La Xiaomi SU7, « sucette » pour les intimes, est l’une des voitures électriques qui fait le plus parler depuis des mois. Bien des paroles chez des observateurs, mais assez peu d’actes du côté du constructeur puisque Xiaomi ne l’a toujours pas commercialisée hors de Chine.
Cette sortie dans nos contrées devrait finalement intervenir l’année prochaine, en 2027, mais Xiaomi ne précise pas si sa berline électrique (ou tout autre nouveau modèle comme son SUV YU7 par exemple) sera lancée chez nous, en France.
Toute cette attente, ça fait beaucoup pour nos petits cœurs. Nous avons donc saisi l’opportunité d’un voyage en Chine pour tester cette fameuse SU7 et voir de nos yeux ce que Xiaomi avait à dire sur la voiture électrique.
Ce premier modèle ressemble-t-il aux premiers smartphones de la marque (des composants de premier choix, mais un design et une qualité de fabrication douteuse) ? Ou, à l’inverse, Xiaomi a-t-il décidé de montrer son meilleur visage dès le coup d’essai ?
C’est pour en avoir le cœur net, mais aussi pour vérifier de nos propres yeux les ambitions réelles de Xiaomi sur le marché de l’automobile que nous avons pris le volant de la SU7 pour une longue virée dans les environs de Shanghai.
Sur le papier, un monstre de technologie
Notre modèle d’essai est une Xiaomi SU7 Max, le modèle original lancé en 2024 en Chine et qui, sans être la plus puissante de la gamme (cette place est dévolue à l’Ultra) est sans doute celle qui focalise l’attention de ceux qui envisagent un jour de rouler en Xiaomi.
Et pour cause, sur le papier elle a de quoi rivaliser avec une Tesla Model 3 Performance. Ses 673 chevaux et ses 838 Nm de couple promettent un 0 à 100 km/h en 2,7 secondes seulement (nous y reviendrons). La vitesse de pointe, elle, bute à 265 km/h, soit deux fois plus que la vitesse autorisée sur l’autoroute.

Quant à la batterie, sur ce modèle, Xiaomi opte pour un bloc CTB (Cell to Body) de 73,6 kWh pour une autonomie estimée de 600 km. À noter qu’il existe également une version dotée d’une pile de 101 kWh qui offre un rayon d’action théorique de 830 km.
Enfin, un mot du prix. En Chine, notre modèle se négocie autour de 300 000 yuans, soit environ 40 000 euros. Il sera intéressant de voir à quel tarif cette SU7 pourrait être affichée en France.

1 design, de nombreuses inspirations
Voilà maintenant trois ans que Xiaomi a annoncé sa voiture, deux ans qu’il la commercialise et le design de la SU7 est toujours sujet à débat. Pour les non-initiés, c’est une formalité : l’esthétique de la berline est une franche réussite. Mais pour les suiveurs de l’automobile et autres experts ès spoiler arrière, il y a bien polémique.

Celle-ci peut se résumer de manière très simple : peut-on applaudir des deux mains un design qui consiste à reprendre et à coller entre elles de bonnes idées aperçues un peu partout ailleurs. Car, il faut bien leur concéder à ces coupeurs de cheveux en quatre, la SU7 c’est tout de même un peu ça.
Son design est plutôt réussi, mais assez peu original et ce manque de choix forts abouti à une absence relative de personnalité. On retrouve si ce n’est l’inspiration, au moins un hommage appuyé à quelques célèbres bolides qu’ils soient signés Porsche (sur la partie arrière, McLaren sur les optiques, ou Lotus sur les bas de caisse).
Quant à l’aileron rétractable, Mercedes a sans doute apprécié là aussi un clin d’oeil plus qu’appuyé à son AMG GT.

Pourtant, sans avoir sa propre ligne de conduite en matière esthétique, Xiaomi parvient à faire un ensemble qui se tient, même s’il manque quelque peu de cohérence par moments. Et pour le commun des mortels, le message est clair : la SU7 est une berline stylée, sportive assumée qui ne veut pas non plus trop en mettre dans la vue… enfin tant qu’on évite de parler de sa finition Ultra qui elle penche clairement du côté des GT.
Nous vous laisserons donc juges du design de la berline de Xiaomi. Pour notre part, il n’y a pas de faute de goût à déplorer et, à bien des égards, c’est l’une des voitures chinoises les plus européennes que nous avons pu approcher.

