Google Chrome porte le coup fatal à l’extension uBlock Origin

Google Chrome porte le coup fatal à l'extension uBlock Origin


Pendant des années, des bidouilles permettaient de garder uBlock Origin en vie sur Chrome malgré la transition vers Manifest V3. Google vient de fermer la dernière porte, et cette fois il n’y a pas de poignée à l’intérieur.

La transition de Chrome vers Manifest V3, le nouveau cadre qui régit les extensions, dure depuis des années et vient d’entrer dans sa phase terminale. Les versions actuelles du navigateur sont désormais les dernières à laisser une marge de manœuvre aux extensions Manifest V2 comme uBlock Origin, et un fil de discussion technique ouvert mi-mai dans le dépôt GitHub du W3C a mis en lumière à quelle vitesse cette marge se referme.

Qu’est-ce qui disparaît, et à quel rythme ?

Chrome 149 est la dernière version à faire fonctionner pleinement Manifest V2 et l’API blocking webRequest sur une installation classique, cette API étant précisément ce qui donne à uBlock Origin sa capacité à intercepter et filtrer n’importe quelle requête réseau. Chrome 150 a déjà perdu le drapeau interne qui permettait de réactiver les extensions V2, dont l’installation depuis le Chrome Web Store n’est plus possible.

Chrome 151 fera disparaître les options restantes, y compris celles qui servaient de roue de secours, et la bidouille bien connue du registre Windows, qui prolongeait artificiellement la compatibilité, cessera elle aussi de fonctionner. Une partie du code survivra encore un temps (Google a prévenu que tout ne disparaîtrait pas d’un coup), mais l’échéance ne fait plus de doute pour les dizaines de millions d’utilisateurs concernés.

Pourquoi Google s’acharne-t-il sur les bloqueurs de pub ?

Le calendrier de cette transition s’étire sur près d’une décennie. Google a annoncé Manifest V3 dès 2018, l’a introduit avec Chrome 88 début 2021, puis a repoussé son échéance plusieurs fois sous la pression des développeurs, au point que la date de janvier 2024 initialement fixée pour la mise à mort a glissé de plus de deux ans. La désactivation a vraiment commencé fin 2024 sur les versions stables, et c’est aujourd’hui, en 2026, que le dernier verrou saute, pour un changement présenté de bout en bout comme une simple amélioration de la sécurité. L’entreprise justifie le retrait par la complexité, la dette technique et la sécurité, en mentionnant au passage que plusieurs bugs spécifiques à Manifest V2 ont été découverts récemment.

Manifest V3 remplace l’API blocking webRequest par un système déclaratif, declarativeNetRequest, qui limite le nombre de règles de filtrage et bride les techniques anti-contournement les plus agressives, celles qui faisaient justement la réputation d’uBlock Origin. Or l’entreprise qui impose ce cadre est aussi la première régie publicitaire de la planète, et son navigateur pèse plus de 71 % du marché mondial début 2026.

Le fondateur d’Epic Games, Tim Sweeney, a résumé la lecture la plus répandue en accusant Google d’utiliser sa domination sur les navigateurs pour consolider son monopole publicitaire, une accusation que l’entreprise rejette en mettant en avant la sécurité et la performance. L’argument n’est d’ailleurs pas entièrement de façade, puisqu’une extension dotée du blocking webRequest voit passer l’intégralité du trafic réseau de l’utilisateur, ce qui constitue une vraie surface d’attaque, même si l’on peut trouver commode, pour un vendeur de publicité, que la sécurité passe précisément par l’affaiblissement des bloqueurs.

En Europe, la question prend un relief particulier, puisque Chrome figure parmi les services pivots désignés au titre du DMA, le règlement censé empêcher les géants du numérique d’abuser de leur position, et le débat sur le contrôle qu’exerce Google sur l’écosystème des extensions s’inscrit pile dans cette logique de l’autopréférence.

Pour qui tient à un blocage complet, les portes de sortie restent ouvertes : Firefox conserve le support de Manifest V2 et V3, et les navigateurs basés sur Chromium comme Brave ou le norvégien Vivaldi maintiennent pour l’instant la compatibilité. uBlock Origin Lite, conçu pour Manifest V3, existe aussi, mais son créateur Raymond Hill le présente lui-même comme une version allégée qui a sacrifié une partie de ses fonctions, avec un filtrage qui tourne parfois à l’autorisation site par site. L’arbitrage qui attend des dizaines de millions d’utilisateurs de Chrome tient désormais en deux options : changer de navigateur, ou accepter de voir un peu plus de publicité passer.

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Par : Opera

Source :

W3C/GitHub



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