Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’annonce par Emmanuel Macron la semaine dernière d’une mission pour déterminer l’impact des jeux vidéo sur la santé des jeunes a suscité une certaine exaspération dans l’industrie, dans la communauté des joueurs, et aussi chez Epic Games puisque Fortnite a été pris pour cible par le chef de l’État. Il essaie maintenant d’éteindre l’incendie.
Passer des heures sur un jeu vidéo, « c’est pas la vie », a asséné la semaine dernière Emmanuel Macron, qui a de nouveau associé les jeux vidéo avec la violence. Au grand désespoir des joueurs lassés de cet argument rabattu en brèche par une littérature scientifique abondante, et les entreprises françaises du secteur.
Fortnite en première ligne
« On ne peut pas se féliciter des succès du jeu vidéo français le matin, décorer le secteur le midi, pour mieux le dénigrer le soir », a ainsi commenté le SELL, le syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs. Le jour même, le ministère de la Culture élevait les membres du studio Sandfall, développeur de Clair Obscur: Expedition 33, au rang de chevaliers des arts et des lettres. Il y a comme une dissonance cognitive au sommet de l’État ! Trop de jeux vidéo peut-être ?
Pour illustrer son propos, Emmanuel Macron a pris en grippe Fortnite, qui fait un carton chez de nombreux joueurs, notamment les plus jeunes. Epic Games s’est fendu d’une déclaration pour rappeler que la plateforme propose « des expériences adaptées aux joueurs de tous âges et de tous horizons, allant de chasses au trésor captivantes à la pratique de la musique entre amis ».
Ces « expériences » affichent une classification d’âge spécifique : « près de 48 000 jeux au sein de l’écosystème Fortnite sont classés PEGI 3 ou PEGI 7 », explique à 01net le porte-parole Cat McCormack. Les outils de contrôle parental d’Epic permettent aux parents de « personnaliser l’expérience de jeu de leur enfant, notamment en bloquant l’accès aux titres dépassant une certaine limite d’âge ou en définissant un temps de jeu maximal. »
Néanmoins, la classification PEGI ne prend pas explicitement en compte certains mécanismes addictifs des jeux : les récompenses aléatoires, les incitations sociales et autres passes de saison temporaires ne font pas partie des critères d’âge.
Or, c’est bien le caractère addictif qu’Emmanuel Macron dénonce. Sur les réseaux sociaux, il est aujourd’hui revenu sur ses déclarations : « J’ai (encore) fait bondir les gamers », s’amuse-t-il en affirmant avoir « toujours soutenu le jeu vidéo » via la reconnaissance de l’esport et les honneurs faits à Sandfall. Mais voilà : « Le constat des parents c’est que certains jeunes passent leurs journées et parfois leurs nuits à jouer. Il a aussi été souvent dénoncé que des jeux classés PEGI 18 sont joués par des enfants. »
Le président de la République ne demande pas « l’interdiction des jeux vidéo », mais « le lancement d’un travail scientifique, collégial, pour regarder la réalité en face. » Il est de sa responsabilité de « demander à des chercheurs, scientifiques et cliniciens d’évaluer les impacts, de démêler les idées reçues et d’éclairer le débat public. » Il conclut en affirmant qu’« on peut aimer le jeu vidéo, en être fier, et en même temps regarder sans tabou certaines pratiques et leurs effets. »
De bonnes intentions mal comprises, c’est donc le message que martèle Emmanuel Macron. Il faudra maintenant attendre les enseignements de cette étude, mais de nombreux précédents n’ont jamais pu établir de lien causal solide entre jeux vidéo et violence réelle, comme le recense cette page Wikipedia assez complète sur le sujet.
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