voici ce que dit la CNIL chez nous

Meta Ray Ban Display 3



Interdiction totale dans les 1 240 tribunaux de l’État de New York dès le 20 juillet, verres correcteurs compris. Pendant que l’Amérique dégaine, le gendarme français des données affûte tranquillement ses recommandations.

Les lunettes connectées vivent leur premier vrai retour de bâton institutionnel. Un mémo de l’administration judiciaire new-yorkaise daté du 1er juillet officialise une interdiction inédite : à compter du 20 juillet, aucune monture équipée d’une caméra, d’un micro ou de toute technologie d’enregistrement ne franchira les portes des 1 240 tribunaux de l’État. New York devient le premier État américain à imposer un bannissement total à l’échelle de tout son système judiciaire, là où la Pennsylvanie, le Wisconsin ou Hawaï se contentaient jusqu’ici d’interdictions localisées.

New York ni première ni dernière

La mesure ne souffre aucune exception : personnels de justice et avocats sont logés à la même enseigne que le public, et les lunettes à verres correcteurs équipées d’une caméra sont bannies elles aussi (les porteurs sont priés de revenir avec une paire ordinaire). Quiconque se présente avec l’objet devra le confier aux officiers en uniforme à l’entrée. L’objectif affiché tient en une ligne : empêcher l’enregistrement clandestin d’audiences, déjà illégal, mais devenu presque indétectable quand la caméra se cache dans une monture banale. L’affaire couvait depuis février, quand une juge de Los Angeles avait dû rappeler à l’ordre l’entourage de Mark Zuckerberg, venu escorter son patron au tribunal avec des Ray-Ban Meta sur le nez (dans un procès sur l’addiction aux réseaux sociaux, le sens du détail).

Le mouvement dépasse d’ailleurs les prétoires. Des compagnies de croisière ont banni ces montures de leurs toilettes, espaces enfants et casinos, et l’Illinois étudie leur interdiction au volant. Les fabricants tentent de rassurer, avec une LED d’enregistrement qui coupe désormais la caméra si on la masque ou la trafique. La confiance, visiblement, ne suit pas.

En France, la CNIL a déjà sorti sa boîte à outils

De ce côté-ci de l’Atlantique, le sujet n’attend pas les tribunaux. La CNIL a lancé le 11 mai un plan d’action dédié aux lunettes connectées, chiffres à l’appui : dans son sondage mené auprès de 2 128 personnes, 67 % des Français voient dans ces montures un problème d’atteinte à la vie privée, 81 % jugent le risque de captation sans consentement supérieur à celui d’un smartphone, et 91 % veulent être prévenus quand on les filme. L’autorité résume sa crainte d’une formule : le passage « d’une surveillance fixe, signalée et encadrée » à « une surveillance mobile, quasi invisible et omniprésente ». Le succès commercial nourrit l’urgence, avec environ 7 millions de paires écoulées par Meta en 2025, trois fois plus qu’un an plus tôt, à partir de 329 euros la monture.

Le gendarme des données ne promet pas d’interdiction à la new-yorkaise, et n’en a d’ailleurs pas vraiment besoin : l’arsenal existe déjà. L’article 226-1 du Code pénal punit l’atteinte à l’intimité de la vie privée d’un an de prison et de 45 000 euros d’amende, l’article 9 du Code civil garantit le droit à l’image, et le RGPD encadre le sort des données captées. En attendant, la CNIL publie six recommandations aux porteurs (prévenir son entourage, couper les capteurs inutilisés, éteindre si on vous le demande, obtenir un accord avant de publier), a saisi ses homologues européens au CEPD, et instruit déjà une première plainte. La politesse, version fiche pratique.

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