« Il est temps de considérer l’enfermement mental induit par certains réseaux sociaux comme une question majeure de santé publique »

face aux critiques des utilisateurs, l’application marque une pause dans sa transformation à la TikTok


C’était à la mi-août juste après le dîner dans un refuge de montagne des Hautes-Alpes. Les bols de soupe en Duralex avaient été empilés et le gratin de crozets raclé jusqu’à la dernière miette dans les plats en inox par des randonneurs affamés. La nuit allait tomber, mais, avant de gagner les dortoirs, les occupants du lieu posé dans un site somptueux sont restés un moment autour des tables de bois, comme pour goûter encore un peu le plaisir d’être ensemble dans cet endroit hors du monde.

Et c’est là que le miracle s’est produit. Un groupe d’adolescents a sorti un jeu de tarot, leurs aînés un plateau de Scrabble, un atelier de massage cervical s’est improvisé sur un banc et, surtout, les conversations ont redoublé. Un vrai déluge de sociabilité. Une scène digne de Retour vers le futur, plongée collective vers une époque pré-smartphone où l’idée de communiquer avec les autres avec un boîtier plutôt qu’avec son voisin ne venait à personne.

Les écrans n’avaient pas disparu par enchantement. Le refuge, seulement alimenté en électricité par quelques panneaux solaires et une turbine à eau, ne permet pas la recharge des portables. D’ailleurs, le réseau n’y passe pas. Bien nommé, le « refuge » serait-il l’un des derniers sanctuaires de la « vie ensemble » délivrée de la dictature du numérique ?

Une tendance antérieure

On repensait à ce moment de magie collective en altitude en lisant le préoccupant dossier de L’Obs sur le stress et l’anxiété qui pourrissent la vie de bien des lycéens et submergent les services de pédopsychiatrie. « Les réseaux sociaux mettent une pression inédite sur les adolescents. Ils sont constamment assujettis à l’angoisse de l’image, se doivent de mettre en scène leur vie quitte à la fantasmer. (…) Ils n’ont plus le droit d’être moyens, y témoigne Laurent Pinel, psychiatre spécialisé dans la prise en charge des lycéens et étudiants. La perte de sens et le manque de confiance dont souffrent nos patients sont en grande partie liés à la numérisation et (…) à une forme de déshumanisation de leurs relations sociales. » Le médecin, dont les malades sont astreints à un sevrage du téléphone portable, conseille aux parents de « réintroduire des activités partagées sans écran », un peu comme dans un refuge de montagne.

Paul, un collégien nantais emporté par la spirale addictive d’Instagram, réseau de partage de photos, qui incite à guetter sans cesse des signes de reconnaissance quitte à infliger de lourdes humiliations, a dû être hospitalisé en psychiatrie. A 13 ans, il y était connecté douze heures par jour. « On parle de réseau “social”, s’indigne son père dans le documentaire percutant que vient de diffuser Arte. Mais Paul, ça l’a complètement enfermé. Il est presque obligé de réapprendre à vivre avec les autres. »

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