La Chine, dans sa volonté de s’affranchir des restrictions américaines sur les puces électroniques, a cherché à débaucher des ingénieurs taiwanais travaillant dans le secteur des semi-conducteurs. Et cela n’est pas du goût du gouvernement taïwanais.
Pour échapper aux règles américaines qui l’empêchent de s’approvisionner en semi-conducteurs de dernière génération, la Chine cherche à s’approprier le savoir-faire de Taïwan, rapporte Reuters, mardi 7 avril. Selon un rapport d’une agence de renseignement taïwanaise, cité par nos confrères, Pékin ciblerait l’île où siège le plus grand fabricant mondial de puces électroniques, Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC).
Ce n’est pas la première fois qu’un tel signalement est fait. Depuis que la Chine est la cible d’une politique de Washington visant à la couper de ces composants indispensables à la fabrication de voitures, de smartphones et d’infrastructures IA, Pékin cherche à devenir autosuffisante en la matière. Et depuis 2022, les progrès sont substantiels. Selon les chiffres du cabinet d’études IDC, les fabricants chinois de puces se seraient emparés de près de la moitié du marché local en 2025, au détriment du champion américain Nvidia passé de 95 % de parts de marché à 55 % dans le pays.
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Outre des investissements monstres, le gouvernement chinois a cherché à attirer talents, investissements et entreprises du secteur, y compris ceux qui se trouvent à Taïwan. D’autant que Pékin considère l’île comme l’une de ses provinces.
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Des lois interdisent les investissements chinois dans certaines parties de la fabrication de puces
Mais ce n’est évidemment pas du goût de Taïwan, qui s’oppose fermement aux revendications de souveraineté de la Chine et qui répète à l’envi que seul le peuple de l’île peut décider de son avenir. En réaction, Taïwan s’est dotée de lois qui cherchent à protéger son industrie des puces électroniques des velléités de Pékin. Ainsi, tout investissement chinois est interdit dans certaines parties de la chaîne d’approvisionnement des semi-conducteurs, comme la conception de puces électroniques. Pour le conditionnement des semi-conducteurs, les règles sont un peu moins strictes mais le secteur est soumis à de nombreux contrôles. En théorie, les entreprises chinoises de puces ne peuvent pas opérer légalement sur l’île.
Mais en pratique, certaines seraient parvenues à le faire en s’y installant via des sociétés écran, sans autorisation. Sur place, elles auraient débauché des ingénieurs du secteur, rapportait Taïwan le 31 mars dernier. À cette occasion, le gouvernement local rapportait avoir ouvert une enquête visant onze entreprises chinoises pour « débauchage illégal de talents » dans le domaine des semi-conducteurs et d’autres technologies de pointe.
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Dans son rapport qui s’adresse aux législateurs locaux, cité par nos confrères, le Bureau de la sécurité nationale de Taïwan déplore que la Chine « continue également d’utiliser des canaux indirects pour débaucher des talents taïwanais, de voler des technologies et de se procurer des biens soumis (aux restrictions américaines NDLR), dans le but d’obtenir des technologies et des produits clés tels que les puces électroniques de dernière génération produites à Taïwan, et ainsi contourner les restrictions technologiques mondiales ».
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Depuis six ans, le Bureau taïwanais a traité plus de 100 cas similaires impliquant des soupçons de recrutement illégal et d’activités commerciales illicites de la part d’entreprises chinoises, selon ce dernier.
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