C’est l’étape suivante du plan de restructuration d’Altice France, la maison mère de SFR. Plombé par un endettement abyssal de 24,8 milliards d’euros, le groupe de télécoms est parvenu, fin février, à un accord avec ses principaux créanciers.
Ces derniers acceptent d’effacer 6 milliards d’euros de dettes en échange de la cession de 45 % du capital de SFR.
Altice Media accorde, par ailleurs, une prime en cash de deux milliards d’euros à ses créanciers. Elle sera prélevée sur les ventes d’Altice Media (BFM TV, RMC…) à CMA CGM, d’une partie de ses centres de données au fonds de la banque américaine Morgan Stanley ou des 50 % du capital de La Poste Mobile vendu à Bouygues Telecom.
XpFibre sur la sellette
Le groupe de Patrick Drahi s’apprêtait encore à faire des sacrifices. Alors que le dette a été ramenée à 15,5 milliards d’euros suite au deal conclu avec les débiteurs, Altice France s’est engagé à poursuivre son désendettement pour atteindre 13 milliards d’euros.
Selon les informations de BFM Business, SFR en envisagerait pour cela de vendre son réseau de fibre optique, XpFibre.
En 2019, Altice avait déjà cédé 49,99 % de cette filiale pour 1,8 milliard d’euros à un consortium d’investisseurs composé des assureurs AXA et Allianz et du fonds canadien OMERs Infrastucture. A l’automne, Altice évoquait une valorisation comprise entre 5 et 6 milliards d’euros.
Plus de 7 millions de prises déployées
Anciennement connu sous le nom de SFR FTTH, XpFibre se présente comme le premier opérateur d’infrastructures indépendant de fibre optique en France avec plus de 7 millions de prises déployées couvrant 6 700 communes.
Présent sur tout le territoire, on retrouve XpFibre dans 24 Réseaux d’Initiative Publique (RIP), initiés par les collectives locales. Et dans cinq des dix zones dites AMEL (Appel à Manifestation d’Engagements Locaux) où les opérateurs se sont engagés sur des calendriers de déploiement s’échelonnant jusqu’à fin 2025.
Par ailleurs, XpFibre est engagé avec Orange dans la zone AMII (Appel à Manifestation d’Intention d’Investissement) qui regroupe 3 600 communes. L’objectif était de rendre 100 % des locaux raccordables ou raccordables sur demande originellement d’ici fin 2022. Ce qui n’est toujours pas le cas. Sur ces reprises de réseaux, XpFibre gère un patrimoine de 2,6 millions de prises.
L’américain KKR ou le français Ardian
Plusieurs fonds d’investissement s’intéresseraient au réseau de fibre optique de SFR. BFM Business cite les américains KKR et GIP, le français Ardian (ex AXA Private Equity) et le canadien CDPQ. Les offres sont attendues pour cet été et porteraient sur la vente de 100% de XpFibre.
KKR ferait figure de favori. Le fonds américain s’est emparé, fin 2023, du réseau fixe de Telecom Italia pour 18,8 milliards d’euros à la barbe de Vivendi, principal actionnaire de l’opérateur italien.
A noter que Xavier Niel, patron fondateur de Free et grand rival de Parick Drahi, est administrateur de KKR depuis 2018.
La carte du patriotisme économique ?
En association avec un autre fonds d’investissement, le français Ardian pourrait jouer la carte du patriotisme économique en mettant en avant les contrats passés par XpFibre avec les collectivités locales ou SFR Business avec le ministère des Armées.
Il pourrait aussi y avoir un point d’affect au moment de passer le deal. Comme le rappelle BFM Business, Patrick Drahi considère ce réseau de fibre optique comme son joyau, « symbole de ses débuts dans le câble ».
Alors que se profile la fin du déploiement de la fibre optique et des investissements associés, XpFire fait aussi figure de « machine à cash ».