Alors que Tchap est devenue la messagerie sécurisée de référence de l’État, la France cherche désormais à étendre sa stratégie de souveraineté numérique à l’échelle européenne en promouvant le protocole Matrix auprès d’autres pays.
Tchap, la messagerie instantanée exclusivement réservée aux agents publics de l’État français, a été lancée en avril 2018. Sept ans plus tard, soit en juillet 2025, François Bayrou signait une circulaire imposant l’adoption de la plateforme comme messagerie sécurisée de référence de l’État. En octobre 2025, une nouvelle étape, et non des moindres, a été franchie : la Direction interministérielle du numérique (DINUM) a rejoint la Fondation Matrix, soit l’organisme chargé de superviser le développement du protocole open source et décentralisé Matrix, sur lequel repose Tchap.
La France est ainsi devenue le premier État à siéger dans sa gouvernance. Dès lors, la DINUM a pu participer à la gouvernance de la Fondation Matrix et contribuer à l’évolution du protocole Matrix, avant que d’autres pays, comme l’Allemagne, la Suède et le Luxembourg, ne la rejoignent quelque temps plus tard.
Une souveraineté numérique nationale, mais aussi bientôt européenne grâce au protocole Matrix ?
Avec Tchap, l’objectif de l’État français est de proposer une messagerie instantanée, chiffrée de bout en bout et hébergée sur le cloud du ministère de l’Intérieur, afin de consolider son autonomie numérique. Exit la messagerie américaine WhatsApp et la plateforme Telegram d’origine russe, jugées inadaptées aux exigences de souveraineté numérique, et place au protocole britannique Matrix.
Mais la France ne vise plus seulement une souveraineté numérique nationale : l’objectif est maintenant une adoption européenne de Matrix afin de « consolider un écosystème numérique européen sécurisé et interopérable ». La Bundeswehr allemande, l’administration suédoise et le gouvernement luxembourgeois ont déjà adopté le protocole Matrix ; la France veut maintenant inciter d’autres pays à suivre le mouvement, notamment en organisant des événements destinés à « promouvoir l’utilisation de Matrix et défendre les valeurs de l’open source ».
La DINUM et la Fondation Matrix travaillent sur deux chantiers majeurs, tout en anticipant les « défis futurs »
Dans un bilan faisant état de sa collaboration avec la Fondation Matrix, la DINUM explique travailler principalement sur « deux chantiers majeurs ». Le premier, la recherche fédérée d’utilisateurs (MSC Federated User Search), vise à permettre à un agent de retrouver un contact hébergé sur un autre serveur Matrix, y compris lorsque celui-ci se trouve dans un autre pays. Le second, baptisé Simple Border Gateway (SBG), agit comme une passerelle sécurisée entre plusieurs organisations disposant chacune de leur propre instance Matrix. À terme, il pourrait permettre à un agent français utilisant Tchap de communiquer directement avec un agent allemand ou luxembourgeois depuis une autre instance Matrix, sans dépendre d’une messagerie commerciale privée.
Cela n’est pas tout, puisque la DINUM annonce aussi se préparer aux menaces liées à la cryptographie post-quantique. En effet, les ordinateurs quantiques pourraient être un jour capables de compromettre les algorithmes de chiffrement actuels, mettant ainsi potentiellement en péril des données sensibles de l’État. À terme, ces évolutions doivent permettre à Tchap de rester compatible avec les futurs standards de cybersécurité, tout en renforçant les échanges sécurisés entre administrations européennes.
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Par : Opera