huit infos sur cette technologie où la France est meilleure que Starlink

huit infos sur cette technologie où la France est meilleure que Starlink


C’est un secteur peu connu et pourtant crucial dans notre économie hyperconnectée : les câbles sous-marins en fibre optique, dont les coupures ou tentatives de sabotage en mer Baltique font régulièrement la Une des médias, étaient le sujet d’une audition de la commission des Affaires économiques du Sénat, mercredi 18 février.

L’occasion pour Alain Biston, président d’Alcatel Submarine Networks (ASN) et et Didier Dillard, président d’Orange Marine, de lever le voile sur un des rares domaines stratégiques dans lesquels la France peut s’arguer d’une certaine souveraineté. Voilà les huit points qui nous ont le plus interpelés :

1. Starlink n’est pas près de remplacer les câbles sous-marins

Aujourd’hui, près de 99 % du trafic mondial d’Internet passe par les câbles sous-marins : ce sont ces tuyaux en fibre optique qui transfèrent nos e-mails, nos transactions bancaires, mais aussi des informations estampillées secret défense.

Et si l’on parle énormément de Starlink, le réseau de satellites d’Elon Musk n’occupe pourtant que 1 % des échanges internet : un chiffre qui s’explique par le débit et la capacité du trafic en temps réel. Alors que les satellites en sont au stade du gigabit (109 bits), les câbles sous-marins en sont « pratiquement au pétabit (1015 bits, NDLR). Un pétabit par seconde, je sais pas si vous imaginez ce que c’est, mais c’est colossal (…). Vous prenez le trafic de Netflix en Europe, en une seconde on le fait passer comme ça pour tous les abonnés, c’est énorme. Et les GAFAM nous demandent maintenant de passer à 5 pétabits », explique Alain Biston à la tête d’Alcatel Submarine Network.

À côté du débit, se pose la question de la latence, un élément essentiel dans le secteur financier, le trading à haute fréquence, et la chirurgie à distance, où les acteurs cherchent à gagner des fractions de dizaines de seconde. Dans ces univers, « le câble est la voie la plus efficace. Rien ne vaut la fibre optique », ajoute le patron d’Orange Marine.

2. La France est championne du secteur

Alors que « dans le numérique, nous sommes à déplorer notre dépendance, le secteur des câbles sous-marins fait exception », a souligné Dominique Estrosi Sassone, la présidente de la commission des Affaires économiques du Sénat, en amont de l’audition. « Notre pays jouit dans ce domaine d’une souveraineté presque complète », a-t-elle ajouté.

« En France, nous avons la chance de disposer de tous les éléments de la technologie (liée aux câbles sous-marins, de la R&D à la conception, à la fabrication, à la maintenance et réparation, à l’exception de la fabrication de la fibre optique, NDLR). Donc nous ne dépendons absolument pas de l’extérieur et nous n’avons rien à rapatrier », a confirmé Alain Biston, président d’Alcatel Submarine Networks.

La société, acquise par le groupe finlandais Nokia en 2016, a été rachetée par l’État français en 2025 à hauteur de 80 % « pour des raisons de souveraineté ». Elle conçoit et fabrique des câbles sous-marins dans ses usines de Greenwitch (Angleterre) et de Calais, cette dernière étant décrite comme « la plus grande usine de câbles sous-marins du monde ». Il s’agit du seul fabricant européen, qui détient un tiers du marché mondial aux côtés de l’Américain SubCom et du Japonais NEC.

À côté de son activité de fabrication, ASN dispose aussi de 7 navires câbleurs qui installent et entretiennent les câbles. De son côté, Orange Marine, héritière de la branche des câbles sous-marins du ministère des Postes et des Télécommunications, est devenue une filiale à 100 % d’Orange en 1999. La société, spécialisée dans la pose et la réparation de câbles sous-marins, dispose, elle aussi, de 7 navires câbliers. À elles deux, ces entreprises détiennent un quart de la flotte mondiale de navires câbliers. Ces derniers ont d’ailleurs « été intégrés à la flotte à caractère stratégique définie par le ministère de la Défense ».

© 01net.com. De gauche à droite, Didier Dillard, président d’Orange Marine, Alain Biston, président d’Alcatel Submarine Networks (ASN), et Dominique Estrosi Sassone, la présidente de la commission des Affaires économiques du Sénat, lors de l’audition du 18 février 2026.

3. Les problèmes en mer Baltique ? Les câbles sectionnés ont été vite réparés

Les sénateurs présents n’ont pas manqué d’interroger les deux dirigeants sur les sabotages qui ont eu lieu en mer Baltique. Depuis 2023, près de dix câbles sous‑marins ont été coupés ou endommagés dans la zone. Le dernier événement a eu lieu un mois plus tôt, en janvier, où trois câbles y ont été sectionnés.

