C’est une tradition, presque un rituel, qui rythme le marché de l’audio grand public depuis près d’une décennie. Tous les deux ans environ, Sony renouvelle sa gamme 1000X, devenue au fil du temps l’étalon-or, le mètre étalon à l’aune duquel tous les autres produits sont jugés. En ce mois de février 2026, la marque nippone lève le voile sur les WF-1000XM6 avec l’ambition de montrer qu’elle reste la reine des écouteurs à réduction de bruit.
Le contexte, cependant, a radicalement changé depuis la sortie des XM5 en juillet 2023. À l’époque, Sony luttait principalement contre Bose et Apple. Aujourd’hui, le champ de bataille est saturé. Apple, avec ses AirPods Pro 3, a démocratisé des fonctionnalités de santé et une transparence auditive bluffante. Bose, avec ses QuietComfort Ultra Gen 2, a poussé la réduction de bruit active (ANC) dans ses derniers retranchements physiques. Et des acteurs comme Technics ou Sennheiser continuent de grignoter les parts de marché des audiophiles exigeants.
Dans ce maelström technologique, les WF-1000XM6 ont la lourde tâche de justifier leur positionnement tarifaire de 300 euros. Un prix qui reste stable par rapport au lancement des XM5, signe que Sony préfère défendre ses marges par la technologie plutôt que par l’inflation. Mais ne nous y trompons pas : conserver le même prix dans un marché où les composants coûtent plus cher implique une maîtrise industrielle de haute volée.
Design et ergonomie : la quête de la discrétion
L’un des reproches récurrents faits aux écouteurs haute-fidélité est leur embonpoint. Pour loger des drivers de grand diamètre, des batteries performantes et des processeurs puissants, il faut de la place. Pourtant, dès la sortie de boîte, les WF-1000XM6 surprennent par leur compacité.

En effet, le volume global du châssis a été réduit d’environ 11 % par rapport au modèle précédent et cette réduction n’est pas anecdotique. Elle change fondamentalement la physique de l’écouteur une fois inséré dans l’oreille. Sur les XM4, et dans une moindre mesure les XM5, le centre de gravité était légèrement déporté vers l’extérieur, créant un effet de levier qui pouvait déloger l’écouteur lors d’un sprint pour attraper le métro ou d’une séance de sport.

Sur le XM6, la masse est recentrée vers le canal auditif. Le design, plus organique, épouse les courbes de la conque (la partie creuse de l’oreille externe) avec précision. Sony affirme avoir redessiné la forme pour « suivre les courbes naturelles de l’oreille interne », et à l’usage, cela se ressent. La pression est mieux répartie, évitant ce point douloureux sur le tragus qui apparaissait souvent après deux heures d’écoute sur les générations précédentes.
Retour vers le futur : la fin du tout-brillant
C’était une demande forte de la communauté, et Sony l’a entendue. Les WF-1000XM5 avaient adopté une finition plastique brillante qui, bien que jolie en vitrine, se révélait être un cauchemar ergonomique : glissante à sortir du boîtier, aimant à empreintes digitales, et aspect « gras » après quelques manipulations.

Les XM6 opèrent un virage bienvenu avec ce nouveau revêtement. Le modèle noir, que nous testons, arbore un « luxe subtil avec un toucher lisse et sophistiqué », tandis que la version argent platine intègre des « paillettes métalliques et de perles de verre ». En main, cette texture légèrement matte offre un grip bien supérieur. Sortir les écouteurs de leur boîtier de charge (lui aussi affiné) ne demande plus une dextérité de chirurgien. C’est un détail, mais au quotidien, c’est ce genre de friction ergonomique qui fait la différence entre un bon produit et un produit excellent.
Les embouts à isolation phonique : une relation amour-haine ?
Sony persiste et signe avec ses embouts en mousse polyuréthane à mémoire de forme. Contrairement aux embouts en silicone classiques (type AirPods ou Bose), ces mousses doivent être légèrement compressées avant l’insertion, puis elles se dilatent pour sceller hermétiquement le conduit auditif.

Cette étanchéité est cruciale pour l’ANC, offrant un avantage technique aux WF-1000XM6. Elle constitue la première ligne de défense (isolation passive), bloquant physiquement les hautes fréquences que l’électronique peine parfois à traiter.
Pour l’utilisateur, l’inconvénient est la sensation d’occlusion (oreille bouchée) qui peut être désagréable pour certains. Cependant, Sony a retravaillé la densité de la mousse pour cette génération XM6, la rendant plus souple et moins invasive. De plus, une nouvelle « structure de ventilation » a été intégrée au corps de l’écouteur pour équilibrer la pression atmosphérique interne. L’effet « ventouse » est drastiquement réduit, tout comme les bruits de résonance interne (vos propres pas qui résonnent dans votre crâne quand vous marchez).

