Revolut ferme la porte à GrapheneOS, qui dénonce un acharnement

Revolut ferme la porte à GrapheneOS, qui dénonce un acharnement


La banque en ligne Revolut défend une logique de sécurité que ses propres abonnés ont du mal à suivre, tout comme GrapheneOS.

Les applications bancaires n’ont jamais beaucoup aimé ce qui sort du cadre. Un téléphone rooté, un système alternatif, un bootloader déverrouillé, et le rideau tombe au nom de la protection des comptes. La dispute qui oppose depuis jeudi le projet GrapheneOS à Revolut pousse pourtant cette logique dans un retranchement assez cocasse. L’appareil le mieux protégé se retrouve à la porte pendant que les passoires entrent sans frapper.

Verrouillé mais refusé, déverrouillé mais accepté

GrapheneOS est une version dure d’Android, taillée pour les Pixel de Google et adoptée par les journalistes, les chercheurs et tous ceux que la collecte de données agace. Le système renforce le cloisonnement des applications, les protections contre les exploits et la gestion des permissions. Il refuse en revanche la certification officielle de Google, ce qui le fait échouer aux vérifications les plus strictes de l’interface Play Integrity, celles qui exigent un système sorti d’usine.

Jusqu’ici, rien d’inhabituel : beaucoup d’applications s’appuient sur ce contrôle. Le projet affirme que Revolut irait nettement plus loin en cherchant des signes propres à son système. L’accusation la plus embarrassante concerne l’état de démarrage vérifié du téléphone. La banque refuserait les appareils rapportant un état jaune, qui correspond à un appareil verrouillé tournant sous un système alternatif signé cryptographiquement. Elle laisserait passer l’état orange, associé lui à un bootloader déverrouillé.

Traduit en langage de tous les jours, cela revient à refuser l’entrée à quelqu’un qui a remplacé la serrure de sa porte blindée par un modèle plus solide. Pendant ce temps, le voisin qui a laissé la sienne grande ouverte passe sans encombre. Le projet résume sa position sans ménagement : « GrapheneOS ne manque à aucune norme de sécurité qu’ils ont définie ». Il pointe au passage que l’application de la banque continuerait de fonctionner sur Android 9, un système sorti en 2018 et privé de correctifs depuis des années.

Une banque qui mise un milliard d’euros sur la France

La bataille dure en réalité depuis un an et demi. En janvier 2025, un blocage similaire avait été contourné par le projet, qui s’était contenté de renommer deux valeurs internes de son serveur de compilation portant le nom « grapheneos ». La banque vérifierait désormais d’autres caractéristiques, ce qui a relancé les remontées d’échecs de connexion.

Le timing a de quoi faire grincer côté français. La fintech britannique, valorisée 75 milliards de dollars, revendique plus de 60 millions de clients dans le monde. Elle a annoncé en mai 2025, au sommet Choose France, un investissement d’un milliard d’euros sur trois ans dans l’Hexagone, avec Paris comme siège pour l’Europe de l’Ouest.

L’Hexagone est le deuxième marché mondial du groupe derrière le Royaume-Uni, et son plus gros marché dans l’Union européenne, avec un objectif affiché de 10 millions de clients d’ici la fin de l’année. Et ce, alors même que GrapheneOS qualifiait la France de « territoire hostile » il y a encore quelques mois. Séduire les Français d’un côté, fermer la porte aux plus soucieux de leur vie privée de l’autre : l’équilibre est délicat.

Une parade existe pour l’instant, et elle ne brille pas par son élégance : se connecter à un compte Google jetable, puis installer l’application depuis la boutique cloisonnée. Le projet prévient lui-même que le répit sera de courte durée. En attendant, les abonnés concernés ont le choix entre déverrouiller leur téléphone pour être acceptés (oui, vraiment) ou chercher une banque qui accepte encore qu’on se connecte depuis un navigateur.

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Par : Opera

Source :

GrapheneOS/X



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