À lire aussi : Trois câbles sous-marins sabotés en Europe : la Finlande soupçonne la Russie 

Si ces sabotages ont été très médiatisés du fait de la guerre en Ukraine, ces sections n’ont pas eu un impact majeur pour les télécoms, a relativisé Didier Dillard, président d’Orange Marine. D’abord parce que « l’Europe est bien équipée en navires de maintenance », et « le dispositif (de réparation NDLR) fonctionne très bien : on a des navires à Calais, Brest, à Catane et en Angleterre », des vaisseaux prêts à intervenir en 24 heures. En cas de coupure, les navires chargent des réserves de câbles, stockés dans des entrepôts éparpillés sur le territoire français, avant d’aller réparer la zone concernée.

Contrairement « aux câbles d’énergie », « les câbles télécom à fibre optique se réparent vite », a-t-il déclaré. Et « s’il y a eu des problèmes un peu bizarres en mer Baltique (…), le nombre de réparations a tendance à baisser car les câbles sont mieux enfouis », a poursuivi Didier Dillard. Notre « système de sensibilisation de pêcheurs fonctionne bien », a ajouté le dirigeant d’Orange Marine. Alors que les câbles allaient jusqu’à 1 000 mètres de fond, les câbliers essaient désormais de les enterrer jusqu’à 1 500 mètres de profondeur en raison des chalutiers qui ratissent davantage, certains allant jusqu’à 1 200 mètres de fond.

Dans cette zone, les câbles ont donc été réparés rapidement, sans « impact majeur pour les télécoms ». Notamment parce qu’en mer Baltique, « il y avait de la redondance de réseau. En cas de coupure d’un câble, Orange est capable de “rerouter” la totalité du trafic vers d’autres câbles ». En règle générale, les opérateurs cherchent à avoir 3 à 5 câbles sur le même chemin, pour éviter d’être impactés par la moindre coupure. 

À lire aussi : On est montés à bord du navire qui répare les câbles Internet sous-marins

4. En cas de coupure, ce sont les robots qui sont envoyés

Comment se passe la réparation d’un câble sectionné ou endommagé, en pratique ? Orange Marine, qui possède certains câbles, et dispose d’un système de surveillance 24 heures sur 24, a expliqué qu’elle dépêchait d’abord des… robots sur place.

Ces derniers, fabriqués près d’Aix-en-Provence, « sont télécommandés depuis le navire câblier, reliés par un ombilical ». Ils sont de plus en plus utilisés, et peuvent aller jusqu’à 2 000 mètres de profondeur pour couper les câbles défectueux. « Si c’est 5 000 mètres de fond, on (passe par) des grappins qui coupent et qui relâchent des câbles. On sait le faire, mais cela prend du temps », a précisé l’homme à la tête d’Orange Marine.

5. « Si quelqu’un vient taper sur le câble, on le voit en temps réel »

Chaque semaine, les géants des câbles doivent faire face à trois à quatre coupures, des événements qui surviennent « en majorité en raison des ancres de bâteau et des filets de pêcheurs, plus quelques éléments naturels comme le volcan Tonga qui avait bien détruit le câble », détaille le patron d’ASN.

Pour comprendre la cause de la coupure, les équipes d’ANS et d’Orange Marine se basent sur « la fibre, qui est comme une éponge. Elle capte tous les bruits qu’il peut y avoir sous la mer », rapporte Alain Biston. Si « quelqu’un qui vient taper sur le câble, on le voit en temps réel », notamment grâce au « DAS » (Distributed Acoustic Sensing), qui permet de réellement savoir ce qui se passe sous l’eau », poursuit le dirigeant d’ASN. Ce dispositif permet d’évaluer le bruit sous-marin en mesurant les variations de longueur de la fibre causées par les vibrations acoustiques, détaille le CNRS.

« On peut savoir si le bateau de pêche a le filet dans l’eau, on peut l’appeler et lui dire de le relever. En cas de coupure d’un câble, on sait quel navire était » dans les parages, souligne-t-il. On pourra bientôt « détecter si un objet tombe près d’un câble et envoyer un drone », explique le PDG d’ASN.

6. La principale difficulté du secteur, c’est… l’administratif.

Que cela soit pour la pose ou les réparations, l’une des difficultés majeures pour les deux sociétés est « la gestion des permis », explique Alain Biston. Pour « 2Africa », un câble qui fait 45 000 km de long, et qui connecte 45 pays entre l’Afrique et le Moyen-Orient, un projet de Meta, « il a fallu déposer 462 permis », témoigne le président d’ASN.

À lire aussi : Meta va installer un immense câble sous-marin à travers le monde

Il n’existe en effet pas d’harmonisation mondiale sur les permis, même pour les réparations qui doivent être réalisées en urgence. Résultat, les sociétés doivent se conformer aux législations sur les eaux territoriales, mais aussi celles qui régissent les plages et les ZEE (zones économiques exclusives). Ce qui fait « le délai d’un projet », ce n’est ni « la pose d’un câble », ni « sa réparation, mais la durée d’obtention du permis », rapporte le dirigeant devant la commission sénatoriale.

