Au CES 2026, Khadas tente de bousculer l’informatique mobile avec son Mind Pro sous Intel Panther Lake. Si la promesse de la modularité fait rêver, la réalité d’un écosystème fermé et coûteux pourrait bien refroidir les ardeurs.
Si vous pensiez que l’innovation dans le monde du PC se limitait à ajouter une touche « IA » sur le clavier, détrompez-vous. Au milieu des allées bondées du CES 2026 de Las Vegas, alors que les géants de la tech nous resservent leurs recettes habituelles, un acteur plus discret tente de bousculer les codes. Son nom ? Khadas. Sa promesse ? Séparer le cerveau de l’ordinateur de son corps. Mais derrière l’effet « waouh » de cette démonstration technologique, une question pragmatique se pose : avons-nous vraiment envie de déconstruire notre PC portable ?
Le concept « seamless » : une idée brillante… sur le papier
Pour beaucoup, le problème de l’informatique actuelle est le gaspillage. Pourquoi acheter un écran, une batterie et un clavier pour chaque usage alors que vous n’avez besoin que d’une seule « intelligence » ? C’est le pari du Khadas Mind : un mini-PC de 0,43 litre de volume, à peine plus gros qu’un portefeuille, que vous glissez d’un dock à l’autre. Avec ce drôle d’ordinateur, il faut imaginer une journée type où vous arrivez au bureau et clippez ce petit boîtier sur un dock graphique. Si vous devez partir en réunion, vous le glissez simplement au dos d’un écran tactile.
Cette approche, qualifiée de « seamless computing », repose sur le Mind Link, un connecteur propriétaire bien plus rapide que le Thunderbolt, censé rendre l’expérience sans friction. Cependant, ce rêve de fluidité cache une contrainte majeure : l’enfermement. En adoptant ce format, vous épousez totalement l’écosystème Khadas. Si demain vous voulez changer d’écran ou de clavier, vous ne pourrez pas simplement aller acheter un modèle standard chez votre revendeur préféré. Vous êtes lié pieds et poings liés à la marque.
Mind Pro : Une prouesse technique indéniable
La star du show reste le Mind Pro. Il faut reconnaître à Khadas une ingénierie remarquable pour avoir intégré la toute nouvelle architecture Intel Core Ultra 300 (Panther Lake) dans un châssis de seulement 20 mm d’épaisseur. Cette prouesse repose sur la gravure en 18A d’Intel, offrant une efficacité énergétique intéressante, et sur le choix audacieux de puces série H (haute performance) plutôt que des versions basse consommation.

L’intégration d’un NPU de nouvelle génération pour l’IA locale, la présence de 64 Go de RAM LPDDR5x et jusqu’à 2 To de SSD ont de quoi rassurer. Néanmoins, cette densité a un revers : la réparabilité. La mémoire vive est soudée à la carte mère. Si vos besoins évoluent ou si une barrette lâche, c’est l’ensemble de l’unité coûteuse qu’il faudra remplacer. C’est un paradoxe pour un produit qui prône la modularité durable.
Mind xPlay : le cauchemar de la Surface Pro… ou de l’ergonomie?
C’est l’annonce la plus clivante. Khadas lance le Mind xPlay, reprenant le concept de la « tablette inversée ». L’idée est d’avoir à disposition un écran LCD 13 pouces 2,8K au format 3:2 (2 880 x 1 920 pixels, 60 Hz), équipé d’une batterie de 47,94 Wh et d’un clavier, mais dépourvu de processeur. Vous venez « clipper » votre Mind Pro au dos, et l’ensemble devient un PC portable. Khadas vise explicitement les « victimes de la Surface », arguant que lorsque le processeur sera obsolète, vous ne jetterez pas l’écran.

L’argument écologique fait mouche, ou presque, mais l’argument ergonomique inquiète. En plaçant le « cerveau » au dos de l’écran, on déplace le centre de gravité vers le haut, rendant l’ensemble instable sans une béquille solide. On retrouve donc les problèmes de « lapability » (utilisation sur les genoux) bien connus des utilisateurs de Surface. De plus, si vous cassez le clavier ou l’écran propriétaire, vous êtes bon pour racheter un accessoire Khadas au prix fort, là où un PC portable classique permet d’utiliser n’importe quel périphérique USB ou Bluetooth en dépannage.
Mind Graphics 2 : la puissance a un coût
Pour les créatifs et les gamers, le Mind Graphics 2 transforme le mini-PC en station de jeu grâce à une NVIDIA GeForce RTX 5060 Ti et ses 16 Go de mémoire GDDR7. C’est une débauche de puissance séduisante pour jouer en 1440p et du rendu 3D. Le dock est beau, bien fini, et propose une connectique riche.

Il y a toutefois un élément qu’on ne peut pas passer sous silence : le coût de l’inactivité. Lorsque vous partez en déplacement avec votre Mind Pro clippé sur le xPlay, ce dock graphique à près de 1 000 euros reste vide et totalement inutilisable sur votre bureau. Avec un PC portable standard et un eGPU Thunderbolt, votre conjoint ou vos collègues pourraient brancher leur propre machine sur le dock en votre absence. Ici, le connecteur propriétaire rend le matériel inerte dès que le « cerveau » s’absente.
L’addition salée de la modularité
C’est au moment de passer à la caisse que le concept risque de heurter le mur de la réalité. Les précommandes ouvrent le 9 janvier 2026, et l’innovation se paie au prix fort. Le Mind Pro (Panther Lake) est annoncé autour de 1 899 dollars, ce qui dépassera probablement les 2 000 euros TTC en France. Ajoutez à cela les 399 dollars pour la tablette xPlay et potentiellement 800 à 1 000 dollars pour le module graphique, et vous obtenez une facture totale qui dépasse l’entendement pour une configuration équivalente en PC portable traditionnel.
Le verdict est nuancé. Khadas propose un matériel intéressant et une vision courageuse qui ravira les geeks fortunés et les amateurs de beaux objets. Pour le grand public, la question reste entière : pourquoi s’enfermer dans un écosystème propriétaire coûteux et ergonomiquement complexe, alors qu’un bon ultrabook équipé de Thunderbolt 4 offre aujourd’hui la même polyvalence, la liberté en plus ?
👉🏻 Suivez l’actualité tech en temps réel : ajoutez 01net à vos sources sur Google, et abonnez-vous à notre canal WhatsApp.