Le géant chinois détient désormais 20 % du marché des semi-conducteurs dans le pays, selon des chiffres de 2025 publiés par le cabinet d’études IDC.
« De 95 % à 50 % » : en mai dernier, le patron de Nvidia, ulcéré par la perte de la moitié du marché chinois, fustigeait les règles de Washington qui contraignent le champion américain à limiter la vente de ses semi-conducteurs à la Chine. Onze mois plus tard, un nouveau rapport d’IDC montre que le recul de Nvidia en Chine continue. Et le grand gagnant de la situation est Huawei, qui s’est taillé la part du lion dans l’approvisionnement dans le pays de puces électroniques – ces composants entrent dans la fabrication des smartphones, de l’intelligence artificielle, des voitures ou encore des batteries électriques.
Selon les chiffres du cabinet d’études, dont Reuters se fait l’écho ce jeudi 2 avril, les fabricants chinois de puces se sont bien emparés de près de la moitié du marché local, même si Nvidia reste encore en tête. Ce malgré les restrictions aux exportations de Washington, qui l’ont empêché pendant plusieurs mois (d’avril à décembre 2025) de vendre ses puces de dernière génération aux entités chinoises, pour des raisons de « sécurité nationale ».
41 % des puces IA ont été livrées par des fournisseurs chinois
En 2025, les livraisons de semi-conducteurs destinés à l’IA par l’ensemble des fabricants, qu’ils soient américains ou chinois, ont atteint les 4 millions d’unités en Chine.
- côté firmes américaines : Nvidia en a livré 2,2 millions (soit une part de marché de 55 %). AMD en a vendu 160 000, ce qui représente 4 % du marché.
- côté fournisseurs chinois : les sociétés locales ont approvisionné près de 1,65 million de puces, soit 41 % du marché total. La crainte exprimée l’année dernière par Jensen Huang, à la tête de Nvidia, s’est donc bien réalisée. Le vide laissé par le leader mondial des puces électroniques, du fait du durcissement des restrictions aux exportations, a bien été comblé par les fournisseurs chinois.
Pékin a aussi poussé pour que ses entreprises s’approvisionnent en puces locales : le gouvernement encourage les centres de données à utiliser des puces nationales.
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Huawei en tête des fournisseurs chinois
Et le grand gagnant de cette politique est Huawei, qui a livré la moitié des puces chinoises l’année dernière (812 000), ce qui représente 20 % du marché. Le géant chinois, basé à Shenzhen dans le sud de la Chine, a lancé la semaine dernière sa puce IA Atlas 350, qui serait près de trois fois plus performante que les puces Nvidia H20, les seules à être autorisées à la vente dans le pays. En 2023, la société faisait partie des cinq entreprises locales sur lesquelles Pékin misait pour remplacer les semi-conducteurs américains – ce qui impliquait de recevoir, sans conditions, de substantielles subventions, expliquait le Financial Times.
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Après Huawei, on trouve la filiale de semi-conducteurs du géant chinois de l’e-commerce Alibaba, T-Head, qui a livré près de 265 000 puces en Chine, puis Kunlunxin (qui appartient à Baidu) et Cambricon, chacune ayant approvisionné les sociétés locales de 116 000 puces.
Le recul de Nvidia en 2025, qui fournissait le marché chinois à 95 % deux ans plus tôt, n’est pas surprenant. En avril 2025, les restrictions aux exportations américaines, qui existent depuis 2022, s’étaient durcies : l’administration Trump avait interdit à deux de ses champions américains, Nvidia et AMD, de vendre des semi-conducteurs destinés à l’intelligence artificielle à la Chine.
Nvidia double victime des restrictions US et des politiques de Pékin
Jensen Huang à la tête du leader mondial des puces électroniques, avait alors régulièrement plaidé pour que la technologie américaine soit tout de même utilisée en Chine, un moyen d’éviter que cette dernière soit remplacée par des alternatives chinoises. En décembre 2025, ses efforts s’étaient avérés payants.
L’administration américaine avait finalement autorisé les entreprises technologiques chinoises à acquérir des puces Nvidia H200 – des puces que Nvidia a rendu volontairement moins puissantes pour qu’elles tombent en dessous des seuils de performance fixés par Washington. De son côté, Pékin avait finalement aussi donné son feu vert, bien que déconseillant à ses entreprises d’utiliser des technologies américaines.
Mais le débat est loin d’être clos aux États-Unis. La semaine dernière, deux sénateurs américains ont demandé que Nvidia suspende ni plus ni moins ses ventes de puces d’IA de pointe destinées à la Chine et à des pays intermédiaires d’Asie du Sud-Est… après l’arrestation de trois personnes accusées d’être impliquées dans un trafic de semi-conducteurs.
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Un projet de loi américain, qui devrait bientôt revenir sur le devant de la scène, veut aussi obliger les fabricants de puces américains comme Nvidia et AMD à intégrer une technologie de géolocalisation aux semi-conducteurs haut de gamme… L’objectif ? Vérifier que ces derniers n’arrivent pas en Chine. Les entreprises locales parviennent régulièrement à contourner les restrictions américaines en passant par des filiales, des sociétés tierces ou des systèmes de location pour s’approvisionner en puces de dernière génération américaines.
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