Déployé cet été par la Commission européenne comme alternative à Microsoft Teams, Element Pro est vivement critiqué en interne, un fonctionnaire le qualifiant de « merde absolue ».
La Commission européenne a déployé cet été Element Pro, une solution de secours à Microsoft Teams hébergée sur ses propres serveurs. Sur une messagerie interne consultée par Politico, plusieurs fonctionnaires la démolissent, l’un la qualifiant de « merde absolue ».
Une solution de secours pour éviter de dépendre des États-Unis
Selon un mémo interne révélé par le média d’actualité politique, Element Pro doit servir de « solution de secours souveraine à Teams », qui reste l’outil principal de l’institution. L’idée est de garantir la continuité des communications si les technologies américaines venaient un jour à être coupées. L’outil permet globalement les mêmes usages que Teams : appels audio et vidéo, partage de fichiers, salons de discussion dédiés à des projets.
Sur un forum interne, trois fonctionnaires ont publiquement remis en question l’intérêt même de l’outil. « Je ne comprends pas la valeur ajoutée ici », a écrit l’un d’eux. Un autre l’a qualifié de « merde absolue ». Un troisième est allé plus loin, estimant que si les États-Unis coupaient un jour leurs technologies, ils « gagneraient instantanément la guerre », vu l’écart de qualité constaté entre les deux outils. Politico précise que les quatre fonctionnaires cités ont requis l’anonymat pour s’exprimer librement.
Un quatrième agent a pris la défense d’Element Pro, rappelant l’un des arguments centraux de la démarche : « Ce n’est pas le cas avec Teams, où tout ce qu’on a, c’est une garantie que Microslop ne jettera pas un œil à l’intérieur », en référence au surnom moqueur donné à Microsoft.
Reprendre la main sur ses propres données
Element Pro tourne sur l’infrastructure de la Commission elle-même, plutôt que sur le cloud de Microsoft, ce qui donne à l’institution un contrôle direct sur ses données et ses systèmes. Un mémo adressé au personnel en juillet justifiait ce choix par la montée en importance de la « souveraineté numérique », dans l’objectif de « réduire les risques et limiter les perturbations » liées à une dépendance technologique extérieure.
Element est une société britannique dont le logiciel repose sur Matrix, un protocole ouvert et décentralisé. Il équipe déjà plusieurs organisations publiques en Europe, notamment l’OTAN et l’administration allemande, toujours selon Politico. Interrogé par le média, le PDG d’Element, Matthew Hodgson, a reconnu l’existence de « soucis de jeunesse » inévitables lors d’une transition depuis un outil aussi largement utilisé que Teams. « Le changement est toujours douloureux, particulièrement quand il s’agit de passer d’un programme aussi utilisé que Teams », a-t-il ajouté, précisant qu’Element accompagnait l’UE tout au long du déploiement et souhaitait entendre tous les retours, bons comme mauvais. La Commission n’a pas répondu aux sollicitations de Politico, et a demandé à Element de ne pas communiquer certains détails de son contrat.
La France sur une trajectoire comparable
Ce mouvement vers des outils non américains touche plusieurs administrations en Europe. La France a déjà basculé ses agents vers Tchap, sa propre messagerie construite elle aussi sur le protocole Matrix, et prévoit d’ici 2027 de faire passer ses agents de Teams et Zoom vers Visio, développé par la DINUM. Paris a par ailleurs engagé une migration de ses postes de travail de Windows vers Linux, et a mis fin après plusieurs années de polémique à l’hébergement de ses données de santé par Microsoft, confié depuis avril à Scaleway.
Reste que l’adhésion du public à ce type de projet varie : un sondage Eurobaromètre montrait en juin que si 83 % des Français jugent souhaitable de réduire la dépendance numérique aux acteurs américains, nommer une alternative crédible aux outils du quotidien reste un exercice qui tourne souvent court. L’épisode Element Pro à Bruxelles illustre bien cette tension entre l’intention politique et la réalité de l’usage au jour le jour.
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Par : Opera