Le monde du cinéma dénonce un « pillage en règle » de l’IA « ici et maintenant »

Le monde du cinéma dénonce un « pillage en règle » de l'IA « ici et maintenant »



Une duplication de la voix et de l’image pour 250 euros, des clonages de voix sans autorisation… 4 000 comédiens demandent de toute urgence la création « d’un cadre juridique pour que l’IA puisse coexister avec le travail des artistes et le respect des droits d’auteur et droits voisins », dans une tribune publiée dans Le Parisien.

Les comédiens seront-ils bientôt remplacés par les outils d’IA qui se chargeront de les mettre en scène ? En amont de la 51ᵉ cérémonie des César qui aura lieu ce jeudi 26 février, 4 000 comédiens dont Léa Drucker, Karine Viard et José Garcia appellent dans une tribune « l’ensemble de la classe politique » à réagir. Dans un texte publié samedi 21 février dans les colonnes du Parisien, ces derniers dénoncent un « pillage en règle » de l’IA, « ici et maintenant. C’est insupportable et cela se passe sous nos yeux. Et ce sont parfois des centaines d’artistes, moins établis, qui n’ont souvent pas les moyens de refuser un contrat, qui cèdent leurs droits pour l’IA, malgré les risques pour leur image et leur avenir ».

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Alors que la semaine dernière, une vidéo générée par IA montrant un combat entre Tom Cruise et Brad Pitt a suscité la controverse outre-Atlantique, les comédiens dénoncent dans l’Hexagone des demandes de plus en plus nombreuses des sociétés d’IA qui souhaitent dupliquer les voix et leurs images pour parfois presque rien. « Encore récemment, un comédien s’est vu proposer un contrat d’utilisation de son image par l’IA pour la création du nouveau spot publicitaire d’un grand groupe français en remplacement pur et simple de deux jours de tournage. Un pacte faustien… Rémunéré 250 euros ! », dénoncent-ils dans la tribune.

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Un clonage de voix sans autorisation « qui devient légion »

Or, « ce sont parfois des centaines d’artistes, moins établis, qui n’ont souvent pas les moyens de refuser un contrat, qui cèdent leurs droits pour l’IA, malgré les risques pour leur image et leur avenir », ajoutent-ils. Quant au clonage de voix sans autorisation, dénoncé depuis 2023 par l’association Les Voix qui regroupe des centaines de comédiens de voix off ou de doublage, il « devient légion. Encore récemment des plaintes ont été déposées », regrettent les auteurs de la tribune. Françoise Cadol, la voix française de Lara Croft, a par exemple découvert que sa voix avait été utilisée par l’éditeur du jeu vidéo, Aspyr Media, sans rémunération et sans qu’elle en soit prévenue.

Les comédiens demandent de toute urgence la création « d’un cadre juridique pour que l’IA puisse coexister avec le travail des artistes et le respect des droits d’auteur et droits voisins ». Si certains parlementaires se sont saisis du sujet, comme les sénateurs Catherine Morin-Desailly (Union centriste) et Pierre Ouzoulias (CRCE-K) qui ont présenté une proposition de loi en décembre pour « restaurer l’effectivité des droits » des créateurs, c’est désormais « l’ensemble de la classe politique » qui est invité « à se saisir rapidement de l’enjeu du respect des droits des artistes face à cette innovation dérégulée ».

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L’image et la voix aussi protégées après la mort

Il faut « aujourd’hui et en urgence une réglementation ambitieuse permettant à la France de prendre ce virage numérique sans rien sacrifier ni de son patrimoine culturel ni des artistes-interprètes qui l’incarnent », estiment les signataires de la tribune. Le texte a été rédigé sous l’impulsion de l’Adami, la société civile pour l’administration des droits des artistes et musiciens interprètes. Elizabeth Le Hot, qui en est la directrice générale, estime aussi, interrogée par Le Parisien, que l’image et la voix des comédiens doivent aussi être protégées après leur mort.

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Comme le réclamaient déjà en 2023 les comédiens du doublage, un avertissement clair doit prévenir les internautes ou les spectateurs que les images ou les voix ont bien été créées avec l’aide de l’intelligence artificielle, avant la diffusion de la vidéo, plaide-t-elle. Trois ans plus tôt, Patrick Kuban, qui prête sa voix à des publicités, des documentaires, des livres audio et des films, prévenait déjà qu’il y aurait « un effet boule de neige ». Après les comédiens de doublage en première ligne dans le pillage de l’IA, « vous aurez bientôt la même chose sur l’image », nous expliquait-il. « Demain, on va pouvoir prendre le jeu d’un comédien, et on va pouvoir entraîner les IA sur n’importe quel comédien. Ce seront les prochains à être pillés de leur travail… si rien n’est fait ». 

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