Nous aurions aussi aimé vous dire qu’on ne passe pas inaperçu en Xiaomi SU7, et ça sera probablement le cas lorsqu’elle roulera en France, mais en Chine et plus particulièrement dans une grande ville comme Shanghai rouler en Xiaomi n’a rien d’original et nous avons croisé une bonne dizaine de SU7 et autres YU7 sur notre trajet.
Qu’importe ! Pour nous pauvres français cela reste une première.
Un salon high-tech signé Xiaomi
Lorsqu’on évoque l’intérêt de certaines marques high-tech comme Dyson ou encore Apple pour la voiture, il est souvent question de ce que ces spécialistes des nouvelles technologies pourraient apporter dans l’habitacle. Ce fantasme de geek d’une Apple Car, c’est sans doute Xiaomi qui s’en rapproche le plus aujourd’hui. Soyons francs : nous avons pris une grande claque en montant à bord de la SU7.

Non, Xiaomi n’a pas imaginé l’intérieur d’un vaisseau spatial. Au contraire, à première vue la planche de bord et l’habitacle de sa berline seraient presque trop classiques.
Agréable, aéré, fait de matériaux de qualité. L’ensemble est articulé autour d’un superbe écran central de 16 pouces qui attire immédiatement l’œil, mais ce n’est pas lui qui nous interroge.
C’est assez surprenant pour être souligné, mais on compte une quantité non négligeable de boutons physiques. D’où vient notre étonnement ?

Tout simplement du fait qu’il y a deux grandes écoles actuellement dans le design intérieur des voitures. Un courant issu que l’on pourrait faire remonter à Tesla d’une part et qui vise à supprimer un maximum de boutons, quitte parfois à aller trop loin avant de faire marche arrière (les commodos pour les clignotants), d’une part. En face ?
Une école plus classique qui ne veut pas tout sacrifier à l’écran tactile. Et c’est tout de même étonnant de voir un Xiaomi, une marque on ne peut plus associée au smartphone et donc aux nouvelles téchnologies, ne pas faire disparaitre tous les boutons et en garder certains dont la présence est jugée comme essentielle.

Équipement haut de gamme et confort
Le reste de l’équipement est aux standards d’une voiture premium européenne avec des options telles que les sièges et le volant chauffant, ou encore la présence de ports USB-C en nombre.
Petite coquetterie signée Xiaomi, le chargeur à induction sous l’écran autorise une charge de 50 W et dispose de son propre système de refroidissement. La recharge rapide est un des mantras de Xiaomi, il est presque normal qu’elle soit transposée dans l’habitacle de sa première voiture.
Enfin côté audio, les 25 haut-parleurs se chargent de délivrer un son très enveloppant et particulièrement tourné vers les basses. Celui-ci s’accorde d’ailleurs avec l’ambiance lumineuse à bord pour un effet boite de nuit qui ne séduira pas tout le monde, mais qui a le mérite d’exister.
Si cette idée semble anecdotique, il en est d’autres qui s’avèrent bien plus percutantes dès le premier essai. Il en va ainsi de la gestion de l’audio dans l’habitacle. En effet, Xiaomi a profité de la présence d’un système audio complet et de son savoir-faire logiciel pour se distinguer.

Ainsi, lorsque la navigation se met en route ou lorsque le conducteur reçoit un appel, le son est principalement concentré sur les haut-parleurs intégrés dans son appui-tête. Le reste des occupants peut continuer à profiter de la musique tranquillement.
Enfin, que dire du silence à bord. Certes, il s’agit d’une voiture électrique et on ne s’attend pas à entendre autre chose que des bruits de roulage ou encore le vent à vive allure, mais ici Xiaomi ajoute un traitement ANC, c’est-à-dire de la réduction de bruit active, comme sur les casques antibruit. Le résultat est bluffant.
La nouvelle interface de référence
Mais là où Xiaomi met tout le monde d’accord, c’est sur l’interface, l’OS maison qui permet de profiter de l’écran et d’une tonne de petites fonctionnalités.

Ce n’est pas compliqué. Jusqu’ici il y avait Google et les autres, avec certaines marques chinoises, comme Xpeng qui parvenaient à tirer leur épingle du jeu. Il faudra désormais aussi compter avec Xiaomi sur cette partie tant son OS pour les voitures est fluide, intuitif et agréable à utiliser.
Certes, c’est plus facile de faire un bon OS de voiture quand on fait déjà du bon boulot avec l’interface des smartphones. Il n’en demeure pas moins que Hyper OS appliqué à la voiture est une interface claire, ultra fluide, simple d’utilisation et qui regorge de possibilités de personnalisation.

Malheureusement, au moment de ce test, nous n’avions pas de smartphone Xiaomi sous la main ce qui nous à empêché de tester une partie vraiment intéressante de l’interface : son interfaçage avec le smartphone du constructeur que ce soit sur le passage de l’un à l’autre ou encore la réplication de l’écran du téléphone sur celui de la voiture.
En conduite : une nouvelle claque
Xiaomi n’a pas lésiné sur la partie performance de son SU7. Il y a bien sûr ce qui était acté à la simple lecture de la fiche technique : l’accélération, la vitesse, la puissance. Mais il y a aussi le reste, ce qui fait que l’automobile ne se résume pas au nombre de chevaux sous le capot et ce qui à fait aussi que nombre de constructeurs chinois se sont cassés les dents.
Commençons par la puissance brute, la base de cette sportivité tant recherchée. Les 673 ch de la SU7 Max ne sont pas la pour faire de la figuration, ses 838 Nm de couple non plus.

