Le géant japonais du jeu vidéo Sony se retrouve dans la tourmente. Une série d’actions en justice visant le PlayStation Store menace de secouer l’industrie du gaming. Au cœur de cette affaire : des accusations de pratiques anticoncurrentielles et de prix excessifs qui pourraient coûter des milliards à l’entreprise nippone.
Un monopole contesté sur les jeux numériques
L’origine du conflit remonte à 2019, lorsque Sony a pris une décision controversée. L’entreprise a interdit aux revendeurs tiers comme Amazon, Best Buy ou GameStop de vendre des codes de téléchargement pour les jeux PlayStation, se réservant ainsi au passage la main sur la quasi-majorité du marché du jeu vidéo dématérialisé sur son propre écosystème. Cette manœuvre a eu pour effet de centraliser toutes les ventes de jeux numériques sur le PlayStation Store, qui s’est alors très logiquement imposé comme une référence et le seul point d’entrée des joueurs pour l’achat de titres dématérialisés, mais également de DLCs et autres achats intégrés.
Les plaignants affirment que cette stratégie a créé un monopole de fait sur la distribution des jeux dématérialisés pour PS4 et PS5. En l’absence de concurrence, Sony serait libre de fixer les prix à sa guise, sans être inquiété par d’autres revendeurs. Cette situation aurait conduit à une inflation artificielle des tarifs sur le PlayStation Store. C’est un fait : la guerre des prix sur l’écosystème PlayStation n’existe pas vraiment, les sites tiers de vente de codes de jeux PSN n’ont pas l’ampleur des géants comme Amazon ou autres boutiques spécialisées dans le jeu vidéo et leurs ventes restent minimes comparé au marché global.
Des prix gonflés jusqu’à 175% ?
Les chiffres avancés par les plaignants sont édifiants. Selon eux, les prix des jeux sur le PlayStation Store seraient gonflés de 30 à 175% par rapport à ce qu’ils devraient être dans un marché concurrentiel. Cette surcharge, qualifiée de « taxe Sony » par certains, représenterait un surcoût considérable pour les joueurs. L’estimation peut paraitre excessive, mais elle tient la route en considérant la fluctuation à la baisse assez rapide des jeux sur PC. Des titres ou contenus sortis il y a plus d’un mois sur PC encaissent des baisses drastiques de prix alors que les tarifs sur le PSN sont maintenus pendant plusieurs années, chose que l’on pourrait également reprocher à Nintendo et ses jeux Switch toujours facturés plus de 60€ des années après leur lancement.
Pour étayer ces accusations et rester sur l’écosystème PlayStation, les plaignants comparent également les prix des versions physiques et numériques des jeux. Ils soulignent que les versions dématérialisées, malgré l’absence de coûts de production et de distribution physique, sont souvent vendues au même prix, voire plus cher que leurs homologues en boîte.
Une action collective d’envergure
L’affaire prend une ampleur internationale. Aux Pays-Bas, une fondation de protection des consommateurs a lancé une action collective contre Sony. Au Royaume-Uni, une procédure similaire pourrait coûter jusqu’à 5 milliards de livres à l’entreprise japonaise.
Ces actions en justice visent à obtenir des compensations pour les millions de joueurs qui auraient payé trop cher leurs jeux depuis 2019. Elles cherchent également à forcer Sony à modifier ses pratiques commerciales pour permettre une vraie concurrence sur le marché des jeux numériques PlayStation.
Les implications pour l’industrie du jeu vidéo
Cette affaire pourrait avoir des répercussions bien au-delà de Sony. Elle remet en question le modèle économique des plateformes de distribution numérique dans son ensemble. D’autres acteurs comme Nintendo ou Microsoft pourraient se retrouver dans le viseur si les plaignants obtiennent gain de cause.
L’issue de ces procédures pourrait redéfinir les règles du jeu dans l’industrie vidéoludique. Une victoire des plaignants pourrait contraindre les constructeurs à ouvrir leurs plateformes à la concurrence, potentiellement en autorisant des boutiques tierces sur leurs consoles.
La situation pourrait également amener l’Union européenne à se saisir plus globalement du dossier. Alors que Sony a fait pression sur les régulateurs pour empêcher Microsoft d’établir un prétendu monopole du jeu vidéo avec le rachat d’Activision Blizzzard King, il se pourrait que le DMA se penche sur les différentes plateformes de jeux vidéo et vienne à imposer à Sony, Xbox et Nintendo d’ouvrir leurs écosystèmes respectifs aux plateformes de vente de jeux comme cela s’est passé avec Apple et son AppStore.
La défense de Sony
Face à ces accusations, Sony ne reste pas les bras croisés. L’entreprise affirme que sa politique de prix est justifiée par les investissements massifs réalisés dans l’infrastructure du PlayStation Network et le développement de jeux exclusifs. Un argument systématiquement mis en avant au fil des années, avec celui de la volonté de sécuriser les échanges et les réseaux.
Sony argue également que les comparaisons avec les prix des jeux physiques sont trompeuses. L’entreprise souligne que les versions numériques offrent des avantages comme la possibilité de précharger les jeux ou de les partager entre plusieurs consoles. Autant d’arguments qui ne tiennent pas franchement la route quand les titres sont proposés une fois et demie le prix de la version physique.
Quel avenir pour le marché des jeux numériques ?
L’issue de cette bataille juridique pourrait redessiner le paysage de la distribution numérique des jeux vidéo. Si Sony est contraint de modifier ses pratiques, cela pourrait ouvrir la voie à une plus grande concurrence et potentiellement à une baisse des prix pour les consommateurs.
Cependant, certains experts mettent en garde contre les effets pervers d’une telle décision. Une ouverture forcée du marché pourrait fragiliser l’écosystème PlayStation et réduire les investissements de Sony dans le développement de jeux exclusifs et d’infrastructures en ligne. Sur ce terrain, Xbox a pris un peu d’avance en anticipant la baisse de l’attrait de sa plateforme matérielle en misant justement sur le tout numérique et en investissant les plateformes concurrentes avec ses grosses franchises pour étendre ainsi son parc de joueurs.
Quoi qu’il en soit, cette affaire met en lumière les tensions croissantes entre les géants du jeu vidéo et les consommateurs. Elle soulève des questions fondamentales sur l’équilibre entre innovation, rentabilité et équité des prix dans l’industrie vidéoludique. La question de la propriété des licences récemment abordée suite à la disparition de contenus numériques ou l’abandon des serveurs sans mise à disposition de jeux jouables hors connexion avait déjà secoué l’univers du jeu vidéo, cette nouvelle affaire pourrait ainsi entamer des modifications profondes du système actuellement en place. On pourrait ainsi voir le marché des jeux console se calquer sur celui sur PC avec diverses plateformes de vente de jeux dématérialisés, avec ses avantages comme ses abus…
Les joueurs du monde entier suivront avec attention l’évolution de cette procédure. Son issue pourrait bien déterminer l’avenir du marché des jeux numériques et la façon dont nous achetons et consommons nos jeux vidéo préférés dans les années à venir.