment que le réseau social a surtout été abandonné à cause de son coût astronomique. Sora coûte « tout simplement trop cher ». Avec « environ 15 millions de dollars de pertes quotidiennes, la situation n’était plus tenable » pour les finances d’OpenAI, déjà mises sous pression par le succès mondial de ChatGPT. Pour Théo Pham, « le coût de production de la vidéo générative reste aujourd’hui beaucoup trop élevé pour un modèle de masse ». Par ailleurs, Sora ne rapportait pas énormément d’argent à OpenAI, contrairement à ses autres produits, en dépit de son coût colossal.

Le (gros) problème du filigrane et des droits d’auteur

Les vidéos créées sur Sora portaient toujours un petit filigrane. La start-up américaine voulait ainsi éviter que ces vidéos soient utilisées pour de la désinformation. Pour endiguer les risques d’abus, il est important que chaque séquence soit clairement identifiée comme une création d’intelligence artificielle et non comme une vidéo authentique.

Sora Vidéos Ia Filigrane
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Cependant, des utilisateurs avaient rapidement trouvé des solutions pour contourner cette restriction et retirer le filigrane. Sur le web et les réseaux sociaux, on trouvait, et on trouve toujours, de nombreux outils permettant de supprimer le logo de Sora. C’est évidemment catastrophique pour la lutte contre la désinformation en ligne. Sans filigrane, il était facile de se faire avoir et de ne pas se rendre compte qu’il s’agit d’un contenu créé de A à Z par des algorithmes. C’est l’un des nombreux problèmes rencontrés par OpenAI, et qui a probablement contribué à la décision d’enterrer Sora. 

Par ailleurs, le réseau social à base d’IA a provoqué un véritable raz-de-marée de plaintes en provenance des ayants droit. En utilisant Sora, il était en effet possible de générer des vidéos qui utilisent sans vergogne des contenus protégés, dont des personnages de films ou de séries. Pour éviter les plaintes en cascade, OpenAI avait signé un accord d’envergure avec Disney. Ce partenariat permettait au réseau social de générer des vidéos montrant des personnages et les univers du groupe de divertissement.

Malheureusement pour OpenAI, tous les géants du divertissement n’ont pas accepté le même accord que Disney. En l’espace de quelques mois, la start-up a reçu une montagne de plaintes, notamment en provenance du Japon.  L’organisation CODA, qui représente notamment Studio Ghibli, Bandai Namco ou Square Enix, affirme que de nombreuses vidéos générées ressemblent fortement à des œuvres protégées, ce qui constitue une violation du droit d’auteur. Des plaintes analogues en provenance d’Hollywood ont été recensées. Là encore, on imagine que les plaintes à répétition ont dissuadé OpenAI de poursuivre l’aventure. Notez que l’accord passé avec Disney aurait d’ailleurs été enterré dans le sillage de la mort de Sora.

Plusieurs experts estiment aussi qu’OpenAI a préféré arrêter les frais avec Sora à cause de Google. La sortie de Nano Banana 2, la dernière version du générateur d’images intégré à Gemini, suivie par Veo 3, est venue relativiser les progrès d’OpenAI en matière de génération de contenus. C’est l’avis de Stéphane Roder, PDG d’AI Builders, expert en stratégie Data et IA, qui affirme que Nano Banana 2 « dépasse de très loin Sora en termes d’utilisation » Sora. En d’autres termes, Google a détourné les internautes du réseau social pour les attirer sur Gemini.

La nouvelle stratégie d’OpenAI

L’abandon de Sora s’inscrit surtout dans le cadre de la réorganisation stratégique d’OpenAI. Bien décidé à ne pas se laisser devancer par Anthropic, qui améliore Claude à la vitesse grand V, OpenAI opère un repli stratégique en se concentrant sur les outils destinés à la productivité, aux entreprises et aux développeurs. Cette stratégie exclut évidemment Sora, une plateforme taillée pour le divertissement grand public.

« En abandonnant la vidéo récréative pour se concentrer sur les outils de codage et de productivité pour les entreprises, la firme tente de stabiliser ses finances sur un segment où la valeur ajoutée justifie des tarifs professionnels », nous explique Théo Pham, soulignant qu’OpenAI « recherche désormais l’équilibre critique entre qualité et prix ».

Dans le cadre de cette nouvelle feuille de route, OpenAI prévoit notamment de regrouper ChatGPT, Atlas et Codex au sein d’une unique application de bureau, plus lisible pour les clients. Cette simplification de la gamme doit aussi aider la start-up, désormais valorisée 730 milliards de dollars, à préparer une éventuelle introduction en Bourse. En vue de cette opération, l’entreprise s’emploie à rassurer les investisseurs en épurant son catalogue et en serrant la vis sur ses coûts de fonctionnement. OpenAI cherche aussi et surtout à se concentrer sur les secteurs qui rapportent le plus d’argent, et qui sont de plus en plus dominés par Claude. Pour faire reculer Anthropic, OpenAI a l’intention de recruter 4500 employés d’ici la fin de l’année 2026.

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