Il y a des innovations qui changent le monde. La roue. L’imprimerie. Internet. Et puis il y a la Télécommande Kobo, cet objet de 30 euros qui existe pour vous éviter l’effort herculéen de toucher votre écran tactile. Quand je l’ai déballée, j’ai cru à une blague. Mais non. Kobo est parfaitement sérieux.
L’argument marketing est d’une simplicité déconcertante : « Tournez les pages sans effort. Restez plongé dans l’histoire. » Sans effort. Parce qu’effleurer un écran du bout du doigt, c’est visiblement trop demander au lecteur. Autre argument de poids : « Profitez de la liberté de lire les mains le long du corps ». Pardon, mais qui a toujours rêvé de lire les mains le long du corps ?
Une télécommande pour liseuse, sérieusement ?
La Télécommande Kobo mesure 9,96 cm de long, 3 cm de large et pèse 35,2 grammes. C’est un petit objet noir ou blanc, au design minimaliste, qui ressemble vaguement à une télécommande de portail de garage. Sauf qu’au lieu d’ouvrir votre garage, elle tourne les pages de votre livre numérique.

Sur le dessus, deux boutons : un grand pour avancer, un petit pour reculer. C’est d’une simplicité biblique. À l’arrière, un compartiment pour une pile AAA qui, d’après Kobo, tiendra « des mois ». Difficile de ne pas saluer cette prouesse : une télécommande qui fonctionne plusieurs mois avec une seule pile. Si seulement nos smartphones pouvaient en dire autant.

La télécommande se connecte en Bluetooth 5.0 avec une portée annoncée jusqu’à 20 mètres. Vingt mètres. Parce que vous allez régulièrement lire votre liseuse depuis l’autre bout de votre appartement, évidemment. L’appairage est simple : on maintient enfoncé le bouton dédié sur le haut de l’objet jusqu’à ce qu’une LED bleue clignote, on va dans les paramètres Bluetooth de sa liseuse, et hop, c’est jumelé. Quelques secondes, pas de code PIN à entrer, rien. Ça marche.

Kobo a même pensé à inclure une dragonne pour attacher la télécommande à votre poignet. Parce que perdre une télécommande de liseuse, ce serait le drame du siècle. Il faudrait se résoudre à nouveau à utiliser son doigt pour tourner les pages.

Ce qu’elle fait (et ce qu’elle ne fait pas)
Concrètement, la Télécommande Kobo fait exactement ce que son nom indique : elle tourne les pages. Clic sur le gros bouton, la page avance. Clic sur le petit, elle recule. C’est tout. Pas de réglage de luminosité, pas d’accès aux menus, pas de raccourci pour ouvrir votre bibliothèque. Juste tourner les pages. Pour 30 euros.
Elle fonctionne avec toutes les liseuses Kobo équipées de Bluetooth : Clara 2E, Clara BW, Libra 2, Libra Colour, Sage, Elipsa, Elipsa 2E et bien sûr la toute dernière Clara Colour que nous venons de tester. Donc si vous avez une vieille Kobo sans Bluetooth, désolé, vous devrez continuer à toucher votre écran comme un sauvage.
Pour les livres audio, la télécommande peut faire avancer ou reculer de 30 secondes. Mais impossible de changer de chapitre ou de mettre en pause proprement. C’est donc un accessoire pensé avant tout pour les ebooks, ce qui est logique mais limite son intérêt pour ceux qui alternent entre lecture et écoute.
La télécommande se met automatiquement en veille quand vous ne l’utilisez pas et se réveille d’une pression sur un bouton. Pratique. Le Bluetooth reste connecté, donc pas besoin de réappairer à chaque session. Ça, c’est bien pensé.
L’expérience : entre confort et absurdité
Je dois l’admettre : utiliser cette télécommande, c’est plutôt agréable. La courbure ergonomique à 20° fait qu’elle se loge naturellement dans la paume. Les boutons répondent bien, avec un petit clic satisfaisant. Et oui, pouvoir tourner les pages d’un simple clic sans bouger la main de son accoudoir, c’est confortable.

