Sur LinkedIn, vous allez enfin pouvoir dénoncer tous les posts IA insupportables

Sur LinkedIn, vous allez enfin pouvoir dénoncer tous les posts IA insupportables


Quatre longues publications sur dix seraient générées par une IA. LinkedIn sort un bouton pour les signaler, trois jours avant que Bruxelles n’impose le marquage de ces contenus.

Le réseau social professionnel a développé au fil des années une esthétique reconnaissable entre mille. Le retour à la ligne toutes les deux phrases, l’anecdote personnelle qui débouche sur une leçon de management, la structure en trois enseignements. Sans oublier cette tournure devenue un gag récurrent du secteur, qui oppose ce que la chose n’est pas à ce qu’elle est vraiment. Autant de tics que les modèles de langage reproduisent à merveille, pour la bonne raison qu’ils les ont appris là. Le réseau vient de décider que ça suffisait.

Un bouton qui ne dit pas « généré par IA » mais « bouillie »

En cliquant sur les trois points en haut de n’importe quelle publication, les abonnés trouvent désormais une entrée intitulée « Seems like AI slop », pas encore traduite en français. La fonctionnalité est déjà déployée. Un clic, et le réseau remercie poliment en expliquant que le signalement contribue à améliorer le fil. Le directeur produit de LinkedIn a confirmé publiquement que la lutte contre ces contenus figurait parmi les priorités de la maison.

Le bouton ne dit pas « ce contenu semble avoir été généré par une intelligence artificielle », formule neutre et vaguement administrative. Il dit « slop », terme d’argot en ligne qui désigne la bouillie industrielle produite à la chaîne par des machines, et qui se retrouve donc désormais inscrit dans l’interface d’un service appartenant à Microsoft. Le mépris est passé du forum au menu contextuel.

En France, LinkedIn ne s’est pas encombré d’une traduction pour son bouton de délation © 01net

Sur l’ampleur du phénomène, les chiffres qui circulent viennent de Pangram, qui a passé au crible un peu plus d’un million de publications collectées depuis fin avril sur cinq plateformes. Verdict : 41 % des publications longues de LinkedIn et 30 % des courtes seraient sorties d’un modèle de langage. Deux réserves s’imposent avant d’en faire un totem. L’échantillon provient d’une extension de navigateur installée volontairement, ce qui n’a rien d’un panel représentatif. Et l’entreprise qui produit la mesure vend précisément le détecteur qui l’a produite, ce qui invite à considérer le chiffre comme un ordre de grandeur plutôt que comme une statistique.

La plateforme vend l’outil et le remède

Le réseau n’en est pas à sa première tentative puisqu’en mai, il annonçait déjà rétrograder les publications jugées génériques, sans les supprimer : le texte reste visible pour les contacts directs de son auteur, mais disparaît des recommandations. Un système de détection maison, crédité en interne d’une fiabilité de 94 %, se chargeait du tri. Deux cibles étaient nommées, les publications conçues uniquement pour générer de l’engagement et les commentaires automatisés qui se contentent de reformuler le message auquel ils répondent.

Là où la détection automatique restait un problème d’ingénierie, le signalement transforme les abonnés en petites mains bénévoles de la modération, et chaque clic vient nourrir l’entraînement des modèles de détection du réseau. Une externalisation habile, à ceci près qu’elle repose sur un jugement à l’œil nu. Personne ne demande de preuve, et un texte soigné rédigé par un humain méticuleux coche exactement les mêmes cases qu’un texte de machine.

LinkedIn commercialise par ailleurs auprès de ses abonnés payants un assistant de rédaction par IA, censé les aider à briller sur le fil, et la maison mère figure parmi les principaux financeurs d’OpenAI. Le réseau a certes retiré son outil d’amélioration automatique de la zone de rédaction, remplacé par un simple correcteur, mais le tableau reste celui d’une entreprise qui vend le tuyau d’arrosage et la serpillière. La création de contenu a bondi de 14 % en un an sur la plateforme, ce qui n’est pas totalement étranger à l’affaire.

Bruxelles impose le marquage dans trois jours

Le 2 août, les obligations de transparence prévues par l’article 50 du règlement européen sur l’intelligence artificielle (l’AI Act) deviennent applicables, et le calendrier réserve donc une coïncidence. Le texte impose deux choses distinctes. Aux fournisseurs de systèmes génératifs, un marquage lisible par machine des contenus produits, sous forme de filigrane ou de métadonnées. Aux entités qui publient, un étiquetage visible des hypertrucages et des textes destinés à informer le public sur des sujets d’intérêt général. S’y ajoute l’obligation d’informer clairement quiconque dialogue avec un agent conversationnel, dès la première interaction et pas dans les conditions générales.

Les sanctions atteignent 15 millions d’euros ou 3 % du chiffre d’affaires mondial. Un aménagement négocié au printemps accorde jusqu’au 2 décembre aux systèmes déjà commercialisés pour se mettre en conformité sur le seul marquage technique, le temps que les standards mûrissent. Le report obtenu par l’industrie sur les usages dits à haut risque, lui, ne concerne pas cet article.

Nuance importante avant de conclure trop vite à la panique réglementaire : ces obligations pèsent sur ceux qui fabriquent les systèmes et sur ceux qui publient les contenus, pas sur la plateforme qui les héberge. LinkedIn ne sera donc pas contraint d’étiqueter les publications de ses abonnés. Ce sont les abonnés eux-mêmes qui, en publiant une analyse d’intérêt général rédigée par une machine, entrent dans le champ du texte. Le bouton de signalement reste une initiative volontaire, et la coïncidence de calendrier n’en est peut-être pas tout à fait une.

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Par : Opera

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