Comme pour le modèle précédent, il faut apprendre à bien positionner les écouteurs dans les oreilles et à bien choisir les bons embouts. Dans le cas contraire, l’expérience peut rapidement devenir désagréable et plus inconfortable que chez d’autres concurrents laissant plus de marge dans l’utilisation quotidienne. Bonne nouvelle, Sony fournit quatre différentes tailles d’embouts pour s’adapter à la majorité des utilisateurs.

Architecture technique : sous le capot du XM6
Pour comprendre pourquoi ces écouteurs coûtent 300 euros, il faut regarder ce qu’ils ont dans le ventre. Sony a déployé une architecture à double processeur, avec une solution propriétaire sur-mesure.
Cela débute par le processeur intégré V2, le chef d’orchestre déjà présent sur le casque arceau WH-1000XM6 et les WF-1000XM5. Il gère la connectivité Bluetooth, la gestion de l’énergie, et le premier niveau de traitement audio. Sa nouveauté majeure sur ces écouteurs est qu’il supporte désormais un traitement du signal en 32 bits, contre 24 bits auparavant. En théorie du signal, passer de 24 à 32 bits ne change pas grand-chose pour l’oreille humaine en termes de dynamique pure, mais cela offre une marge de manœuvre gigantesque pour les calculs DSP (Digital Signal Processing) sans générer d’erreurs d’arrondi numériques qui pourraient dégrader le signal.

À ses côtés, on trouve une puce spécialisée : le processeur QN3e. Cette puce est dédiée exclusivement à la réduction de bruit (HD Noise Cancelling) et à la conversion Numérique-Analogique (DAC). Sony assure qu’il est trois fois plus performant que celui des WF-1000XM5 sortis en 2023.Plus la puce est rapide, plus elle peut analyser le bruit entrant et générer l’anti-bruit correspondant avant que celui-ci n’atteigne votre tympan.
Une armada de microphones
La course à l’armement continue : nous passons de trois micros par écouteur sur le XM5 à quatre microphones par écouteur sur le XM6. Cela porte le total à huit microphones pour le système.
Les WF-1000XM6 s’appuient sur des micros feed-forward (extérieurs) qui captent le bruit ambiant (circulation, voix). L’ajout d’un micro supplémentaire ici permet une meilleure triangulation spatiale du bruit, aidant l’algorithme à distinguer une voix qui vous est adressée d’un brouhaha de fond. Ils disposent également de micros feed-back (intérieurs) qui écoutent ce qui se passe dans votre canal auditif. Ils vérifient en temps réel si l’ANC a bien fait son travail et corrigent les erreurs résiduelles.
Enfin, le haut-parleur (Dynamic Driver X Gen 2) a également été revu. D’un diamètre de 8,4 mm, il utilise une architecture composite.

Et une fois dans les oreilles ? la signature Sony sublimée
Sur le terrain de l’acoustique, Sony conserve sa philosophie « plaisir », avec une maîtrise technique accrue grâce à la nouvelle chaîne de traitement. Dès les premières notes, la filiation avec la gamme 1000X est évidente : le son est chaleureux, engageant, avec une assise basse solide. Cependant, le nouveau Dynamic Driver X Gen 2 et le traitement 32 bits apportent une nuance audible dans la précision.

