l’enquête qui expose les réseaux secrets de soumission chimique

l'enquête qui expose les réseaux secrets de soumission chimique



En 2024, le procès Dominique Pelicot avait mis en lumière l’existence de communautés en ligne où des hommes s’organisent pour droguer et agresser leurs conjointes. Une enquête approfondie publiée en mars 2026 révèle que ces réseaux n’ont pas disparu. Ils ont proliféré.

Selon CNN, le site Motherless.com, qui revendique environ 62 millions de visites en février 2026, héberge plus de 20 000 vidéos de contenu dit « sleep » : des vidéos montrant des femmes endormies ou sédatées, filmées à leur insu. Le site se décrit lui-même comme un hébergeur « sans morale »« tout ce qui est légal est hébergé pour toujours » et la légalité de certains contenus y est sérieusement mise en doute.

Des groupes Telegram aux sites de tchat

Sur Telegram, des groupes comme « Zzz » servaient de lieu d’échange entre membres : conseils sur les dosages de sédatifs, partage de vidéos, organisation d’agressions. Le groupe a depuis été retiré de la plateforme, mais d’autres persistent.

Ce n’est pas la première fois que de tels réseaux sont mis en lumière : en décembre 2024, des journalistes allemands du collectif STRG_F avaient déjà exposé un groupe Telegram de 70 000 membres s’échangeant des conseils de soumission chimique et des vidéos d’agressions.

Le phénomène touche aussi directement la France. En juin 2024, le site de tchat Coco.gg, impliqué dans 23 051 procédures judiciaires et utilisé par Dominique Pelicot pour recruter ses complices, avait été fermé sur décision du parquet de Paris. Son fondateur, l’Italien Isaac Steidl, a été mis en examen en janvier 2025 pour proxénétisme aggravé, pédopornographie et corruption de mineurs. Mais le 17 avril 2026, Ouest-France révélait que le site avait resurgi sous un nouveau nom, Cocoland.cc, avec la même identité visuelle et le même fonctionnement anonyme. La haute-commissaire à l’Enfance Sarah El Haïry a immédiatement sonné l’alerte :

« Ce ne sont pas des lieux anodins. Ils cherchent des proies. Des procédures sont lancées, on les traquera. »

Un modèle économique autour de l’agression

Au-delà des frontières françaises, l’enquête de CNN documente une véritable économie souterraine à l’échelle mondiale. Certains utilisateurs vendaient des livestreams d’agressions en direct pour 20 dollars par spectateur, payables en cryptomonnaie. D’autres commercialisaient des « liquides soporifiques » expédiés pour 150 € la bouteille, avec la promesse que « votre femme ne sentira rien et ne se souviendra de rien ».

L’affaire « Piotr », un homme en Pologne qui échangeait ouvertement dans ces groupes et qui a été arrêté début avril 2026 pour viol aggravé, illustre concrètement comment ces réseaux basculent dans le monde réel. Il risque jusqu’à 20 ans de prison s’il est reconnu coupable.

Des plateformes peu sanctionnées, une loi insuffisante

La députée française Sandrine Josso, droguée à son insu en novembre 2023 par l’ex-sénateur Joël Guerriau (condamné à quatre ans de prison dont dix-huit mois ferme en janvier 2026), a qualifié ces groupes d’« académies du viol en ligne, où toutes les matières nécessaires pour devenir un bon violeur sont enseignées ». C’est pourtant cette réalité que les plateformes peinent à reconnaître.

Telegram affirme retirer les contenus qui « encouragent la violence sexuelle » dès leur détection, grâce à des outils d’IA et à la modération humaine. Mais pour des millions de vues et des dizaines de milliers de vidéos, la réponse reste largement insuffisante selon les experts.

Le régulateur britannique Ofcom a infligé une amende à la société mère de Motherless en février 2026, non pas pour les contenus hébergés, mais pour absence de contrôle de l’âge. Le site bénéficie en effet des protections légales américaines de type safe harbor, qui exemptent les plateformes de toute responsabilité directe pour les contenus uploadés par leurs utilisateurs. La résurgence de Cocoland.cc illustre le même problème structurel : fermer une plateforme ne fait que déplacer le problème.

Ce que dit la loi sur la soumission chimique

Droguer quelqu’un pour le violer ou l’agresser sexuellement est qualifié de soumission chimique. En France, ce crime est passible de 20 ans de réclusion criminelle, portés à 30 ans en cas de circonstances aggravantes. Les substances les plus souvent utilisées (GHB, Rohypnol, zolpidem) peuvent quitter l’organisme en quelques heures, rendant les poursuites judiciaires particulièrement difficiles à engager.

Si vous êtes victime de violences, le numéro national d’écoute est le 3919 (gratuit, 24h/24). En cas de danger immédiat, composez le 17.

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