pourquoi c’est une fausse bonne idée

pourquoi c’est une fausse bonne idée


Le Crédit Agricole devient la première banque française à s’affranchir d’Apple Pay sur iPhone en lançant sa propre application de paiement sans contact. Une liberté permise par l’Europe, mais qui cache de lourdes contraintes.

C’est un pavé dans la mare que personne n’avait vu venir. Sans aucune communication officielle préalable, le Crédit Agricole vient de mettre en ligne sur iOS une mise à jour majeure de son application, entièrement indépendante d’Apple Pay. Comme l’ont repéré nos confrères d’iGeneration, ce logiciel baptisé Paiement Mobile se présente désormais comme une alternative française pour régler ses achats en magasin. L’établissement bancaire devient ainsi le tout premier en France à tenter l’aventure de l’émancipation logicielle face au géant de Cupertino. Une manœuvre technique et politique qui s’annonce toutefois complexe pour les utilisateurs au quotidien.

Comment fonctionne l’alternative du Crédit Agricole ?

Concrètement, l’application fonctionne comme un portefeuille numérique de substitution. Une fois vos cartes bancaires du Crédit Agricole enregistrées dans l’interface et l’accès Face ID configuré, l’application demande l’autorisation d’exploiter la puce NFC du smartphone. Pour simplifier la vie de ses clients, la banque profite des nouvelles options d’iOS permettant de modifier l’application sans contact par défaut via les réglages de l’iPhone. Dès lors, un double-clic sur le bouton latéral de l’appareil n’ouvrira plus l’application Cartes (Wallet) d’Apple, mais lancera directement l’application Paiement Mobile du Crédit Agricole pour valider l’achat sur le terminal du commerçant.

© iGeneration

Cette fronde technique n’a rien d’un hasard et découle d’un long bras de fer réglementaire. À l’été 2024, la Commission européenne a obtenu d’Apple l’ouverture de l’accès NFC sur iPhone pour des services tiers, afin de permettre à la concurrence d’exister dans le paiement sans contact. Depuis, les initiatives restaient timides en Europe, hormis quelques tests majeurs menés par des géants comme PayPal en Allemagne. Le Crédit Agricole est le premier à sauter le pas dans l’Hexagone, avec l’objectif de proposer une alternative maison à ses clients.

Pourquoi l’expérience utilisateur risque d’en pâtir

Si l’initiative est louable sur le plan de la concurrence, elle se heurte à de lourdes barrières techniques et ergonomiques. Apple a ouvert sa puce NFC, mais uniquement via le mode logiciel HCE (Host Card Emulation). Contrairement à Apple Pay, le Crédit Agricole n’a pas accès au Secure Element, ce composant matériel sécurisé propre à l’iPhone qui valide les transactions instantanément. Conséquence directe, les paiements risquent d’être un peu plus lents, et le nombre de transactions possibles lorsque le téléphone est hors ligne et sans réseau s’avère limité.

La fragmentation logicielle s’annonce également pénible au quotidien. L’application du Crédit Agricole ne peut accueillir que les cartes de son propre réseau. Un utilisateur possédant des comptes dans plusieurs établissements devra donc configurer autant d’applications différentes et jongler manuellement entre elles dans les réglages de l’iPhone, là où Wallet centralisait absolument tout. Pour ne rien arranger, l’accord européen ne concerne pas l’Apple Watch. Enfin, contrairement à la solution native d’Apple, Paiement Mobile ne s’intègre pas aux boutons d’achat rapide des sites marchands sur le web.

Contacté, le Crédit Agricole a refusé de préciser s’il comptait maintenir Apple Pay en parallèle à long terme ou pousser progressivement ses clients vers sa solution maison, indiquant simplement qu’une communication officielle interviendrait très prochainement. En attendant, si l’Europe a gagné une bataille idéologique, les clients risquent de trouver ce retour en arrière ergonomique particulièrement fastidieux.

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