Face à la domination des moteurs de jeux américains comme Unreal Engine ou Unity, une nouvelle initiative européenne voit le jour. Portée par Arjan Brussee, figure respectée de l’industrie et cofondateur de Guerrilla Games (Horizon), ce projet baptisé The Immense Engine a une ambition claire : offrir une solution technologique souveraine, développée en Europe pour les Européens, et respectueuse des réglementations locales.
Pourquoi la souveraineté est-elle au cœur de ce projet ?
L’argument principal d’Arjan Brussee est stratégique. Il estime que l’Europe est devenue trop dépendante des technologies américaines et chinoises pour la création de mondes 3D. The Immense Engine se veut une réponse directe à ce problème, en proposant un outil entièrement hébergé et maintenu en Europe, se conformant nativement aux directives et lois de l’Union.
Ce discours sur la souveraineté numérique trouve un écho particulier dans le contexte actuel, où la maîtrise des données et des infrastructures est un enjeu majeur. Au-delà du simple jeu vidéo, Brussee vise explicitement des marchés institutionnels comme la défense et la logistique. Ces secteurs, particulièrement soucieux de conformité réglementaire, pourraient être séduits par une solution qui garantit le respect des normes européennes dès sa conception, justifiant potentiellement des financements publics.
Comment l’intelligence artificielle compte-t-elle changer la donne ?
La véritable innovation de The Immense Engine réside dans son architecture. Selon son créateur, les moteurs actuels comme Unreal et Unity ont été conçus pour une ère de « clics dans des menus ». Ils sont monolithiques et peu adaptés à l’intégration profonde de l’IA. Le projet de Brussee prend le contre-pied en construisant la technologie dès le départ autour de l’intelligence artificielle.
Il imagine des « agents IA » capables d’automatiser une grande partie du travail. D’après lui, un développeur équipé d’un bon cadre d’agents IA pourrait accomplir les tâches de dix à quinze personnes. Cette approche vise à repenser radicalement le processus de développement, en le rendant plus rapide et plus efficace. Reste une question en suspens : la dépendance envers les modèles IA eux-mêmes, souvent développés par des entreprises américaines.
Quels sont les défis et les concurrents de The Immense Engine ?
Malgré la crédibilité de son fondateur, qui a travaillé sur Jazz Jackrabbit et a dirigé le produit Unreal Engine chez Epic, le chemin est semé d’embûches. Le projet n’en est qu’à ses débuts, sans calendrier précis, ni démo technique, ni partenaire annoncé. Développer et maintenir un moteur de jeu est une tâche colossale qui demande des équipes considérables.
De plus, une alternative de taille existe déjà : Godot. Ce moteur open source, gratuit et sans royalties, a vu son adoption exploser après la crise de confiance traversée par Unity en 2023. Godot, soutenu par une fondation indépendante et une communauté mondiale, représente déjà une solution non-propriétaire viable. The Immense Engine devra donc prouver sa valeur ajoutée face à ce concurrent bien implanté et aux géants du secteur.
