La Paris Games Week (PGW) a de nouveau ouvert ses portes, attirant des foules record. Cet événement majeur, vitrine de la première industrie culturelle française, célèbre un secteur en apparence dynamique, avec des sorties très attendues et un public toujours plus large. Pourtant, en coulisses, l’ambiance est loin d’être à la fête. Un paradoxe saisissant s’est installé : le marché explose, mais les studios, eux, s’asphyxient.
Pourquoi un marché si porteur ne profite-t-il pas aux créateurs français ?
Le chiffre d’affaires colossal du secteur en France, estimé à 5,8 milliards d’euros en 2025, ne reflète absolument pas la santé des développeurs locaux. La majeure partie de ces revenus ne revient pas directement aux studios français, mais rémunère des éditeurs ou des créateurs étrangers. Le succès commercial d’un jeu vendu en France n’est donc en aucun cas une garantie de viabilité pour l’écosystème hexagonal.
Cette situation est l’héritage d’un rééquilibrage brutal du marché post-pandémie. Après plusieurs années jugées « euphoriques », le secteur subit une correction sévère qui touche même les plus grands. En Île-de-France, qui concentre 41,5 % des acteurs nationaux, 85 sociétés ont engagé une procédure collective en l’espace de deux ans, la plupart se soldant par une liquidation judiciaire pure et simple.
Quelles sont les conséquences concrètes de cette crise pour les studios ?
La crise se traduit par des vagues de licenciements et des fermetures de studios qui fragilisent tout le tissu industriel. Même des noms historiques sont touchés de plein fouet. Le studio parisien Don’t Nod a annoncé l’ouverture d’une procédure de sauvegarde, tandis que le géant Ubisoft a enregistré des pertes colossales s’élevant à 1,5 milliard d’euros pour l’exercice 2025-2026. Par conséquent, l’emploi dans le secteur s’est effondré, avec une chute vertigineuse de 94 % des offres en Île-de-France en deux ans.
Dans ce contexte morose, le pessimisme domine largement. Plus de 60 % des entreprises se disent inquiètes pour l’avenir, et près de la moitié ont terminé l’année 2024 en déficit. Cette fragilité économique détruit un savoir-faire collectif et une compétence précieuse, ce que de nombreux professionnels du secteur déplorent publiquement.
Quel rôle les pouvoirs publics jouent-ils face à cette situation ?
Face à cette véritable hécatombe, les acteurs du secteur appellent à l’aide. David Rabineau, président de l’association Capital Games, parle d’une « asphyxie » générale et pointe un désintérêt des pouvoirs publics, notamment de la région Île-de-France. Les aides, jugées cruciales pour les jeunes entreprises développant leurs prototypes, sont considérées comme sous-estimées et ont même été réduites ou supprimées pour certaines structures d’accompagnement essentielles.
Les professionnels réclament une véritable stratégie de filière, à l’échelle nationale et européenne, pour soutenir la création. Ils demandent de la constance et un soutien financier stable pour attirer les investisseurs, plutôt que des réactions en dents de scie au gré de l’actualité. Malgré un contexte déprimé, une note d’optimisme subsiste, avec l’espoir d’un rebond pour le jeu vidéo et la signature de nouveaux contrats.
