Depuis plusieurs semaines, des publicités pour un pendentif connecté de la société Friend s’affichent dans le métro parisien. Présenté comme un « ami virtuel », ce gadget embarque une intelligence artificielle capable de capter les déplacements, les conversations et les sons environnants pour interagir en temps réel avec son propriétaire. Cet objet semble être la promesse de lutter contre la solitude, au prix d’une écoute permanente.
Sur les murs du métro parisien, une publicité attire l’œil. On y distingue un collier connecté, accompagné de messages tels que « je ne laisserai jamais de vaisselle dans l’évier », « je regarderai tous les épisodes avec toi », ou encore « je prendrai toujours le métro avec toi ». Derrière ce « je », une intelligence artificielle conçue pour devenir votre amie. Un gadget aussi intrigant qu’inquiétant.
Friend « un ami qui vous veut du bien » vraiment ?
Depuis plusieurs années, l’intelligence artificielle s’invite hors de nos écrans. Assistants vocaux, objets connectés, lunettes connectées… Friend pousse la logique plus loin. Contrairement à ChatGPT ou Gemini, qui ne répondent qu’à la demande, l’IA de Friend se veut proactive. Reliée au smartphone, c’est elle qui démarre les conversations par message, prodigue des conseils sans qu’on lui demande, nous encourage ou encore nous console.
Mais pour que cela soit possible, le micro intégré au pendentif doit fonctionner en permanence. À l’intérieur du pendentif, le micro capte donc toutes les interactions de votre environnement, adresses directes et discussions… Cet « ami » vous répond directement sur une application dédiée disponible uniquement sur l’App Store. Il est également possible d’interagir volontairement avec le collier en appuyant au centre. L’utilisateur peut même donner un nom à ce nouvel « ami ».
Une campagne qui divise
Lancée en France début janvier 2026, la campagne publicitaire reçoit un accueil mitigé. Ce nouveau produit choque et fait débat. Mais pas de quoi empêcher l’entreprise de poursuivre son développement. « Nous allons probablement nous étendre en Asie ensuite, après avoir fait un peu plus de marketing en Europe. Londres sera peut-être la prochaine ville aussi », a confié Avi Schiffman, fondateur de Friend, au Figaro.
L’entreprise revendique une ambition claire, soulager, la solitude. Un enjeu majeur, alors qu’un rapport de l’OMS sur les liens sociaux souligne que les 13-29 ans sont les plus touchés par la solitude. En France, 71 % des 18–24 ans déclaraient se sentir seuls en 2023, selon la Fondation Jean-Jaurès, contre 46 % pour l’ensemble de la population.
Certains utilisateurs ont déjà testé le dispositif. Parmi eux, Madeleine Aggeler, journaliste au Guardian, qui se montre très critique à l’égard du gadget « Je n’ai pas du tout apprécié. Non seulement il était dérangeant de porter un appareil qui enregistrait constamment mes conversations, mais je l’ai trouvé extrêmement ennuyeux. Il se contentait de valider ou de reformuler ce que je venais de dire. Il n’a ni personnalité, ni opinions », raconte la journaliste.
Un système déjà existant ?
Friend n’est pas le premier à tenter de marchander les relations humaines. Des plateformes de « location d’amis » existent déjà, notamment aux États-Unis ou au Japon.
Le produit rappelle également l’AI Pin de Humane, un badge intégrant un assistant IA censé remplacer le smartphone, qui s’est soldé par un échec commercial.
Qui se cache derrière Friend ?
Friend est une start-up californienne fondée par Avi Schiffmann, un entrepreneur déjà connu pour avoir lancé un site de suivi de l’évolution du Covid-19 pendant la pandémie. Après plusieurs levées de fonds, il dépense près de 1,8 million de dollars pour acquérir le nom de domaine friend.com, puis lève 2,5 millions de dollars pour lancer le projet.
Le fondateur explique que l’idée est née de sa propre solitude « Je me sentais seul et j’ai construit un produit pour moi-même. J’ai pensé que d’autres personnes aimeraient aussi », confie-t-il au Figaro. Et se montre convaincu de l’avenir de son concept. « Je pense que dans un avenir proche, chacun aura un ami IA proche à qui se confier ».
Quelles garanties pour la vie privée ?
Un pendentif qui écoute en permanence pose évidemment la question de la protection des données. Avi Schiffmann tente de rassurer « Lorsque vous créez un compte, vous devez verrouiller une clé spéciale que nous vous donnons. Ce n’est qu’avec cette clé que l’on peut accéder à vos données », affirme-t-il.
Pourtant, les informations disponibles en matière de protection des données de cette IA restent limitées à l’heure actuelle. En 2024, Friend assurait que les données étaient stockées localement et chiffrées de bout en bout. La FAQ du site précise également que l’IA repose sur les modèles Gemini de Google.

Prix et disponibilité
Avant Paris, la même campagne publicitaire avait déjà fait parler d’elle à New York, avec plus de 10 000 affiches pour un budget d’un million de dollars. Les réactions étant pour la grande majorité négatives. Aux États-Unis, le produit est proche de l’échec commercial avec seulement 3 000 pendentifs vendus depuis sa commercialisation.
Discuter avec l’IA Friend en ligne est gratuit. Le pendentif, lui, est proposé à 113 euros. Il est désormais disponible en livraison dans l’Union européenne, dont la France, depuis le début de l’année 2026.
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Source :
Friend