l’appli qui promettait de sauver les hommes du porno

l'appli qui promettait de sauver les hommes du porno


Pensée pour aider les hommes à se libérer de leur dépendance à la pornographie, l’application américaine Quittr se retrouve au cœur d’un scandale retentissant. Derrière ses promesses de développement personnel et son marketing très agressif, le service a laissé fuiter les confessions et les habitudes inavouables de centaines de milliers d’internautes.

L’idée a de quoi surprendre. Pour une trentaine de dollars par an, deux jeunes entrepreneurs d’une vingtaine d’années proposent de sevrer leurs abonnés des contenus pour adultes en utilisant la culpabilité. Le concept repose majoritairement sur un bouton d’urgence numérique. En cas de tentation, l’utilisateur presse l’écran et déclenche l’appareil photo frontal de son téléphone. L’application affiche alors le visage de la personne accompagné de phrases humiliantes du type « Tu vas le regretter comme d’habitude » ou « Quelle est ton excuse cette fois-ci ? ». Malgré cette approche psychologique particulièrement discutable, le logiciel revendique plus d’un million et demi de téléchargements et génère des revenus colossaux.

Ce succès fulgurant cache malheureusement une réalité technique désastreuse. Le média américain 404 Media a récemment révélé qu’une grossière erreur de configuration des serveurs a exposé les données personnelles de plus de 600 000 comptes pendant des mois. La fuite est d’une gravité absolue puisqu’elle inclut l’âge des inscrits, la fréquence de leur masturbation ainsi que des appels à l’aide rédigés dans l’espace confessionnal du logiciel.

« Je n’y arrive pas mec. Franchement, je ne sais plus quoi faire. Je suis vraiment nul, j’ai besoin d’aide », confesse un internaute désespéré dont le message s’est retrouvé exposé aux yeux de tous.

Fait encore plus embêtant un chercheur indépendant estime qu’environ 100 000 de ces profils appartiendraient à des mineurs.

Une fuite catastrophique totalement ignorée par les fondateurs

Le comportement des dirigeants face à cette crise frise l’inconscience. Averti dès le mois de septembre de l’année dernière de cette vulnérabilité liée à la plateforme Google Firebase, le cofondateur Alex Slater a d’abord reconnu son erreur en promettant une réparation immédiate. Les mois se sont pourtant écoulés sans la moindre intervention technique de la part de l’entreprise.

L’application QUITTR. © QUITTR / Montage 01net.com

Relancé en début d’année par les journalistes, le jeune homme a purement et simplement nié l’existence du problème avant de raccrocher au nez de ses interlocuteurs. L’équipe a manifestement préféré continuer de filmer son luxueux train de vie floridien sur YouTube plutôt que de protéger l’anonymat de ses clients face aux risques de chantage en ligne. La brèche numérique n’a été colmatée que très récemment, suite à la publication d’un portrait peu flatteur dans le New York Magazine.

L’ombre de la manosphère

Cette négligence coupable s’inscrit dans un cadre idéologique bien précis dévoilé par nos confrères américains. Les créateurs de Quittr revendiquent ouvertement leur appartenance à la manosphère et vouent une véritable admiration à des figures masculinistes très controversées comme Andrew Tate. Selon leur propre vision du monde, la consommation de pornographie empêcherait les hommes de dominer la société et les rendrait faibles.

« Au lieu de parler à de vraies femmes, on va simplement en ligne regarder du porno, et ça satisfait les mêmes pulsions. Ça rend les hommes faibles », justifie très sérieusement Alex Slater pour expliquer sa démarche entrepreneuriale.

L’application puise directement ses racines dans le mouvement NoFap, une communauté internet persuadée que l’abstinence sexuelle garantit force, succès et richesse. Sous couvert de santé mentale et d’entraide thérapeutique, ce service numérique exploite en réalité la détresse psychologique de jeunes garçons pour bâtir un empire financier fondé sur la honte et la culture de la performance virile.

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