Allié à Qwant, Ecosia lance son navigateur sur Linux

Allié à Qwant, Ecosia lance son navigateur sur Linux


Le moteur de recherche qui plante des arbres offre enfin un navigateur aux utilisateurs de Linux. Derrière le geste sympathique, une manœuvre plus politique : bâtir, avec le Français Qwant, une alternative européenne crédible face à Google.

Les libristes ont l’habitude d’être servis en dernier, quand ils ne sont pas tout simplement oubliés des feuilles de route. Ecosia, le moteur berlinois qui reverse ses bénéfices à la reforestation, vient pourtant de leur livrer une version complète de son navigateur. Une attention rare, et tout sauf désintéressée.

Un navigateur pensé pour une communauté que tout le monde ignorait

Lancé sur ordinateur au printemps 2024 et déjà décliné sur iOS et Android, le navigateur d’Ecosia s’installe désormais sur Linux depuis l’App Center d’Ubuntu, le Snap Store ou Flathub. L’entreprise décrit les utilisateurs de Linux comme une « communauté technique critique », qui réclame de longue date plus de confidentialité et de souveraineté numérique. Son fondateur, Christian Kroll, promet de lui donner « enfin un moteur de recherche à la hauteur de ses valeurs, respectueux du climat et de la vie privée ». Le compliment est appuyé, mais le public visé n’a rien d’un marché de niche pour l’entreprise.

Le calcul dépasse en effet la clientèle des aficionados du terminal. Ecosia et le Français Qwant ont fondé fin 2024 une coentreprise, European Search Perspective, dont l’index de recherche européen sert ses premiers résultats depuis l’été 2025 et s’étend peu à peu à de nouvelles langues. Posséder l’index, c’est posséder la carte du web : sans elle, même le navigateur le plus vertueux roule sur les routes de Google ou de Bing. Chaque système d’exploitation couvert, Linux compris, apporte du trafic supplémentaire à cette infrastructure indépendante. Une brique de plus, en somme.

Linux décolle en Europe, et ce n’est plus anecdotique

La part de Linux sur les ordinateurs européens a doublé entre 2024 et 2025, passant de 2,5 % à 5,7 %, avant d’atteindre environ 6,4 % aujourd’hui selon Statcounter. Windows a reculé de 80,2 % à moins de 70 % sur la même période, et la France aurait déjà franchi la barre symbolique des 5 % de machines sous Linux (des chiffres à manier avec des pincettes : la méthode de Statcounter fait débat, une partie de la hausse récente pouvant tenir au trafic automatisé). Le moment est d’autant mieux choisi que Bruxelles a ordonné cet été à Google de partager, à compter de 2027, des données de recherche anonymisées avec ses concurrents, une aubaine pour les moteurs alternatifs.

Reste une ambiguïté que la communauté ne manquera pas de relever : le navigateur d’Ecosia repose sur Chromium, projet au code ouvert, mais son propre code ne l’est pas. Pour un public biberonné au logiciel libre, l’argument des valeurs partagées trouve là ses limites. La concurrence existe d’ailleurs déjà sur ce créneau : le Norvégien Vivaldi cultive la même fibre européenne, et Firefox reste la référence historique des libristes, avec une partie de marché record, autour des 10% sur ordinateur de bureau (la fameuse exception française !). Sur un segment que tout le monde disait moribond, la bousculade est presque touchante.

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Par : Opera

Source :

The Register/Ecosia



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