La facture pourrait être historique. Un procès vient de s’ouvrir à Londres contre le titan du jeu vidéo, Sony, mis en cause pour une stratégie commerciale jugée anticoncurrentielle. Au cœur du débat : le fonctionnement de sa boutique en ligne, le PlayStation Store. L’action collective, portée par la spécialiste des droits des consommateurs Alex Neill, soutient que depuis près de dix ans, l’entreprise japonaise a créé un écosystème fermé où les joueurs, une fois la console achetée, n’ont d’autre choix que de passer par sa plateforme pour acheter des jeux digitaux, et ce, à des prix jugés prohibitifs.
Pourquoi le PlayStation Store est-il qualifié de prison dorée ?
L’accusation est simple : en détenant le monopole absolu de la distribution numérique sur sa propre console, Sony s’arrogerait le droit de fixer les règles sans aucune concurrence. Le principal grief concerne la commission de 30% prélevée sur chaque transaction, qu’il s’agisse de l’achat d’un jeu complet comme God of War ou d’un simple contenu additionnel (DLC). Les plaignants pointent un exemple frappant : le jeu Assassin’s Creed Shadows est vendu près de 70 livres sur le Store, soit le double de son prix en version physique chez certains revendeurs. Un paradoxe total quand on sait que le numérique est censé réduire les coûts.
Cette situation est le symptôme d’un abus de position dominante caractérisé, selon les avocats des joueurs. Une fois qu’un consommateur a investi dans une Playstation, particulièrement la version « Digital Edition » sans lecteur de disque, il se retrouve totalement captif. Impossible de chercher de meilleures offres ailleurs. Cette absence de compétition crée une asphyxie du marché et gonfle artificiellement les prix, au détriment unique du consommateur.
Comment la défense de Sony tente-t-elle de justifier ses prix ?
Face au mur, Sony adopte une vision d’ensemble pour sa défense. Son argumentaire, transmis à la presse, soutient que si l’on considère l’écosystème global, c’est-à-dire le prix de la console combiné à celui des jeux, la rentabilité du système PlayStation est loin d’être « excessive ». Une ligne de défense qui peine à convaincre.
L’entreprise affirme également que les tarifs pratiqués sur sa plateforme sont comparables à ceux des autres plateformes et similaires aux prix des versions physiques sur disque. Selon elle, si ce n’était pas le cas, les joueurs et les éditeurs se détourneraient tout simplement de son univers. Un raisonnement qui omet volontairement le caractère captif de sa clientèle une fois la console installée dans le salon.
Quelles pourraient être les conséquences si Sony perdait ce procès ?
L’enjeu dépasse largement la simple amende, même si celle-ci s’annonce vertigineuse. Si la justice britannique donne raison aux 12,2 millions de plaignants, les conséquences seraient sismiques pour l’industrie. Au-delà du chèque de 2,3 milliards d’euros, Sony pourrait être contraint d’ouvrir sa plateforme à des magasins d’applications tiers, brisant ainsi son monopole sur la vente de jeux numériques. Une véritable révolution.
Ce combat s’inscrit dans une tendance mondiale de remise en question des « jardins fermés » des géants de la tech, comme l’ont montré les procès retentissants contre Apple pour son App Store ou Google pour le Play Store. D’autres actions similaires contre Sony sont d’ailleurs en cours au Portugal ou en Australie. C’est donc bien un modèle économique mondial qui est aujourd’hui sur le banc des accusés, et le verdict pourrait redessiner les contours de la distribution de jeux vidéo pour la décennie à venir.
Foire Aux Questions (FAQ)
Combien de joueurs sont concernés par cette action en justice ?
L’action collective a été déposée au nom de 12,2 millions de personnes au Royaume-Uni. Il s’agit d’une procédure « opt-out », ce qui signifie que tous les clients potentiellement lésés sont inclus par défaut, à moins qu’ils ne choisissent activement de s’en retirer.
Cette affaire contre Sony est-elle un cas unique ?
Non, absolument pas. D’autres géants de la tech ont fait face à des accusations similaires. Apple a perdu un procès à Londres pour les commissions de son App Store, et Epic Games (l’éditeur de Fortnite) a remporté une victoire judiciaire contre Google pour les pratiques de son Google Play Store. Sony fait également face à des poursuites dans d’autres pays.

