Le marché des consoles portables est une chasse gardée d’AMD. Intel compte bien y planter son drapeau, et sa meilleure arme n’est pas la puissance brute : c’est le bon vieux Windows et ses jeux multijoueurs.
Depuis le Steam Deck de Valve, en 2022, presque toutes les consoles portables PC carburent aux puces d’AMD. Un quasi-monopole que personne n’avait sérieusement bousculé. Intel avait bien tenté une percée en s’associant à MSI sur les Claw A1M puis 8 Ai+, mais le prix prohibitif et le manque de maturité des puces Intel sur ce segment d’APU basse consommation n’auront pas réussi à convaincre. Quelques jours avant l’ouverture du salon Computex, fin mai, l’écurie a dégainé sa famille Arc G3, dont une version musclée baptisée Arc G3 Extreme, taillée pour ces petites machines de jeu nomades. Premiers modèles attendus dès le mois de juin.
Une puce inédite, et déjà trois consoles à son bord
Premier piège à éviter : malgré son nom, l’Arc G3 n’est pas une carte graphique, mais bien un processeur complet (Intel a, pour la première fois, collé son label graphique « Arc » sur une puce entière). Gravée selon le procédé maison 18A et dérivée de l’architecture Panther Lake, elle aligne quatorze cœurs. La version Arc G3 Extreme embarque une partie graphique B390 à douze cœurs, là où l’Arc G3 standard se contente de dix. Le tout dans une enveloppe énergétique qui peut grimper jusqu’à 80 watts.
Surtout, Intel n’arrive pas les mains vides. Trois consoles équipées sont déjà de la partie : l’Acer Predator Atlas 8, la MSI Claw 8 EX AI+ et la OneXPlayer 3. D’autres constructeurs sont attendus dans la foulée du Computex. Reste un détail qui pique : la Claw 8 EX AI+ a fuité à près de 1 600 euros, conséquence directe de l’envolée des prix de la mémoire et du stockage.
Face à AMD et ses puces Ryzen Z2 Extreme, qui équipent l’écrasante majorité du marché, Intel promet des performances de très haut vol. Sur des ordinateurs portables, la partie graphique B390 fait tourner des jeux gourmands comme Cyberpunk 2077 à plus de 90 images par seconde en 1080p, sans même activer la moindre astuce logicielle. La prudence reste de mise : ces chiffres viennent de portables de 16 pouces, pas du carcan thermique d’une console de 8 pouces, où la chaleur change tout. On jugera sur pièces.
Pourquoi Windows est l’arme secrète d’Intel
Là où AMD joue sur deux tableaux, en alimentant aussi bien les consoles sous Windows que celles sous Linux (SteamOS, Bazzite ou CachyOS), Intel mise tout sur le système de Microsoft. Un choix qui a l’air timide, mais qui cache un argument de poids : les jeux multijoueurs compétitifs.
La raison tient à un mot : l’anticheat. Les logiciels qui traquent les tricheurs au cœur du système, sur des titres comme Call of Duty, Battlefield ou Fortnite, refusent tout simplement de fonctionner sous Linux. Près de neuf jeux Windows sur dix tournent désormais sans souci sur SteamOS, mais ce sont précisément les gros jeux en ligne, ceux auxquels des millions de joueurs s’adonnent chaque soir, qui restent sur le carreau. Une console Intel sous Windows, elle, les lance dès le premier jour, sans bidouille.
Microsoft a d’ailleurs déroulé le tapis rouge avec son mode Xbox, une interface plein écran pensée pour la manette qui rassemble Steam, Epic ou le Game Pass au même endroit. Intel y ajoute sa propre cuisine : des « shaders » précalculés et téléchargés depuis ses serveurs, pour réduire les ralentissements au lancement d’une partie. Un point mérite toutefois une mise en garde : pour gagner en netteté d’image, Intel pousse sa technologie maison XeSS, et non l’AutoSR de Windows, dont la compatibilité avec ces puces n’est pas garantie.
Reste que le pari n’est pas sans risque. Linux n’a jamais été aussi populaire sur PC : porté par le Steam Deck, il vient de dépasser macOS et de franchir la barre des 5 % des joueurs sur Steam, du jamais-vu. En s’arc-boutant sur Windows, Intel parie que l’écosystème de Microsoft restera la maison des gros jeux. Un pari raisonnable, mais pas gagné d’avance.
Pour les joueurs, la vraie question n’est plus « quelle puissance ? » mais « quels jeux ? » : Intel et son Windows rouvrent l’accès aux gros titres multijoueurs verrouillés sous Linux, à condition d’avaler la facture salée qui va avec.
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Source :
Intel