Le problème, c’est le contexte. Pour que cette télécommande ait un sens, il faut que votre liseuse soit posée quelque part, à distance. C’est là qu’intervient l’étui SleepCover à 30 euros supplémentaires, qui permet de maintenir la liseuse à la verticale grâce à un support intégré façon origami. Sans cet étui, la télécommande perd tout son intérêt : vous tenez de toute façon votre liseuse dans une main, autant toucher l’écran.
Donc récapitulons : pour utiliser cette télécommande dans des conditions optimales, il vous faut une liseuse Kobo compatible (minimum 150 euros), l’étui SleepCover (30 euros), et la télécommande elle-même (30 euros). Total : au moins 210 euros. Pour lire des livres numériques sans avoir à les tenir.

J’ai testé dans différentes situations. Sur le canapé avec la liseuse posée sur un accoudoir : plutôt sympa. Au lit avec la liseuse sur un coussin : pas mal. À table pendant le petit-déjeuner : efficace. Mais à chaque fois, une petite voix me murmurait : « Tu sais que tu pourrais juste toucher l’écran ? »
Le vrai problème : 60 euros d’accessoires pour éviter de tenir sa liseuse
Soyons honnêtes : la Télécommande Kobo n’est pas un mauvais produit. Elle fonctionne bien, l’appairage est simple, l’autonomie excellente, le design correct. Le problème n’est pas la qualité de l’objet, c’est son existence même.
Parce que fondamentalement, cette télécommande répond à un problème que personne n’avait : tourner les pages d’une liseuse tactile. Les boutons physiques de changement de page, OK, je comprends. Certains préfèrent ça au tactile, c’est légitime. D’ailleurs, la Kobo Libra Colour en possède. Mais une télécommande Bluetooth séparée qui nécessite un étui spécial pour avoir un semblant d’utilité ? C’est du sur-engineering.

Et puis il y a le prix. 30 euros pour la télécommande, 30 euros pour l’étui. 60 euros. Pour ce prix, vous pouvez acheter une quinzaine de livres de poche. Ou investir dans un support de lecture universel qui maintiendra n’importe quel livre ou liseuse et vous coûtera deux fois moins cher. Ou simplement… caler votre liseuse contre un coussin et continuer à toucher l’écran comme vous le faites depuis des années.

Kobo justifie ce produit par l’argument de l’immersion : « Restez plongé dans l’histoire, sans distractions. » Mais depuis quand tourner une page est une distraction ? Si votre immersion dans un livre dépend de votre capacité à ne pas bouger le pouce, le problème vient peut-être du livre, pas de la méthode de lecture.

Il y a un public pour ce produit, j’en suis convaincu. Les personnes avec des problèmes de mobilité des mains, par exemple, peuvent légitimement trouver cette télécommande utile. Mais pour le lecteur lambda, c’est un gadget sympathique mais parfaitement superflu.
Verdict : un gadget de luxe pour paresseux assumés
La Télécommande Kobo fonctionne. Elle fonctionne même bien. Mais elle incarne cette tendance moderne qui consiste à inventer des solutions à des problèmes inexistants. Toucher un écran tactile n’est pas un effort. Tenir une liseuse de 180 grammes n’est pas une torture. Et débourser 60 euros (télécommande + étui) pour éviter ces « contraintes » relève plus du caprice que du besoin.
Si vous roulez sur l’or et que l’idée de piloter votre liseuse comme votre téléviseur vous amuse, foncez. Vous aurez un accessoire de qualité qui fera son job. Si vous êtes un lecteur normal avec un budget limité, économisez ces 60 euros et achetez plutôt des livres. Ou un coussin confortable. Ou un support de lecture à 15 euros. Parce qu’au final, la vraie question n’est pas « Est-ce que ça marche ? » mais « Est-ce que j’en ai vraiment besoin ? » Et sauf cas très spécifique, la réponse est non.
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