Une filière d’arnaque au faux conseiller bancaire, pilotée par un « parrain » depuis le Maroc, a été démantelée. Avoir dépouillé des centaines de Français en un an, les escrocs ont été interpellés par les forces de l’ordre et déférés devant les tribunaux.
Une vaste arnaque au faux conseiller bancaire vient d’être démantelée en France. Entre avril 2022 et avril 2023, des escrocs ont multiplié les arnaques sur tout le territoire français, rapporte le Figaro. Le mode opératoire des criminels n’avait rien d’extraordinaire. Dans un premier temps, la victime reçoit un SMS qui signale un faux achat frauduleux. Elle est invitée à rappeler un numéro de téléphone, qui appartient soit-disant à sa banque. Au bout du fil, un faux conseiller bancaire prétend que la carte est compromise. Il demande de glisser la carte dans une enveloppe et de la confier à un coursier. Un faux coursier ne tarde pas à frapper à la porte de la cible. Il s’envole alors avec la carte bancaire.
Pour mettre sa victime en confiance, le faux coursier peut aller jusqu’à proposer de découper la carte sous ses yeux. Il sait pourtant parfaitement ce qu’il fait : il prend soin d’épargner la puce, ce qui rend la carte encore exploitable. De son côté, le faux conseiller a pris soin de réclamer les codes bancaires de la victime au téléphone.
Avec cette tactique, aussi éculée qu’efficace, les escrocs sont en mesure d’utiliser la carte pour vider les comptes. Ils vont notamment réaliser des retraits aux distributeurs de billets ou acheter en masse dans une grande enseigne d’électroménager. En un an, les criminels ont gagné 740 000 euros en dépouillant une centaine de victimes. Les forces de l’ordre ont recensé 148 faits dans tout l’Hexagone.
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Une organisation criminelle structurée, avec un « parrain » à sa tête
Alertées par l’explosion des arnaques au faux coursier, les autorités ont ouvert une enquête. Les investigations ont permis de lever le voile sur une organisation criminelle de type pyramidale. Elle se composait en effet de plusieurs niveaux de collaborateurs, avec des intermédiaires qui transmettent les consignes d’un grand chef aux exécutants. À la tête de l’opération, on trouve un mystérieux commanditaire, qui se fait appeler « padrino » (en italien), soit le parrain en français. Celui-ci dirigeait toute l’organisation depuis sa résidence au Maroc.
Afin d’éviter que les autorités ne remontent jusqu’à eux, les faux conseillers ont utilisé des services de téléphonie via Internet (VoIP, plateformes de call centers, numéros virtuels) qui permettent de passer des appels en faisant apparaître un numéro de téléphone normal, par exemple un fixe commençant par le préfixe 01. Sur ces plateformes, les comptes étaient créés au nom de personnes destinées à servir de couverture. L’enquête a permis d’interpeller plusieurs faux coursiers et conseillers, qui résidaient tous dans les Yvelines, dans la région Île-de-France. Leur procès vient de débuter devant le tribunal correctionnel de Paris.
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Une arnaque qui évolue pour contrer la double authentification
Interrogé par le Figaro, Pierre Bienvenu, chef du service des moyens de paiement scripturaux à la Banque de France, indique que l’arnaque au faux coursier répond directement aux mesures de sécurité déployées par les banques pour sécuriser les accès en ligne. Face à l’essor « de l’authentification forte », qui repose sur un code envoyé par la banque, il est devenu difficile de réaliser des prélèvements frauduleux en se servant uniquement des identifiants à un compte bancaire. De facto, les pirates ont décidé d’envoyer des coursiers pour récupérer physiquement la carte bancaire des victimes.
Pour éviter de tomber dans un piège, on vous conseille tout d’abord de ne jamais communiquer votre code de carte bancaire à qui que ce soit, même à un conseiller légitime. En cas de doute, mieux vaut contacter directement votre banque en utilisant son numéro officiel ou l’application dédiée. Si un prétendu coursier est déjà en chemin pour récupérer votre carte, appelez immédiatement la police, signalez l’arnaque sur www.cybermalveillance.gouv.fr et déposez plainte auprès des forces de l’ordre.
Le problème du remboursement
Notez que la loi impose à la banque de vous rembourser un prélèvement frauduleux dans les 24 heures, sans attendre la fin d’une enquête, à condition que la fraude remonte à moins de 12 mois. C’est normalement ce qu’il devrait se passer si vous avez été victime d’une arnaque au faux conseiller bancaire. Par contre, les victimes d’une escroquerie impliquant un faux coursier ne seront pas forcément remboursées. La banque n’est pas tenue de vous rembourser l’argent perdu si vous avez confié votre carte bancaire à autrui, ce qui peut être considéré comme une « négligence grave ». Deux jugements récents du tribunal judiciaire de Paris confirment qu’un client doit protéger sa carte, faute de quoi il perd son droit au remboursement.
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Source :
Le Figaro