Après la mémoire vive, ce sont les processeurs qui subissent la pression de l’IA. Les fabricants de substrats redirigent massivement leurs capacités vers les serveurs, et le gaming pourrait en faire les frais.
La pénurie de RAM liée à l’IA, les joueurs PC s’en souviennent. Les prix des barrettes DDR5 avaient grimpé en flèche quand les hyperscalers (Amazon, Google, Microsoft) avaient aspiré l’essentiel de la production de mémoire HBM pour alimenter leurs GPU d’entraînement. Au sommet de cette pénurie, le scénario est en train de se reproduire, mais cette fois avec les processeurs. Plus précisément avec les substrats, ces plaques de circuit imprimé sans lesquelles aucune puce ne peut fonctionner. Ibiden, géant japonais des substrats et fournisseur clé d’Intel et AMD, vient de publier ses prévisions pour l’exercice fiscal 2026 (clos en mars 2027), et les chiffres racontent une histoire assez limpide.
Pourquoi la demande de CPU explose en plein règne du GPU
Ibiden prévoit 330 milliards de yens de revenus pour sa division Électronique (contre 310 milliards attendus), tirés par les produits serveurs généralistes. Le fabricant anticipe une charge de production multipliée par 1,8 en 2026 et par 2,4 en 2028 par rapport à 2024. La raison tient en deux mots : IA agentique. Contrairement à l’entraînement de modèles (qui repose presque exclusivement sur les GPU), l’inférence agentique consomme massivement du CPU. Chaque agent IA qui exécute des tâches de manière autonome (envoyer un mail, passer une commande, coordonner un flux de données) a besoin d’un processeur pour orchestrer ses opérations. Le ratio historique d’un CPU pour huit GPU dans les data centers bascule vers un rapport de un pour un.
AMD a recadré l’enjeu le 5 mai 2026 lors de ses résultats trimestriels. Lisa Su, sa directrice générale, a relevé le marché adressable des CPU serveurs à 120 milliards de dollars d’ici 2030 (le double de l’estimation précédente), avec une croissance annuelle de 35 %. Arm a doublé ses prévisions de revenus CPU pour l’IA agentique à 2 milliards de dollars d’ici 2028. Le groupe a présenté l’Arm AGI CPU, un processeur conçu pour les agents IA, avec Meta comme partenaire principal. Lip-Bu Tan, le nouveau patron d’Intel, a résumé la situation en avril avec une franchise inhabituelle pour un constructeur en pleine restructuration : « La prochaine vague d’IA va considérablement augmenter les besoins en CPU. »
Les gamers vont-ils payer la facture de l’IA
Le problème, c’est que les substrats se fabriquent dans les mêmes usines pour les processeurs serveurs et pour les puces grand public. Quand Ibiden investit 500 milliards de yens (environ 3,3 milliards de dollars) sur trois ans pour étendre ses capacités, c’est principalement pour répondre à la demande IA. Les lignes non-IA récupèrent ce qui reste (et ce qui reste se réduit).
Amazon illustre la tension côté demande : le groupe a triplé ses serveurs CPU et se retrouve toujours en rupture. Côté offre, TSMC, qui fond la quasi-totalité des puces AMD et une part croissante des processeurs Arm, n’a pas de capacité infinie. Chaque wafer alloué à un Epyc Turin (CPU serveur AMD) est un wafer qui ne fabrique pas de Ryzen 9000 pour les joueurs. La situation n’est pas encore celle d’une pénurie ouverte sur le marché grand public, mais les signaux sont là. Les délais s’allongent, les prix montent, et les marges de manœuvre se réduisent.
La dernière fois qu’un composant critique a été aspiré par l’IA, les cartes graphiques grand public en avaient subi le contrecoup pendant deux générations. Avec les CPU, le cycle risque d’être plus long : la demande agentique, contrairement à l’entraînement, ne ralentit pas une fois les modèles construits. Elle accélère à mesure que les agents se multiplient.
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Source :
WCCFTECH