Dans les rues foisonnantes et hyperconnectées de Shenzhen, j’ai tenté l’expérience singulière de commander un taxi sans l’ombre d’un chauffeur au volant. Une incursion au cœur du futur imminent de la mobilité urbaine, intégralement orchestrée par l’intelligence artificielle et truffée de capteurs de pointe.
L’aventure commence sur l’application dédiée PonyPilot+, et plus précisément sur Alipay. À l’instar de WeChat, AliPay est un incontournable pour payer en Chine et accéder à une multitude de services, dont des solutions pour se déplacer comme Didi (Uber en Chine) ou Pony.AI. J’ai jeté mon dévolu sur cette dernière pour réaliser mon trajet à bord d’un taxi sans chauffeur, non sans une certaine appréhension. Car oui, le premier choc est bien de voir débarquer une voiture autonome sans aucun humain dans les parages.
Une commande intuitive pour une course pas comme les autres
Tout se passe depuis le smartphone et c’est d’un simple glissement de doigt que j’ai pu réserver mon trajet d’un peu plus de cinq kilomètres. Pour une première, et un peu par crainte que l’expérience ne se passe pas totalement comme prévu, j’ai volontairement choisi de faire un trajet plutôt court. L’application est intégralement en chinois et il faut composer avec la traduction littérale d’Alipay, ce qui demande un petit temps d’adaptation. Cela reste toutefois plutôt simple à comprendre et assez proche des applications de VTC et de taxis occidentaux. Nous voilà donc prêts à « appeler Petit Cheval » (« Call Pony » dans la langue de Shakespeare).
Le système m’annonce un délai d’attente de cinq minutes avant l’arrivée de la navette. Très vite, un élégant SUV blanc à quatre places, un modèle BAIC ARCFOX T5 surmonté de lidars et de caméras profilées, glisse silencieusement jusqu’à ma position exacte. Fait troublant pour un usager européen habitué aux taxis traditionnels, les poignées extérieures du véhicule restent verrouillées. C’est à moi de déclencher virtuellement l’ouverture des portes arrière directement depuis mon smartphone via un bouton de déverrouillage Bluetooth pour pouvoir y pénétrer et m’installer.

Rigueur sécuritaire et habitacle fantôme
À l’intérieur, l’habitacle se révèle vaste, climatisé… et terriblement vide à l’avant. L’absence totale d’agent de sécurité ou de conducteur humain crée une atmosphère inédite, même si nous ne sommes pas complètement à l’abandon. Comme à peu près partout en Chine, nous sommes néanmoins placés sous la surveillance continue d’une caméra reliée à un centre de contrôle. Cela peut aussi permettre à un opérateur humain de rassurer le passager et, en cas d’urgence, d’ordonner au véhicule de se garer en sécurité, sans pour autant piloter la voiture à distance en temps réel. Pony.AI assure faire confiance à son système et la machine reste l’unique pilote à bord.

Avant même que le moteur électrique ne démarre silencieusement, l’application exige mon approbation stricte d’un protocole de sécurité extrêmement rigoureux. Le port de la ceinture est évidemment impératif pour tous les passagers. Le règlement intérieur interdit aussi formellement de toucher aux équipements situés à l’avant, notamment le volant qui tourne dans le vide, ou de transporter la moindre matière dangereuse à bord. Une fois confortablement installé à l’arrière, un grand écran tactile m’offre le contrôle absolu sur mon environnement.

Je peux ainsi gérer la température de la climatisation, changer la musique, visualiser le trajet en trois dimensions, ou joindre un centre d’assistance en cas de besoin. L’ordinateur de bord s’adresse alors directement à moi via une annonce vocale bilingue en anglais et en mandarin pour officialiser le départ de la course.
La machine prend le relais sur l’asphalte
Le silence initial se fait briser par le léger bourdonnement du moteur et le véhicule s’insère dans le trafic dense avec une fluidité déconcertante qui perdurera tout au long du trajet. L’appréhension des premières minutes laisse incroyablement vite place à un profond sentiment de sécurité à bord. Les arrêts aux feux tricolores, les dépassements et les freinages s’enchaînent avec une maîtrise mécanique impeccable.
La véritable épreuve de force survient vers la fin du parcours lorsque de véritables taxis conduits par des humains s’insèrent brusquement juste devant notre capot. L’intelligence artificielle anticipe le danger instantanément et adapte sa vitesse sans la moindre secousse ni à-coup, démontrant une vigilance que les écrans du tableau de bord modélisent en temps réel pour rassurer les passagers.
Une arrivée en douceur et un prix compétitif
Seize minutes plus tard, après une navigation urbaine d’une grande fiabilité, le véhicule amorce doucement sa manœuvre finale de stationnement. Une ultime alerte vocale avertit le passager que le SUV se gare et demande de ne surtout pas ouvrir les portières avant l’arrêt complet du moteur. L’expérience technique bluffante s’achève sur une surprise économique de taille puisque cette course avant-gardiste s’affiche au tarif très abordable de 14,9 yuans, soit 1,82 euros. Le montant exact est prélevé instantanément sur mon portefeuille numérique intégré à l’application.
En descendant du SUV blanc au milieu du trafic de cette mégapole chinoise qu’est Shenzhen, la seule pensée qui m’a traversé l’esprit, c’est que je n’avais à aucun moment eu envie de reprendre le contrôle.
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