La ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique Anne Le Hénanff (photo) a indiqué que la Dinum «a lancé en 2025 une réflexion sur le développement d’un poste de travail sous système Linux». Repérée par l’April, cette annonce figure dans la réponse faite le 13 janvier par la ministre à une question de juillet 2025 de la députée Cyrielle Chatelain. Cette élue écologiste, signataire en 2022 du pacte du logiciel libre, l’avait interrogée sur «les impacts de la migration des serveurs publics vers Windows 11», et entre autres questions, demandé «si, à l’instar d’autres États (Allemagne, Danemark) et de certaines collectivités (Grenoble et plus récemment Lyon), l’État envisage de former les administrations et de systématiser le recours à des systèmes sous Linux, dont le caractère libre et open source permet de limiter les risques de surveillance et l’obsolescence programmée».
« Accroître la souveraineté et limiter l’obsolescence programmée »
La ministre répond: «Cette question illustre parfaitement les problèmes que peuvent poser la dépendance de nos administrations et entreprises à des solutions extra-européennes. La stratégie numérique de l’État s’est fixée comme priorité le renforcement significatif de la maîtrise par l’État de ses systèmes d’information. Dans certains cas, pour les données d’une sensibilité particulière, cela peut impliquer de rechercher une immunité au droit extra-européen, par exemple s’agissant des systèmes d’information hébergés dans le cloud, conformément à l’article 31 de la loi Sécuriser et réguler l’espace numérique.
Dans d’autre cas, il en va de notre capacité, au besoin, à substituer tout composant d’une solution par une alternative disponible sur le marché, pour garantir notre intégrité et notre pouvoir de négociation et ainsi maîtriser nos coûts. La DINUM a ainsi lancé en 2025 une réflexion sur le développement d’un poste de travail sous système Linux [« ce qui »? Il manque un ou des mots dans cette réponse] permet d’accroître la souveraineté et de limiter l’obsolescence programmée.»
Anne Le Hénanff rappelle s’être rendue en novembre avec les ministres Roland Lescure (Economie et Finances) et David Amiel (Fonction publique) ainsi qu’Emmanuel Macron au sommet de Berlin sur la souveraineté numérique. Et avoir lancé «un groupe de travail européen chargé de définir ce qu’est un service numérique européen. En effet, je crois en particulier à la commande publique comme levier de souveraineté: le gouvernement avance sur le sujet, et travaille à une nouvelle doctrine d’achat public numérique qui permettra de réaffirmer le besoin de se fournir en solutions numériques sûres et souveraines, tout en soutenant notre écosystème français et européen.»
Lecornu vante le code ouvert
Il faut espérer que cette annonce sera davantage suivie d’action que les précédentes. L’April souligne en effet que «en 2020, déjà par voie de réponse à une question écrite, une annonce similaire avait été faite concernant le ministère des Armées. Si des études ont bien été conduites, jamais aucune décision ne semble avoir été prise.» L’association libriste l’avait exposé en 2022. L’April note aussi la volonté du gouvernement affirmée en janvier par la ministre de faire évoluer la doctrine de l’État en matière d’achat public et de souveraineté numérique.
L’association rapporte à ce propos qu’une circulaire portant sur la «commande publique numérique » a été publiée. Cette circulaire du Premier ministre Sébastien Lecornu du 5 février 2026 (Bercy en avait annoncé ce jour-là la publication imminente) comprend une section sur les logiciels libres:
«Que les solutions soient directement disponibles auprès d’un opérateur ou résultent d’un achat « sur étagère », il est recommandé de privilégier, lorsque c’est pertinent, le recours à des produits open source. L’utilisation de logiciels open source permet à l’ensemble de la communauté aussi bien publique (État, collectivités, opérateurs…) que privée (entreprises…) d’investir dans les mêmes technologies et de bénéficier des avancées de chacun. Le code ouvert offre en outre une plus grande possibilité de détecter et de corriger d’éventuelles failles de sécurité. Une attention particulière doit être portée sur les contributions au code ouvert, tant sur la qualité que sur la quantité, afin de garantir sa pérennité et sa sécurité.»
Paroles, paroles…
Nous sommes treize ans et demi (c’est long) après la circulaire Ayrault qui soulignait les avantages du logiciel libre, 9 ans après la loi République numérique dont l’article 16 dit «Les administrations (…) encouragent l’utilisation des logiciels libres et des formats ouverts lors du développement, de l’achat ou de l’utilisation, de tout ou partie, de ces systèmes d’information». Cinq ans après la circulaire Castex qui déclarait notamment «Cette ambition renouvelée implique, en outre, un renforcement de l’ouverture des codes sources et des algorithmes publics, ainsi que de l’usage du logiciel libre et ouvert.»
Et on vient d’apprendre, par exemple, que l’Éducation nationale prolonge son contrat avec Microsoft jusqu’en 2029 (passé en mars 2025, il aurait pu être dénoncé au bout de 12 mois). Peut-on espérer que l’État avance, enfin, au-delà des bonnes paroles?
Illustration: Anne Le Hénanff, photo Union européenne 1998-2026 / Wikimedia Commons / CC by
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