Lorsqu’on active le « launch control », tiens tiens comme chez Porsche, on reste tout simplement collé dans son siège baquet. Il faut moins de 3 secondes pour se retrouver à 100 km/h et à peine plus pour voir son permis devenir un vieux souvenir… attention. Les accélérations sont franches, les dépassements un jeu d’enfant. Quant aux sorties de péage, même aux abords de Shanghai, elles se transforment en tour de manège pour le conducteur.
Quid de la tenue de route et des performances dynamiques. C’est une surprise selon nous, mais c’est là encore très sérieux de la part de Xiaomi. Ne nous emballons pas, nous ne sommes pas au niveau d’une Porsche Taycan sur la partie électrique, mais il ya tout de même du répondant, au moins autant que sur une Model 3 Performance.

Le transfert des masses semble maîtrisé, les freinages ne réservent pas de mauvaise surprise et la direction malgré un côté un peu caricature (façon jeu vidéo) finit par convaincre. C’est sans doute là le principal axe d’amélioration pour Xiaomi. Il manque à cette SU7 un poil de toucher de volant pour la rendre encore plus amusante à conduire qu’elle ne l’est. Mais même avec moins de feeling de conduite qu’une sportive classique, la berline de Xiaomi parvient une nouvelle fois à nous surprendre.
Du côté des aides à la conduite, c’est aussi très fourni, mais il faudra sans doute attendre une version européenne pour se faire une idée plus honnête des performances de Xiaomi en la matière.

D’une part parce que les conditions de notre essai ne nous ont pas permis de tester le mode de conduite autonome le plus poussé du véhicule, mais aussi parce que sur cet aspect, les véhicules peuvent évoluer en fonction de la législation en place ou des habitudes de conduite. Il n’est donc pas interdit de penser qu’en traversant les frontières les ADAS fassent l’objet de quelques ajustements pour mieux convenir aux conducteurs européens.
Bilan de l’essai :
À l’issue d’une journée complète à bord de la Xiaomi SU7, il serait sans doute précipité de prétendre avoir fait le tour complet du véhicule, se serait-ce que parce que les conditions de roulage, en Chine rappelons-le, n’étaient pas les mêmes que celles de nos essais plus classiques.
Mais aussi parce que nous n’avons pu avoir qu’un aperçu assez bref des capacités d’autonomie de la berline électrique. Une fois ces limites posées, il reste tout de même un sacré paquet d’évidences.
La première c’est que la SU7 n’est pas la meilleure voiture électrique du marché. Elle ne bat pas ses concurrentes à plates coutures, elle ne les domine pas. Elle n’est pas non plus le modèle le plus performant sur la route, ni celui qui offre la meilleure autonomie.

Ce que la SU7 est en revanche, c’est probablement la voiture qui offre le meilleur rapport performance/équipement/prix. Sur ces aspects elle est non seulement très au-dessus de la moyenne, mais elle ne présente quasiment pas de défaut. Esthétiquement attrayante, dotée d’un très belle autonomie et d’une puissance de feu elle s’offre en plus le luxe d’une conduite polyvalente et dynamique à la demande.
Ce niveau global, nous ne l’avions plus vu depuis la Porsche Taycan, et plus récemment, l’Audi A6 e-tron. La différence ? Il y en a deux. Le prix évidemment : la SU7 devrait couter deux à trois fois moins cher que ces deux glorieuses rivales. Mais il y a aussi l’histoire de marque : Porsche et Audi sont deux constructeurs centenaires. Xiaomi s’est lancé sur la voiture électrique il y a moins de 5 ans, la SU7 est son premier modèle.
C’est sans doute là la plus grande surprise à l’issue de notre essai. Comment Xiaomi est-il arrivé à un tel niveau dès sa première voiture. Et qu’est ce que ça veut dire pour la suite ?
Si le fabricant chinois démontre la même capacité à progresser qu’il l’a fait dans le smartphone, s’il parvient à maintenir des prix bas (ou équivalents à ceux de Tesla) et si ses capacités de production sont au niveau, Xiaomi pourrait bien devenir en très peu de temps un acteur de poids dans l’industrie automobile.
Bien entendu, d’autres paramètres entrent en jeu, politiques, économiques ou commerciaux, mais ce qui nous semble certain, c’est qu’avec la SU7, Xiaomi a fait la démonstration qu’il pouvait viser plus loin. Beaucoup plus loin.
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