En quelques jours, trois câbles sous-marins ont été sectionnés en mer Baltique. Deux navires ont été identifiés comme étant potentiellement à l’origine des incidents, dont un cargo chargé d’acier russe. Les autorités redoutent une opération de sabotage en provenance de la Russie.
Les sabotages de câbles sous-marins de communication par fibre optique se multiplient dans la mer Baltique. Ces derniers jours ont en effet été marqués par la destruction successive de plusieurs câbles chargés d’acheminer le trafic Internet et les télécommunications à travers le monde.
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Trois câbles sous-marins sectionnés en quelques jours
Le premier incident est survenu le 30 décembre 2025, entre l’Estonie et la Suède. Deux sections du câble ont été endommagées et le trafic Internet a été réorienté. De facto, il n’y a pas eu la moindre coupure de réseau. L’incident est rapidement considéré comme « suspect » par les gouvernements estonien et suédois. Les dégâts sont apparus alors qu’aucune activité sismique n’a été enregistrée.
Quelques heures plus tard, le 31 décembre 2025, un deuxième câble est coupé dans le golfe de Finlande. Tôt le matin, Elisa, un grand opérateur télécom finlandais, détecte une « perturbation » sur un câble de données reliant Helsinki à Tallinn. Le câble, considéré comme une infrastructure critique par la Finlande, est sévèrement endommagé. Néanmoins, le trafic est rapidement rerouté via d’autres liaisons, ce qui a évité une panne d’Internet. La « panne n’affecte pas les utilisateurs, mais elle augmente la vulnérabilité du système », explique Anders Wallinder, responsable préparation et sécurité à l’autorité suédoise des postes et télécoms.
Enfin, un troisième câble a été sectionné le vendredi 2 janvier 2026 entre la Lituanie et la Lettonie. Long d’environ 97 km, le câble de télécommunications se situe dans les eaux lettonnes de la mer Baltique. L’opérateur télécom suédois Arelion indique que le câble, posé depuis 1995, est « entièrement sectionné », mais que le trafic a été rerouté, évitant là encore une panne de réseau. Le groupe suédois lie ce troisième incident aux deux autres accidents survenus.
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La piste d’une opération de sabotage russe
Dans le cadre de leurs investigations, les autorités ont pu remonter jusqu’à un navire venu d’un port russe. Suite au sabotage du 31 décembre au large de la Finlande, les garde-côtes et la police finlandaise ont épinglé le navire Fitburg, un cargo parti de Saint‑Pétersbourg quelques jours plus tôt. Les radars et données maritimes montrent que le Fitburg se trouvait exactement sur la trajectoire du câble au moment de la rupture. Le navire pointé du doigt, et bloqué par les autorités dans un port finlandais, n’est pas officiellement sous pavillon russe, mais il part d’un port russe, et transporte de l’acier russe illégalement. Le cargo viole en effet les sanctions européennes à l’encontre de la Russie.
Le navire est suspecté d’avoir sciemment fait traîner son ancre dans les fonds marins sur des dizaines de kilomètres pour tout détruire sur son passage. Quand les garde‑côtes finlandais l’interceptent dans la zone économique finlandaise, son ancre et sa chaîne sont d’ailleurs encore dans l’eau. L’équipage, composé de Russes, de Géorgiens, de Kazakhs, et d’Azerbaïdjanais, est soupçonné de « dommages criminels aggravés, tentative de dommages criminels aggravés et entrave aggravée aux télécommunications ». L’enquête vise à déterminer si l’opération était intentionnelle. Il est jugé peu probable qu’un navire puisse se déplacer sur une longue distance en traînant son ancre sans s’en apercevoir.
En parallèle, les autorités lituaniennes et lettones enquêtent sur l’incident du 2 janvier. Les données de surveillance maritime montrent qu’au moins quatre navires ont croisé la route du câble ce jour‑là. L’un d’eux a changé de cap pour passer d’abord sur un câble inactif, puis sur le câble actif, juste avant l’incident. Les enquêteurs ont donc interpellé le navire suspect qui aurait pu endommager le câble. Là encore, le navire est suspecté d’avoir laissé traîner son ancre sur plusieurs kilomètres dans le but de détruire le câble. La Lettonie indique ne pas encore être en mesure de confirmer la culpabilité du navire à ce stade. Aux dernières nouvelles, les enquêteurs interrogent l’équipage du navire, qui évoluait dans le secteur des câbles au moment des faits.
Une guerre hybride menée par la Russie
Sans surprise, tous les regards se tournent vers la Russie, soupçonnée de mener une guerre hybride contre l’Occident. Depuis le début de la guerre en Ukraine, Moscou chercherait à affaiblir durablement l’Europe et l’OTAN, sans provoquer une confrontation militaire directe avec les pays occidentaux. La Russie opterait pour des offensives discrètes, mêlant sabotage, incursions de drones, cyberattaques et désinformation. Pour la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, cette « guerre hybride » menée par la Russie est « quelque chose de nouveau et de dangereux » qui nécessite une réponse ferme de la part de l’Occident.
Ce n’est pas la première fois qu’une série de sabotages vise les câbles enterrés sous la mer Baltique. Fin de l’année 2024, deux câbles ont été sectionnés à quelques jours d’intervalle. Bien vite, l’enquête a démontré qu’il s’agissait d’une opération de sabotage. Les forces de l’ordre sont vite remontées jusqu’à un navire d’origine chinoise, qui est passé par la Russie un peu avant les faits. Depuis 2023, au moins dix câbles sous‑marins en mer Baltique ont été coupés ou endommagés.
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Source :
Euronews