Le projet d’avion de combat de sixième génération européen « SCAF » ou « FCAS », qui remplacera le Rafale et l’Eurofighter, est au point mort depuis des mois. L’Allemagne envisagerait de se tourner à nouveau vers le constructeur américain Lockheed Martin et de commander des avions de chasse F-35, un revers pour la défense européenne en quête d’indépendance vis-à-vis des États-Unis.
Alors que le projet européen de système d’avion de combat du futur bat de l’aile, l’Allemagne envisagerait de se tourner à nouveau vers les États-Unis, et de commander des avions de chasse F35. Selon des sources de Reuters, ce jeudi 19 février, la décision, qui rendrait l’Allemagne encore plus dépendante de Washington, serait bien envisagée : des pourparlers seraient en cours pour l’achat de plus de 35 avions de combat F-35, tandis qu’en parallèle, le projet européen piétine depuis des mois.
Selon les deux sources de Reuters, l’issue des pourparlers entre l’Allemagne et le constructeur américain Lockheed Martin resterait toutefois incertaine. En 2022, l’Allemagne avait déjà commandé 35 F35 qui seront livrés cette année. La nouvelle, qui n’a pas été confirmée ni par le ministère allemand de la Défense, ni par le Pentagone, permettrait à l’Allemagne de gagner du temps. Le pays doit développer un nouvel avion de combat pour remplacer son Eurofighter, et la commande lui laisserait un peu plus de marge pour trouver un nouveau partenaire, détaillent nos confrères.
Un objectif d’autonomie européenne en matière de défense qui s’éloigne ?
La nouvelle, si elle se confirme, constituerait un changement de taille dans la stratégie européenne de défense en quête d’indépendance vis-à-vis des États-Unis, de quoi éloigner un peu plus l’objectif d’autonomie européenne en matière de défense âprement défendu par Paris.
Un des moyens d’y parvenir serait d’aller au bout du programme SCAF ou FCAS. Depuis 2017, l’Allemagne, la France et l’Espagne cherchent à développer ce projet estimé à plus de 100 milliards d’euros. Il s’agit de développer un avion de combat de 6ᵉ génération européen (un avion baptisé NGF pour « Next Generation Fighter »), ainsi que des drones (« Remote carriers »), des armements avancés et un cloud de combat, un réseau d’intelligence et de connectivité collaborative.
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Dassault Aviation et Airbus incapables de s’entendre
Initié neuf ans plus tôt pour remplacer le Rafale français et l’Eurofighter allemand et espagnol à partir de 2040, le programme est enlisé dans des conflits entre les partenaires industriels, qui ne parviendraient pas à être dépassés. Sur le papier, trois partenaires, à savoir la France, l’Allemagne et l’Espagne, via leurs industriels de la Défense Dassault Aviation, Airbus et Indra, travaillent sur le futur système, en vue d’assurer une autonomie européenne face aux F-35 américains, et à un autre projet anglo-italien-japonais (le « Global Combat Air Programme » ou GCAP).
Mais dans les faits, aucun compromis n’aurait été trouvé sur la répartition des rôles et de la propriété intellectuelle entre, d’un côté, Dassault Aviation, et de l’autre, Airbus et Indra. Des experts estiment que les deux pays seraient sur le point d’abandonner le développement de l’avion de combat, mais pas celui des drones et du cloud de combat. Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a déclaré une semaine plus tôt que le sort du SCAF serait connu dans les jours à venir.
En attendant ce futur avion de combat européen, plusieurs pays européens ont commandé des F35 américains. Si cela ne posait pas de problème tant que les États-Unis étaient nos alliés, le nouveau contexte géopolitique a changé la donne. Cette semaine, un ancien secrétaire d’État à la Défense des Pays-Bas a directement évoqué le cas où Washington déciderait de bloquer à distance la flotte F-35 des pays européens.
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L’Europe ne peut plus se permettre de dépendre des « caprices de Washington », estime un ex-membre du gouvernement néerlandais
Les États-Unis auraient les moyens de le faire, notamment via les systèmes logiciels embarqués dans l’avion, et fournis par le fabricant américain, explique l’ancien responsable politique. S’exprimant au micro de l’émission Boekestijn & De Wijk de la radio locale BNR, l’ex-membre du gouvernement néerlandais, Gijs Tuinman, a d’ailleurs expliqué que les États-Unis faisaient déjà preuve d’une véritable lenteur à fournir le nécessaire pour l’intégration de missiles européens sous un F-35.
Pour ce dernier, l’Europe ne peut plus se permettre de dépendre des « caprices de Washington », le Vieux continent doit envisager de contourner les verrous logiciels de Lockheed Martin. Cette décision radicale pourrait clouer les avions au sol, les États-Unis décidant de stopper toute maintenance et fourniture de pièces détachées. L’hypothèse ne semble toutefois pas avoir inquiété Berlin, qui envisagerait bien de commander de nouveaux F-35.
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