On retrouve des graves profonds, caractéristiques de la marque, mais ces basses fréquences gagnent en rapidité. Là où les précédents modèles pouvaient parfois « traîner » sur des morceaux complexes, les XM6 font preuve de plus d’autorité remarquable. Les impacts sont nets, sans empiéter sur le reste du spectre. Concernant les médiums et voix, souvent délicat à gérer pour des écouteurs « basseux », Sony a réussi son équilibre. Les voix se détachent avec une clarté naturelle, probablement aidées par la rigidité du dôme du nouveau haut-parleur. En ce qui concerne les aigus, l’extension dans les hautes fréquences semble plus filée, offrant une scène sonore plus aérée qu’auparavant.
Les audiophiles apprécieront le maintien du codec LDAC, qui permet un débit jusqu’à 990 kbps pour l’écoute Hi-Res Audio Wireless. Pour les sources plus compressées (streaming standard), le DSEE Extreme continue de faire des merveilles en upscalant les fichiers en temps réel. L’apport du nouveau processeur V2 en 32 bits se fait sentir sur la dynamique générale : même à bas volume, le son garde du corps et du détail.
Côté connectivité, Sony reste sur du Bluetooth 5.3 et mise sur une implémentation complète. Le support du LE Audio (Low Energy Audio) et du codec LC3 change la donne pour les joueurs mobiles et les consommateurs de vidéo. À l’usage, la latence devient quasi imperceptible dans les jeux compatibles, un point qui faisait souvent défaut aux générations précédentes en AAC ou LDAC. C’est fluide, réactif, et cela permet enfin d’envisager le jeu compétitif sur mobile sans passer par le filaire.
Réduction du bruit (ANC) : le silence 2.0
Sony annonce une amélioration de 25 % de la réduction de bruit, ce qui reste difficilement quantifiable. À l’usage, cette promesse se traduit par une « bulle » de silence plus cohérente.
Si les bruits sourds (moteurs, trains) étaient déjà parfaitement gommés par les XM5, les XM6 franchissent un cap sur les fréquences médiums et hautes. C’est là que le processeur QN3e et le 4ème micro entrent en jeu. Dans un open space ou un café bruyant, les conversations environnantes sont drastiquement reculées. Elles ne disparaissent pas totalement par magie, mais deviennent un murmure lointain et indistinct qui ne perturbe plus la concentration. C’est sans doute la meilleure atténuation des voix que nous ayons testée sur des intras à ce jour.
L’optimiseur de réduction de bruit ne se contente plus de changer de mode en fonction de votre activité (marche/arrêt). Il analyse désormais en temps réel les micro-fuites d’air entre l’embout et votre canal auditif. Concrètement, si vous bougez la mâchoire ou tournez la tête, l’ANC compense immédiatement la variation de pression.
Fonctionnalités, vie quotidienne et application
La qualité d’appel a souvent été le talon d’Achille des écouteurs True Wireless. Sony déploie ici l’artillerie lourde : une fusion entre les micros à formation de faisceaux et des capteurs à conduction osseuse. En environnement bruyant, les capteurs osseux détectent les vibrations de votre voix directement via votre crâne, ce qui permet à l’algorithme IA de dissocier parfaitement votre parole du bruit ambiant. Le résultat est une voix claire, parfois légèrement traitée numériquement, mais toujours intelligible, même en plein vent.
L’application Sony Sound Connect : le centre de commande
Le compagnon indispensable des XM6 a changé de nom (anciennement Headphones Connect), mais Sony | Sound Connect reste une référence absolue du marché en termes de fonctionnalités.
Contrairement à la concurrence qui se limite souvent à des préréglages, Sony offre un contrôle important sur la signature sonore avec un égaliseur 10 bandes. Pour ceux que les réglages manuels intimident, la fonction « Find Your Equalizer » simplifie la personnalisation via un test comparatif intuitif. Elle vous fait écouter différentes versions d’un morceau pour déterminer votre profil sonore idéal, un peu comme un test ophtalmologique (« mieux 1 ou mieux 2 ? »).
Enfin, l’application surveille la pression acoustique en temps réel et la compare aux recommandations de l’OMS, vous alertant si votre volume d’écoute met vos tympans en danger sur la durée.
Les Sony WF-1000 XM6 proposent aussi une intégration native de Gemini Live. Cette fonctionnalité fluidifie les interactions avec l’assistant de Google : une simple commande lance une conversation naturelle et suivie, sans qu’il soit nécessaire de répéter le mot-clé à chaque phrase. Côté connectivité, les XM6 assurent leurs arrières pour l’avenir grâce au Bluetooth 5.3 et à la compatibilité Auracast, qui permettra bientôt de capter les flux audio publics, comme ceux des téléviseurs dans les bars ou les annonces en gare. Enfin, au quotidien, le Multipoint gère sans le moindre accroc la connexion simultanée entre deux appareils, basculant automatiquement la priorité vers votre smartphone en cas d’appel entrant.
Notons également la présence d’une fonction appelée Musique de Fond qui simule une ambiance lointaine, telle que la musique de fond dans un café ou un salon. Si elle peut sembler gadget au premier abord, elle se révèle finalement très pratique pour rester concentré sur son travail tout en conservant ses écouteurs sur les oreilles.
Autonomie et recharge : des performances solides
Sony annonce 8 heures d’écoute avec ANC activé, et jusqu’à 24 heures au total avec le boîtier. C’est, peu ou prou, les résultats que nous avons obtenus durant notre test avec environ 8 heures d’autonomie réduction de bruit activée et un peu moins de 12h sans ANC. La performance est solide et place les XM6 dans la bonne moyenne du marché, sans toutefois battre des records.

La charge rapide est toujours aussi efficace : 3 minutes dans le boîtier offrent environ 60 minutes de lecture, ce qui sauve la mise en cas d’oubli.
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