Lancé à grand renfort de publicités dans le métro parisien, le collier intelligent Friend devait devenir le nouveau compagnon connecté à la mode. Capable d’écouter son environnement et de dialoguer avec son porteur, le gadget IA est finalement interdit en France et en Europe. Et il fallait s’y attendre.
Il y a quelques mois, la start-up Friend a beaucoup fait parler d’elle en France. Créée par le jeune entrepreneur américain Avi Schiffmann, la start-up a développé un pendentif connecté, animé par une IA. L’accessoire se présente comme un « ami virtuel » censé lutter contre la solitude, notamment chez les jeunes adultes. Porté autour du cou et relié à une application sur smartphone, le collier écoute en permanence votre environnement par le biais d’un micro. Friend était omniprésent dans le métro parisien au travers d’une vaste campagne publicitaire. En dépit de l’argent injecté dans la communication française, le pendentif IA est actuellement interdit en France… et dans toute l’Europe.
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Un pendentif en infraction avec le RGPD
Malgré une communication bien orchestrée et des dizaines de milliers d’euros dépensés, Friend.com a annoncé qu’il ne commercialiserait pas son collier en Europe pour le moment. Sans grande surprise, l’accessoire s’est heurté au RGPD (Règlement général sur la protection des données), la réglementation européenne qui encadre le traitement des données personnelles. En vigueur depuis 2018, elle encadre la collecte, le stockage et l’utilisation des données à caractère personnel dans toute l’Union européenne.
Le RGPD interdit notamment d’enregistrer les conversations d’un individu sans le prévenir. C’est pourtant ce que propose le gadget connecté de Friend, qui écoute tous les sons aux alentours en continu. Par ailleurs, le collier pourrait capter par inadvertance des données qui sont sensibles, comme des informations médicales, ce qui représente un autre point de friction avec le RGPD.
Selon les informations relayées par les Echos, il s’avère que la campagne publicitaire dans le métro de Paris a attiré l’attention des autorités françaises. La CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés), l’autorité française chargée de la protection des données personnelles, s’est autosaisie du dossier en février. Depuis deux mois, le gendarme des données échange avec la société américaine pour s’assurer de la légalité du dispositif.
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Vers un pendentif IA compatible avec le RGPD ?
En dépit des obstacles rencontrés, Avi Schiffmann ne baisse pas les bras. L’entrepreneur explique vouloir s’assurer « que nous sommes entièrement conformes au RGPD avant d’expédier le pendentif à l’UE, ce sur quoi nous travaillons actuellement avec notre équipe juridique européenne ». En attendant, le pendentif, vendu plus de 100 dollars, ne pourra pas être commercialisé dans l’Union européenne.
« Personnellement, je suis aussi citoyen français et la confidentialité des données compte beaucoup. Cela a toujours été notre projet, mais le succès de la campagne parisienne a certainement accéléré l’urgence », concède Avi Schiffmann.
Pour rappel, Avi Schiffmann a investi énormément d’argent dans ce projet. L’entrepreneur a dépensé 1,8 million de dollars pour acquérir le domaine friend.com en 2024, et injecté 1 million pour une campagne publicitaire massive à New York, avec 11 000 affiches dans le métro. En dépit des efforts déployés par la start-up, l’accessoire n’a pas rencontré le succès escompté. D’après le magazine Fortune, à peine 3 000 exemplaires auraient été vendus aux États-Unis. Pour défendre son projet, Schiffmann préfère se concentrer sur le nombre d’utilisateurs de Friend. Celui-ci prétend que « plus de 200 000 utilisateurs » conversent avec son IA. L’entrepreneur prend à la fois en compte les quelques milliers d’utilisateurs du collier connecté, et les personnes qui se sont simplement inscrites sur l’interface web, accessible sans avoir à dépenser le moindre centime. Cette interface, que nous avons testée, permet de créer des « amis virtuels » et de converser avec eux.
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Source :
Les Echos