Si vous devez réparer un câble en urgence, il faut demander un permis dans le pays qui est face à la coupure. Et pour obtenir ce permis, « c’est 6 mois en France et 36 mois en Inde. Je me suis dit que ça vous ferait plaisir », a lancé le président d’Alcatel Submarine Networks aux sénateurs. Ajoutez à cela que sur certaines mers, il peut y avoir des zones de conflit. « Aujourd’hui je ne peux pas déposer de câble en mer Rouge, en mer Noire, en mer de Chine, les permis sont compliqués à obtenir ». La dimension géopolitique d’un projet est importante, d’autant que pour un projet qui dure 5 ans, il est difficile d’estimer quelle sera la situation géopolitique à la fin du projet, poursuit-il.

L’extrême lourdeur administrative vaut aussi en amont. Il faut savoir que lorsqu’un câble est mis dans l’eau, c’est pour 25 ans. « Si on veut un nouveau composant, on a 36 mois de certifications. Nos contraintes sont plus élevées que pour les satellites », ajoute le dirigeant d’ANS.

Medusa Orange Câble Sous Marin Marseille
© Orange Marine. Le câble sous-marin Médusa, qui reliera l’Europe méridionale au nord de l’Afrique, a été raccordé au réseau terrestre à Marseille, mercredi 8 octobre 2025.

7. Les Gafam « forcent au développement de nouveaux produits »

Depuis les années 2010, les Gafam dont Alphabet (Google, YouTube) et Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp) ont lancé des constructions de nouveaux câbles, chaque tuyau nécessitant des investissements monstres. Un projet sur une « route facile » comme le Transpacifique coûte au minimum 600 millions d’euros.

Sur ce marché glissant de 20 milliards de ces deux prochaines années, 70 % des projets sont financés par les géants du numérique. Ces derniers viennent concurrencer les acteurs historiques, les consortiums privés publics qui associaient télécoms et entités publiques.

Point positif, les Gafam « nous forcent à développer de nouveaux produits », a indiqué le PDG d’ASN. En sachant que le câble sous-marin fait 2 cm de diamètre, « on est passé en quatre ans de 4, 8, 12 paires à 24 paires de fibre dans nos câbles. Et maintenant ils nous demandent 48 paires de fibres ». La société explique limiter les projets des géants du numérique à 70 % de sa capacité, 30 % restant réservés aux opérateurs télécom pour ne pas devenir dépendants de Meta ou d’Alphabet.

8. Les subventions européennes du secteur ne sont pas réservées aux Européens

Si les deux dirigeants se félicitent des recommandations pour davantage protéger le secteur, et des subventions supplémentaires annoncées par la Commission européenne, début février, toutes ne vont pas être fléchées vers des sociétés européennes. En restant très mesurés, les deux dirigeants remarquent qu’aujourd’hui, il n’existe pas de projets réservés « câbles sous-marins européens ».

À lire aussi : Câbles sous-marins : avec 347 millions d’euros d’investissements, l’Europe peut-elle sortir la tête de l’eau ?

Pourtant, « notre concurrent américain a chaque année un budget du Pentagone, pour poser des câbles militaires. C’est une activité à part qu’il a, et que nous n’avons pas. Pour le Japon, il y a des appels d’offre de détection des tsunamis qui sont directement alloués (au Japonais NDLR) Nec. De chaque côté, on voit qu’il y a une allocation publique directement à un fournisseur (national NDLR) », estime le dirigeant d’ASN.

Sur le Vieux Continent, regrette-t-il, « il n’y a pas d’équivalent en Europe de marchés qui nous seraient directement alloués ». Pourtant, la subvention « sert surtout à payer la recherche et développement. Donc si vous subventionnez en tant qu’Europe le fournisseur américain, eh bien vous n’êtes pas là pour aider la recherche française et européenne », tacle-t-il.

Le président d’ASN reconnait toutefois « une énorme évolution depuis six, sept ans. Avant, on était totalement dans le libre-échange. On voit maintenant que lorsqu’il y a un financement européen, il y a, je dirais, une poussée du côté des fournisseurs européens, qui est notable ».

Complétant les dires de son homologue, le PDG d’Orange Marine a ajouté : « Il me semble (mais c’est à confirmer) qu’il y a un projet qui bénéficiera d’une subvention européenne, qui sera posé par un navire chinois. C’est quelque chose qui me parait, moi, assez anormal ».

👉🏻 Suivez l’actualité tech en temps réel : ajoutez 01net à vos sources sur Google, et abonnez-vous à notre canal WhatsApp.

Source :

Audition du 18 février 2026



Source link

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.