Après Bruxelles et ses 180 millions d’euros, la filiale cloud d’Iliad empoche le contrat le plus sensible de la tech française. Microsoft Azure perd la partie après sept ans de polémique.
Le feuilleton aura duré presque aussi longtemps qu’un mandat présidentiel. Ce mercredi 23 avril, la Plateforme des données de santé (PDS, ex-Health Data Hub) a officialisé le choix de Scaleway pour héberger sa plateforme technologique. Concrètement, les données de remboursement de l’Assurance maladie et d’autres bases médicales vont quitter Microsoft Azure.
Pourquoi Microsoft n’a jamais convaincu
Dès 2019, le choix de Microsoft Azure avait provoqué un tollé. Les lois américaines (CLOUD Act, FISA) autorisent l’administration à exiger des entreprises américaines l’accès aux données qu’elles hébergent, où que ce soit dans le monde. La CNIL n’avait d’ailleurs jamais donné son feu vert pour un transfert global de toutes les données du SNDS vers la plateforme. Plusieurs recours ont été déposés devant le Conseil d’État par des acteurs du cloud français et des associations. Tous ont été rejetés sur la forme, mais le malaise persistait.
En février 2026, le gouvernement a fini par annoncer son intention de retirer l’hébergement à Microsoft avant la fin de l’année. La suite s’est jouée en deux mois et demi de sélection. La PDS a évalué les candidats du marché « Nuage public » de l’UGAP sur la base de plus de 350 exigences techniques. Elle a bénéficié de l’appui de la DINUM, d’Inria et du ministère de la Santé. Scaleway est sorti en tête sur les critères de sécurité, de montée en charge et de résilience.
Scaleway enchaîne, mais la qualification SecNumCloud se fait attendre
Côté Scaleway, les contrats s’enchaînent à un rythme inédit. Le 17 avril, six jours avant cette annonce, la Commission européenne retenait la filiale d’Iliad parmi les quatre fournisseurs de son programme Cloud III. Montant du marché : 180 millions d’euros sur six ans. Le groupe de Xavier Niel s’impose comme l’alternative européenne face aux hyperscalers américains. Damien Lucas, directeur général de Scaleway, ne s’en cache pas : « Une alternative européenne crédible et compétitive existe. »
Reste un point en suspens (et pas des moindres). Scaleway ne détient pas encore la qualification SecNumCloud, le label de l’ANSSI qui garantit l’immunité face aux lois extraterritoriales. Le fournisseur a franchi le jalon « J0 » en janvier 2025, ce qui signifie que l’ANSSI a accepté son dossier et lancé l’instruction. L’objectif initial était une qualification fin 2025. En mars 2026, elle figurait toujours parmi les douze candidats en cours de processus. Le communiqué de la PDS ne mentionne d’ailleurs pas cette qualification. Il évoque des « options de sécurité nécessaires qui restent à construire » dans une logique de « partenariat ».
La migration complète de la copie du SNDS est prévue entre fin 2026 et début 2027. D’ici là, Hela Ghariani, nouvelle directrice de la PDS en poste depuis le 15 avril, devra transformer une victoire symbolique en garantie technique. Car si les données de santé des Français échappent enfin aux lois américaines, encore faut-il que le coffre-fort de remplacement ait reçu son homologation.
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Source :
Communiqué PDS