Spotify et les maisons de disque ont cherché, en toute discrétion, à rendre inaccessibles les 300 téraoctets de musique récupérés illégalement par la bibliothèque pirate : une tentative en partie réussie.
Au jeu du chat et de la souris entre Spotify, les labels de musique, et la bibliothèque pirate les Archives d’Anna, les premiers ont gagné un round. En décembre dernier, les Archives d’Anna, la plateforme en ligne connue pour son projet fou de créer « la plus grande bibliothèque ouverte de l’histoire de l’humanité », avaient annoncé avoir « sauvegardé » Spotify. Une « humble tentative de démarrer une telle “archive de préservation” pour la musique », avait commenté l’équipe à la tête de la plateforme.
Sur les 300 téraoctets volés, le site indiquait avoir sauvegardé la quasi-totalité des métadonnées des pistes hébergées par Spotify : quelque 86 millions de fichiers musicaux, représentant 99,6 % des écoutes, auraient été sauvegardés. Une telle annonce n’avait évidemment pas échappé à Spotify et aux maisons de disque.
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« Empêcher (la bibliothèque pirate) de mener à bien son projet de diffuser des millions de morceaux »
On se doutait que la nouvelle allait faire réagir la plateforme de streaming et les labels. Mais jusqu’à présent, le dépôt d’une action en justice était resté confidentiel. Début janvier, la bibliothèque pirate avait toutefois perdu son nom de domaine en .org : une suspension qui, selon l’équipe de la plateforme, n’avait rien à voir avec la « sauvegarde » de Spotify. Pourtant, c’est bien une action de justice, intentée par Spotify et les grandes maisons de disque (Sony, Warner, Universal), qui est à l’origine de la suspension, nous apprend ARS Technica, le mercredi 21 janvier.
Fin décembre, une requête a été déposée devant le tribunal fédéral du district sud de New York. Si la procédure a d’abord été classée comme confidentielle, le juge a finalement décidé de la rendre publique, « car l’objectif pour lequel la confidentialité avait été ordonnée avait été atteint ».
Avec cette levée de confidentialité, de nombreux documents sont devenus accessibles, et on a pu en savoir un peu plus sur ce qui s’était réellement passé entre les maisons de disque, Spotify et la bibliothèque d’Anna. Dès le 2 janvier, les ayants droit ont, sans surprise, demandé la suspension des sites Web de la plateforme. L’objectif ? Que cette dernière « cesse immédiatement toute reproduction ou distribution des œuvres protégées par le droit d’auteur des plaignants ». Ils ont également demandé à ce que la bibliothèque ne soit informée de cette affaire qu’après la suspension, « afin d’empêcher (la bibliothèque pirate) de mener à bien son projet de diffuser au public des millions d’enregistrements sonores protégés par le droit d’auteur obtenus illégalement ».
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Le juge a aussi visé les prestataires techniques de la bibliothèque pirate
La plateforme en ligne pourrait en effet déplacer les téraoctets récupérés, les mettant hors de portée de la juridiction américaine. Ce qui explique que lorsque les équipes des Archives d’Anna ont constaté la suspension du nom de domaine en .org, ces dernières ne se doutaient pas qu’une action en justice était en cours. De telles suspensions « arrivent malheureusement régulièrement aux bibliothèques fantômes ». « Nous ne pensons pas que cela ait un rapport avec notre sauvegarde Spotify », déclaraient-elles… à tort.
Le 16 janvier, le juge a en effet ordonné à la plateforme de cesser ses activités, expliquant que la bibliothèque pirate « avait menacé et/ou menaçait de se livrer à d’autres actes de contrefaçon en reproduisant et en distribuant davantage des œuvres protégées par le droit d’auteur… notamment en publiant des fichiers “torrent” sur des sites web détenus ou contrôlés par Anna’s Archive ».
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Mais le tribunal américain a aussi et surtout prononcé des mesures à l’encontre de sociétés fournissant des prestations techniques à la plateforme, comme le Public Interest Registry, qui gère les noms de domaine en .org, et Cloudflare. « Tous les registres de noms de domaine et bureaux d’enregistrement des noms de domaine d’Anna’s Archive, ainsi que tous les hébergeurs et fournisseurs d’accès Internet des sites web d’Anna’s Archive » ont été contraints à désactiver l’accès aux noms de domaine d’Anna’s Archive « et à empêcher leur transfert à toute personne autre que les maisons de disque ». De même, toutes ces sociétés ont l’obligation de « cesser tout service d’hébergement pour les sites web d’Anna’s Archive ou tout autre site web qui héberge le contenu contrefait ou facilite directement sa distribution ». Résultat, une partie des sites Web de la plateforme a bien été bloquée, même si, ce lundi 26 janvier, il est toujours possible d’accéder aux téraoctets volés.
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