Le studio Ubisoft Montréal vient de débrancher la prise sur un projet en développement depuis près de trois ans : Alterra. L’information, qui a fuité le 22 avril, a été confirmée par une déclaration laconique de l’entreprise. Les employés concernés ont été renvoyés chez eux pour la journée avant d’être mis à disposition pour d’autres projets internes. Cette annulation est une nouvelle illustration de la stratégie de réduction des coûts et de recentrage de l’éditeur français, qui a déjà sacrifié plusieurs titres ces derniers mois.
À quoi ressemblait exactement le projet Alterra ?
Alterra se dessinait comme un ambitieux projet de simulation de vie, un genre « cozy » très en vogue. Le concept mélangeait ouvertement l’aspect social et communautaire d’un Animal Crossing avec la liberté de construction et de terraformation d’un Minecraft. L’idée était de permettre aux joueurs de récolter des matériaux dans un monde coloré pour ensuite bâtir leurs propres créations. Le projet était piloté par des vétérans du studio, notamment le directeur créatif Patrick Redding, connu pour son travail sur les séries Splinter Cell et Far Cry.
Visuellement, le jeu adoptait un style voxel (des graphismes basés sur des cubes, à la manière de Minecraft) et mettait en scène des personnages non-joueurs appelés « Matterlings ». Ces derniers sont décrits comme ressemblant à des figurines Funko Pop. Les joueurs auraient exploré différents biomes, chacun abritant des ressources et des créatures uniques à découvrir ou à combattre. Une proposition qui, sur le papier, semblait pourtant calibrée pour séduire un large public.
Pourquoi Ubisoft a-t-il réellement débranché la prise ?
La communication officielle, elle, sort la partition habituelle de la gestion de portefeuille. Un porte-parole a expliqué que l’entreprise évalue en permanence ses projets pour s’assurer de leur « alignement avec les priorités stratégiques » et leur « potentiel de marché ». En clair : Alterra ne rentrait plus dans les cases. Il faut dire que la stratégie globale d’Ubisoft est en pleine mutation. Cette décision n’est pas un acte isolé, mais bien le symptôme d’une stratégie de recentrage agressive sur les très grosses franchises comme Assassin’s Creed.
L’abandon d’Alterra est une goutte de plus dans une vague d’annulation de jeu bien plus large. Récemment, l’éditeur a stoppé le remake de Prince of Persia: The Sands of Time et un titre multijoueur Assassin’s Creed, tout en procédant à des fermetures de studios et des licenciements pour atteindre un objectif d’économie de 200 millions d’euros. La création de nouvelles propriétés intellectuelles, surtout si elles ne sont pas des blockbusters garantis, est devenue un pari trop risqué.
Quel est l’impact pour les équipes et l’industrie ?
Pour l’instant, le couperet des licenciements semble évité pour l’équipe principale d’Alterra, qui sera réaffectée. C’est un soulagement. Cependant, un flou total demeure quant au sort des studios de support qui prêtaient main-forte au projet. Au-delà de ce cas spécifique, cette annulation envoie un signal assez fort sur l’état actuel de l’industrie du jeu vidéo : la consolidation et l’aversion au risque sont les maîtres-mots.
Les géants du secteur semblent de plus en plus frileux à l’idée de lancer des concepts originaux. La prise de risque est minimisée au profit de la rentabilité quasi assurée des franchises établies. Voir un projet comme Alterra, après trois ans de développement, être simplement effacé de la carte montre à quel point les stratégies peuvent changer brutalement, laissant les créatifs et les joueurs sur le bord de la route.
Foire Aux Questions (FAQ)
Le jeu Alterra avait-il été annoncé officiellement ?
Non, absolument pas. Alterra était un nom de code interne et le projet n’a jamais été présenté publiquement par Ubisoft. Son existence n’a été connue que par des indiscrétions et des rapports de journalistes spécialisés.
Les développeurs d’Alterra ont-ils été licenciés ?
D’après les informations disponibles, les membres de l’équipe principale d’Ubisoft Montréal n’ont pas été licenciés. Ils ont été placés en « disponibilité » pour être réaffectés à d’autres projets en cours au sein de l’entreprise. La situation est moins claire pour les éventuels studios partenaires.

