Des satellites qui captent le soleil 24 heures sur 24 et l’envoient sur des panneaux solaires terrestres après le coucher du soleil. Le projet ressemble à de la science-fiction, mais l’ancien patron de la NASA n’a jamais été aussi enthousiaste.
Le problème de l’énergie solaire tient en une phrase : la nuit, il fait noir. Les panneaux s’arrêtent, et les data centers, eux, ne s’arrêtent jamais. Les centres de données de Meta ont consommé plus de 18 000 gigawattheures en 2024. De quoi alimenter 1,7 million de foyers américains. Pour un groupe de cette taille, l’intermittence solaire n’est pas un détail technique, c’est un gouffre. Meta vient de signer un accord avec la startup Overview Energy pour réserver jusqu’à 1 gigawatt de capacité énergétique transmise depuis l’orbite. Première livraison commerciale prévue en 2030.
Des lasers infrarouges sur des panneaux solaires existants : pourquoi cette approche change la donne
L’énergie solaire spatiale n’est pas une idée neuve. Isaac Asimov en parlait dès 1941. La NASA, l’Agence spatiale européenne et le Japon étudient le concept depuis des décennies. Mais jusqu’ici, tous les projets butaient sur le même écueil : construire des stations de réception au sol dédiées, soit par micro-ondes, soit par laser haute puissance. Coûteux, encombrant, et potentiellement dangereux pour les oiseaux et les aéronefs qui traverseraient le faisceau (Qui aurait crû qu’un rayon d’énergie concentrée puisse être dangereux ?).
Overview Energy propose une approche différente. Cette startup, fondée en 2022 à Ashburn en Virginie (à quelques kilomètres des plus grands data centers du monde, ce qui n’est pas un hasard), mise sur des satellites en orbite géostationnaire, à 36 000 km d’altitude. Là-haut, le soleil ne se couche jamais. Ils convertissent cette énergie en lumière proche infrarouge et la dirigent vers des fermes solaires classiques déjà raccordées au réseau. Les panneaux existants convertissent cette lumière en électricité, exactement comme ils le font avec le soleil. Pas de nouvelle infrastructure au sol, pas de station propriétaire, pas de terrain supplémentaire à acheter.
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Le faisceau est invisible, moins intense que la lumière du soleil, et selon Marc Berte, le PDG d’Overview, « on peut le fixer directement sans aucun effet néfaste ». Mike Griffin, ancien administrateur de la NASA, a résumé la chose de manière plus tranchante. Après 48 ans passés à examiner des concepts d’énergie solaire spatiale, il considère celui d’Overview comme « le premier qui pourrait fonctionner ». En novembre 2025, la startup a réalisé une démonstration depuis un avion Cessna volant à 5 km d’altitude. Plusieurs kilowatts transmis vers des panneaux solaires standard au sol. Un satellite de démonstration en orbite basse est prévu pour janvier 2028, sur un vol SpaceX Bandwagon-7.
Pourquoi les batteries ne suffisent pas, et pourquoi 1 GW depuis l’espace reste un pari
La question évidente : pourquoi ne pas simplement stocker l’énergie solaire dans des batteries pour la nuit ? En théorie, c’est la solution la plus directe. En pratique, elle se heurte à un problème d’échelle. Un data center de 100 MW consomme environ 2 400 MWh par nuit. Pour stocker cette quantité, il faut des installations de batteries colossales, coûteuses, et qui se dégradent après quelques milliers de cycles. Les projections du secteur estiment le marché américain du stockage à 204 GW d’ici 2035. Mais les hyperscalers ne représenteraient que 9 GW de ce total d’ici 2030. Meta, à elle seule, vise 30 GW de capacité renouvelable. L’écart entre les besoins et les capacités de stockage disponibles reste considérable.
Le solaire spatial contourne le problème en éliminant le besoin de stockage. Plus de soleil la nuit signifie plus d’électricité produite en continu, sans batterie intermédiaire. Mais (et c’est un « mais » de taille) aucune transmission d’énergie depuis l’orbite n’a jamais été réalisée. L’accord entre Meta et Overview ne précise aucun montant financier. La startup n’a levé que 20 millions de dollars à ce jour. Une somme modeste pour un projet qui prévoit de déployer 1 000 satellites en orbite géostationnaire. L’infrarouge ne traverse pas les nuages, ce qui impose de jongler entre plusieurs sites de réception. Et le coût du kilowattheure produit reste inconnu. Berte affirme viser la parité avec le solaire terrestre, le géothermique et le nucléaire, sans avancer de chiffre.
Meta, de son côté, ne met pas tous ses œufs dans le même panier orbital. Le groupe négocie également 1 à 4 GW de nucléaire, 150 MW de géothermie avec Sage Geosystems, et continue d’empiler les contrats solaires et éoliens classiques. L’accord avec Overview ressemble moins à un engagement ferme qu’à une option sur l’avenir. Si la technologie fonctionne, Meta aura pris une longueur d’avance. Si elle ne fonctionne pas, la facture reste celle d’un pari, pas d’une catastrophe.
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Source :
Reuters